LA BALEINE
L'ctoile 72 Lalande, actuellement de cinquième grandeur, apparaît pour la première fois dans les observations de cet astronome, inscrite de 6' |. Elle est rougeàtre.
L'ctoile 37 FI., actuellement de cinquième, a été estimée de 6° |par Lalande.
L'étoile 158 Lalande a également été notée de 6°| par cet astrouome, et elle est aujourd'hui de cinquième.
Ce sont là autant de variations, d'amplitudes diverses, mais qui ne
y h- ERiDAM
l.A BALEJNE \
Fis. 327. — Etoiles de la Baleine et de l'iîridan.
paraissent pas douteuses. L'observation assidue en révélerait sans doute beaucoup d'autres. Nous pourrions encore appeler l'attention sur l'étoile 4969 Lalande, au-dessus du quadrilatère formé par sTrap; mais nous en parlerons plus loin, à propos de l'Éridan. Remarquons, toutefois, sur ce quadrilatère, que l'étoile -k, aujourd'hui plus brillante que les trois autres, était surpassée par e au temps de Tycho et de Bayer; Hévélius les a vues toutes deux de 3% a et p étant de 4°. n oscille, comme e, de la troisième à la quatrième grandeur : quadrilatère plus intéressant à épier que ceux des fortifications militaires qui agrémentent les prétendues frontières des nations prétondues civilisées.
Fig. 37?. — TTouvement propre tie l'éf^île t fie la Baleine.
L'étoile T est curieuse à un autre point de vue : par la rapidité de son mouvement propre. Elle est, en effet, emportée vers le nord-ouest avec une vitesse annuelle de 0% 1 23 vers l'ouest et de 0",85 vers le nord, ce qui donne une résultante de 2" par an ou de 3' 20" par siècle. Elle se dirige vers l'étoile n, près de laquelle elle passera dans dix-neuf mille ans. Notre petite carte (fig. 328) représente, d'après mon catalogue général de tous les mouvements propres, les déplacements qui s'opèrent dans cette région du ciel : chaque étoile porte une flèche qui indique la direction de son mouvement et sa grandeur pour cinquante mille ans. On voit que l'étoile t se fait remarquer par sa rapidité. Les flèches isolées représentent la perspective stellaire due au déplacement du système solaire dans l'espace ; cette étoile se meut juste en sens contraire de cette perspective, comme si elle marchait de connivence avec nous.
mais plus vite que nous, à travers l'immensité. Les populations sidérales qui habitent le système de ce soleil nous sont peut-être associées dans l'éternelle destinée. Il serait du plus haut intérêt d'essayer de mesurer la parallaxe de cette étoile : elle ne doit pas être insensible. Signalons maintenant les principales étoiles doubles. L'étoile y est vraiment charmante : 3° et 7% jaune pâle et bleue, beau contraste; Técartement est de 3"; 10 degrés seulement de parcourus depuis la première mesure, faite en 1825 : le cycle immense de ce magnifique système peut dépasser quinze siècles.
Entre 9 et ■/), l'étoile 37 est une double écartée, très facile : 5° et 7% à 51". Elle est plus brillante que sa voisine (32) ; mais elle parait varier de 5 à 6. Les deux composantes de ce couple sont emportées dans l'espace par un mouvement propre commun et forment ainsi un système physique. On remarque une autre paire au nord-ouest : 8" et 10% à 20", jaune et violette.
En avant de Ç et de x, il y a une étoile de 6° grandeur, que l'on appelle souvent par erreur x* et qui porte le n° 147 du catalogue de W. Struve; c'est une jolie double, assez serrée : 6^ et 7% à 3" |, blanche et bleuâtre.
X forme elle-même une double très écartée avec une étoile de
7" grandeur | (P. I, 182) qui brille à 2'57" à l'ouest et à 62" au sud, soit à une distance de 186".
Tout près de là,ç se montre accompagnée, à 165", d'une petite étoile de 9° grandeur ; c'est un couple moins intéressant, à cause de l'humilité de cette pâle compagne.
