L'ERIDAN
Plusieurs étoiles de l'Éridan présentent des fluctuations d'éclat dignes d'attention. (3, près de Rigel, de quatrième grandeur dans les catalogues anciens, est aujourd'hui de 2,8. y a été estimée de 2° par Flamsteed et de 2' | par Piazzi, tandis que Sûfî a soin de signaler qu'elle est « des petites de la troisième » (elle est rougeâtre). K, aujourd'hui presque de cinquième, a été inscrite de troisième au XVII' siècle.
L'étoile e a été estimée de 2,6 en 1873, de 2,8 en 1871, de 3,0 en 1870, de 3,3 en 1862. t a été vue de 4" par Behrmann, et de 5' par Gould. X a été observée de sixième par Santini et Gillis. p a été inscrite de 5" par Piazzi et de 3 | par Argelander ; mais l'observation de Piazzi n'est pas suffisante, car <à la même époque Lalande l'a estimée de 4'. ? a été observée de 4° par Lalande (= Bayer), de 5' par Hévélius et les anciens, de 6' par Flamsteed et Piazzi.
p est marquée de quatrième simple, dans Ptolémée; Sûfi l'inscrit « double et de cinquième » ; Ulugh-Beigh la fait de cinquième sans parler de sa duplicité ; Tycho la note de quatrième et simple, et il en est de môme de Bayer et d'Hévélius ; Flamsteed, à l'aide d'une lunette, les a estimées toutes deux de 5% et il en a été de même de Piazzi ; Lalande les a estimées respectivement : p' de 5' et p* de 4* | le 3 décembre 1796, puis p' de 5% et p' de 4° le 13 novembre 1797 ; Argelander les a inscrites toutes deux de 6° ; Heis marque p^ de 5 1 et p* de 6°; Gould a vu, au contraire, p' moins brillante que p* : 5,6 et 5,3. Il y a là certaines fluctuations. A obsemer. Rappelons ici que ces deux étoiles sont précédées d'une petite, de sixième grandeur et demie. — 9 p* est rougeâtre.
Quelques autres oscillations se font encore remarquer. Les estimations de t' varient de la 3" | à la 5° grandeur ; celles de u' de la 4 à la 6" ; celles de u' de 3 1 à 5 (cette étoile est rougeâtre) ; celles de 51c de la 4" à la 6' aussi ; celles de 54 de 3 1 à 5 (elle est rougeâtre) ; celles de 60 de 5 à 6 (rougeâtre), Gould l'a vue une fois de 5,8; celles de 64 de 4,8 à 6 : Bessel l'a même marquée de 8% mais des nuages peuvent l'avoir obscurcie. L'étoile 9284 Lalande a été vue de 6* par cet astronome, comme par Heis et Argelander ; mais Gould l'a déterminée scrupuleusement de 5,4 et l'a vue osciller. P. IV, 154 a été notée de 6 1 par Piazzi, de 6' par Lalande, et elle est actuellement de cinquième. Ce sont là autant de variations plus ou moins accusées.
Parmi les étoiles de cette région, inscrites au tableau précédent, cinq se trouvent enclavées dans le Fourneau chimique, dont nous avons parlé plus haut; l'une d'elles (12 FI.) est de 3|°. Quelques
autres, notamment 53, de quatrième grandeur, et ses voisines, ont servi à dessiner le Sceptre de Brandebourg, imaginé là, dans la courbure du fleuve, près du Lièvre, en 1688, par Godfried Kirch, astronome du roi de Prusse. Encore une constellation inutile : les petites étoiles qui la composaient peuvent sans inconvénient rester au territoire de l'Éridan. Il en est de même de quelques petites étoiles distraites, en 1789, par le P. Hell, de l'Éridan et du Taureau pour former la Harpe de Georges, en l'honneur du roi d'Angleterre, Georges III. Ce roi mérite notre estime, car il a protégé, soutenu, honoré, admiré William Herschel, et en parlant un jour à Lalande de l'utilité des sciences et de la valeur sociale des savants, il lui a avoué qu'à ses yeux les livres sterling consacrées à la construction d'un grand télescope étaient mieux employées que celles qui disparaissent dans les fonderies de canons et de boulets. Les princes raisonnent rarement avec autant de sagesse. Mais cela n'empêche pas cette constellation royale de faire double emploi et d'encombrer inutilement la sphère céleste.
Il y a dans l'Eridan deux étoiles particulièrement remarquables ,- 32 et 40 0^
La première est entre Aldébaran et Rigel ; on la trouvera sur le prolongement d'une ligne menée d 'Aldébaran à 10 du Taureau (fig. 197) ; c'est une brillante de la cinquième grandeur. Elle serait au beau milieu de « la Harpe de Georges » si nous conservions cet astérisme. C'est une ravissante étoile double : 5° et 7% à 6", 7 ; jaune topaze et bleu marine; couleurs magnifiques; fixe depuis juste un siècle que nous avons les yeux sur elle. Nous avons déjà remarqué que les plus beaux systèmes d'étoiles doubles comme coloration sont composés d'étoiles relativement fixes, ne tournant pas, ou tournant très lentement, l'une autour de l'autre. Il y a peut-être là encore une loi de la nature, dont la cause nous reste inconnue.... Félix qui potuit rerum cognoscere causas.
La seconde curiosité de l'Éridan est le système présenté par rétoile 40 o'. Cette étoile orangée, de quatrième grandeur, est accompagnée, à 81", d'une étoile de neuvième, qu'elle entraîne avec elle dans un mouvement propre très rapide à travers l'espace. Ce mouvement a pour valeur annuelle :
En Ascension droite — 2",17; en Distance polaire -4- S'.ih. Résultante = 4",10,
C'est l'un des plus rapides du ciel. Cette étoile o*, accompagnée de sa voisine télescopique, s'envole vers le sud-ouest, se dirigeant du
SYSTÈME TERNAIRE DE o' ERIDAN
côté de y, près de laquelle elle passera dans neuf mille ans environ ; elle est passée il y a cinq mille ans dans le voisinage de ?. Si ce mouvement se perpétue en ligne droite, elle arrivera dans soixante-deux mille ans vers l'étoile a du Phénix. Notre diagramme {fig. 331) représente sa marche calculée
Y, qU AT E \1 P,
pour cinquante mille ans :
on voit combien elle surpasse celle des autres étoiles. Mais le fait le plus important est que c'est l;i une étoile double, ou pour mieux dire un système ternaire fort remarquable, comme on va s'en rendre compte.
En effet, l'étoile voisine, éloignée à 81", est emportée par la même vitesse et forme un système physique avec ce rapide soleil. Depuis près d'un siècle que nous l'observons , il n'y a qu'un léger rapprochement en ligne droite, qui peut provenir d'un mouvement orbital s'effectuant dans le plan de notre rayon visuel; on a comme mesures principales :
Fig. 331 . — Mouvement propre séculaire de l'étoile o* Éridan.
W. Herschel
W. Struve