L'étoile V est accompagnée, mais tout près d'elle et baignée dans ses rayons, à 6", d'une toute petite étoile que l'on n'apercevait que difficilement et par moments seulement, en 1833, dans une lunette de 6 pouces, tandis qu'elle était parfaitement visible en 1873 dans une de 4 pouces. Cette petite étoile est par conséquent vaiùable, peut-être de la 10° à la 13° grandeur : intéressante à épier, mais à l'aide de lunettes suffisantes.
On essayera aussi avec plaisir un bon instrument sur l'étoile 42 : 6' et 7 |, à i",4. Couple très serré, et pourtant mouvement orbital très lent.
Tout près de Mira, au nord-ouest, en allant vers « Poissons, on. rencontre d'abord une étoile de 6° grandeur. Sous cette étoile il y en a une de 6° |, c'est 66, double fort élégante : 6° | et 8% à 15", jaune et bleue ; système physique; mouvement propre commun, assez rapide.
Juste un peu plus haut, en approchant de a Poissons, on rencontre deux étoiles qui reproduisent exactement l'aspect des précédentes, la plus brillante étant également de 6" et la suivante de 6° |. Cette suivante est également double ; c'est 61 Baleine : 6 | et 1 1% à 39" ; suivie, un peu au sud, par un charmant petit couple (Struve 218) de 7° et 8°|, à 4", 6. Il y a là, du reste, un remarquable champ d'étoiles de diverses nuances.
Regardez encore sous â; vous trouverez là une petite étoile de 7"! : c'est 84 Baleine; petit compagnon, de dixième grandeur, lilas, à 4",7. Très difficile.
Ce sont là les principales curiosités célestes appartenant à cette constellation. Ses amas d'étoiles et nébuleuses sont relativement trop peu importants pour être décrits ici. Comme étoiles rougeàtres, signalons, outre 0 : <f\l, 46, 56, Lai. 12 et 158.
* Au sud de la Baleine, les cartes célestes contiennent trois constellations modernes : VAtelier du Sculpteur, le Fourneau chimique et la Machine électrique [fig. 329). Les deux premiers dessins doivent le jour à Lacaille, qui leur donna droit de cité dans le ciel, en 1752, à son retour du cap de Bonne-Espérance; la Machine électrique est plus moderne encore, et apparaît pour la première fois dans
l'atlas de Bode, n'ayant été placée qu'en 1790 au rang des constellations. On trouve dans le Journal du Voyage de Lacaille un exposé historique de l'œuvre de l'astronome français, écrit par l'un de ses amis, sous une forme un peu naïve, où perce le sentiment (puéril pour les savants) des rivalités nationales. Citons-en les passages relatifs à la création des nouvelles constellations australes :
La connaissance complète de l'hémisphère austral, et des étoiles qui le composent, était la grande œuvre à laquelle M. de La Caille devait consacrer ses veilles : champ fertile dont on avait à peine défriché quelques portions.
Ptolémée, qui vivait en Egypte, avait donné un catalogue d'étoiles australes; mais ce catalogue est incomplet.
Des navigateurs portugais avaient tracé le plan de plusieurs constellations, mais si grossièrement que l'astronomie n'en retirait aucun profit.
En 1677, M. Halley, célèbre astronome anglais, était passé dans l'île de Sainte- Hélène pour y dresser une carte de l'hémisphère austral. Il n'observa que 350 étoiles dans un monde presque nouveau. Il créa une constellation, mais il déroba, pour la former, de brillantes étoiles de la première grandeur, à des constellations anciennes. Il donna à la nouvelle constellation le nom du roi son souverain. Les lettres, qui ne condamnent pas l'hommage qu'on rend aux grands, n'approuvent pas la conduite de ceux qui se parent des dépouilles d'autrui pour acquérir des distinctions.
Ainsi l'on n'avait que des descriptions ébauchées de l'hémisphère austral, lorsque M. de La Caille partit pour le Cap. Ces descriptions laissaient tout le mérite de la découverte au premier astronome qui entreprendrait de donner en grand le tableau de cet hémisphère.
M. de La Caille commença à observer les étoiles australes le 6 août 1751. Il continua jusqu'au mois d'août de l'année suivante, 1752. Dix-sept nuits pleines, et cent dix séances, à huit heures de nuit chacune, lui dévoilèrent un spectacle merveilleux. Il observa et catalogua près de dix mille étoiles.
Après avoir examiné le planisphère dressé par Halley, de même que les observations de Ptolémée et des pilotes portugais, La Caille trouva place pour quatorze nouvelles constellations mieux fournies et plus exactes que les anciennes. Il fallait désigner ces constellations par de nouveaux noms.
C'était pour l'astronome une occasion unique et légitime de faire des progrès rapides dans le chemin de la fortune, en appliquant à chaque constellation le nom d'un monarque, ou d'un grand du premier ordre. Il avait dans l'antiquité des exemples d'une telle conduite. Celui de Halley, qui avait nommé « arbre ou chêne de Charles », Robur Carolinum, sa nouvelle constellation pour faire sa cour au roi d'Angleterre, était récent.
Il aurait pu consacrer au roi, son maître, la plus belle des quatorze constellations, et choisir treize autres noms parmi ceux des souverains ou des grands de l'Europe qui accordent aux sciences une protection marquée. Ce plan eût été trop recherché pour un homme aussi simple. Il en conçut un tout différent, auquel l'intérêt et la flatterie n'avaient aucune part : il jugea à propos de consacrer aux arts ses nouvelles constellations.
Fig. 329. — Constellations australes. — La Baleine. — L'Ërldan. — L'Atelier du Sculpteur. '- La Machine électrique. — Le Fourneau chimique.
Il nomma,la,T^vemièveV Atelier du sculpteur; la deuxième, le Fourneau chimique; l'Horloge à pendule, la troisième; le Réticule rhomboïde, la quatrième; le Burin du graveur, la cinquième. Il désigna la sixième sous la figure du Chevalet du peintre, avec sa palette, appela Boussole ou compas de mer la septième, et représenta la huitième sous la figure de la Machine pneumatique. Il plaça au centre de l'hémisphère une neuvième constellation qu'il nomma l'Octans ou lunette de réflexion. Le Compas au géomètre, l'Équerre de l'architecte, le Télescope de l'astronome et le Microscope, servirent de signes aux 10% 11', 12" et 13° constellations. Il nomma enfin Montagne de la table la quatorzième.
Ce choix d'emblèmes était le plus convenable. L'architecture, la sculpture, la gravm-e et la peinture sont des arts d'une utilité journalière. La chimie et la physique offrent des ressources intarissables pour les commodités de la vie et pour la santé. La géométrie, l'astronomie et la navigation exigeaient les égards d'un savant qui cultivait ces sciences avec tant de succès. La Montagne de la table est l'une des plus considérables de celles du cap de Bonne-Espérance : elle est remarquable par l'aplatissement de son sommet et par un nuage blanc qui vient la couvrir comme une nappe.
Si nous comparons cette belle ordonnance des nouveaux signes avec les noms et la disposition des anciens, on reconnaîtra d'un côté la raison, le désintéressement, la noblesse des sentiments; de l'autre, les écarts d'une imagination excitée par des rêveries, des songes, des idées fausses.
A l'égard de la constellation imaginée sans nécessité par Halley, M. de La Caille fit main basse sur toutes ses parties. M. Halley avait ôté neuf étoiles à la constellation du Navire pour composer son Arbre; il avait clioisi les plus brillantes, et avait pris ailleurs trois autres étoiles d'un bel éclat. M. de La Caille rendit au Navire ses neuf étoiles, et rétablit les trois autres dans la place qui convenait à chacune. Ainsi le Robur Carolinum fut anéanti, comme un nuage que le soleil dissipe, sans que l'emphase de son nom ait pu l'en préserver.
C'est ainsi que M. de La Caille renouvela l'hémisphère austral.
Malgré toute notre admiration pour les travaux astronomiques de La Caille, nous ne partageons plus le sentiment de son panégyriste sur l'excellence de ces constellations modernes. Sans doute, les sciences et les arts méritent autant et plus que la fable d'être représentés dans la décoration céleste; mais les anciennes figures delà sphère grecque ont gardé je ne sais quel parfum d'antiquité qui leur donne une saveur toute spéciale : il semble, en les considérant, que nous revivions à l'époque où, dans le silence des nuits étoilées, les malins naviguant sur la mer sans bornes, les pasteurs veillant dans les vastes plaines, consultaient les groupes d'étoiles pour connaître l'heure, observaient leur lever, leur culmination, leur coucher, et trouvaient dans ces alignements sidéraux des esquisses d'objets ou d'êtres associés à leur vie, à leurs souvenirs, à leurs rêves primitifs, à leur àme éveillée pour la première fois devant le grand spectacle de
la nature. Ce sentiment ne doit pas nous empêcher d'ailleurs de rendre justice à La Caille, qui, inspiré par les idées de son époque, a agi en savant. Les deux constellations qu'il a installées sous la Baleine, et auxquelles nous arrivons en ce moment, ont conservé leur droit de cité dans la géographie céleste ; mais elles ne sont composées que de petites étoiles, dont la plus brillante n'est que de quatrième grandeur : c'est P.O, 250 = a du Sculpteur. Les principales font partie du tableau précédent; les cinq dernières ont servi à former l'esquisse du Fourneau chimique, et les deux qui les précèdent ont été mises dans l'Atelier du Sculpteur . Mais la Machine électrique, installée là aussi par Bode à la fin du siècle dernier, occupe une place superflue, ses minuscules étoiles font double emploi, et le mieux est de regarder comme non avenue cette création des derniers jours.
Parmi les dernières étoiles de notre tableau, P. 1,251 (du Fourneau) a été estimée de 6° grandeur par La Caille, de 5' | par Piazzi, de 5' par Argelander et Heis, de 4' | par Engelmann, de 4" par Argelauder dans ses Zones; nous devons donc la considérer comme variable. Il en est probablement de môme de P. II, 122, qui s'est élevée graduellement de la sixième à la quatrième grandeur. Ces étoiles australes n'ont pas été observées par les anciens, de sorte que pour elles notre première colonne d'observations est celle de La Caille,
Nous arrivons ici au fleuve Éridan, tracé dès l'antiquité au pied d'Orion par l'alignement naturel des étoiles qui le composent : l'idée d'un fleuve ou d'un serpent est naturellement inspirée par ces sinuosités. Dès l'époque d'Eudoxe, on l'appelle soit le fleuve d'Orion, soit l'Eridan, soit Potamos « le Fleuve » tout court. La mythologie rapporte que Phaéton, fils du Soleil, s'appelait d'abord Eridan, et qu'il donna son nom au fleuve d'Italie (le Pô), dans lequel il se noya après sa chute. Chez les Arabes, cette succession d'étoiles est également nommée le Fleuve : al-nahr. L'Eridan commence à Rigel, coule vers l'ouest jusqu'à la Baleine, retourne vers le sud-est et descend au sud jusqu'au 58° degré de déclinaison australe, où il se termine par une étoile de première grandeur, Achernar, dont le nom signifie précisément le bout du fleuve : akhei-nalir. Cette étoile est naturellement invisible pour nos latitudes, et il faut aller au delà de 58 degrés du pôle nord, c'est-à-dire au-dessus du 32° degré de latitude, pour commencer à l'apercevoir : elle reste encore au-dessous de l'horizen de l'Algérie et de la Tunisie; maison peut la voir d'Alexandrie, (h Jérusalem, du Caire et de Suez.