‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 252 sur 399 · LA NÉBULEUSE DU NAVIRE · texte numérisé non relu

LA NÉBULEUSE DU NAVIRE

tant sont immenses lïntérêt et la variété des astres qu'il rencontre, tant est riche le fond du ciel étoile sur lequel ces astres étincellent. »

La nébuleuse du Navire n'offre, en aucune partie de son étendue, la moindre apparence de résolubilité en étoiles; elle est à cet égard analogue à la nébuleuse d'Orion. Elle ne paraît avoir rien de commun av-)c la Voie lactée sur le fond de laquelle nous la voyons projetée, et doit être par conséquent située à une incommensurable distance au delà de cette couche.

On ne remarque aucune forme régulière dans cette singulière nébuleuse, ni dans aucune de ses parties ; sa substance est disséminée sans aucune espèce de loi apparente et offre la plus complète irrégularité dans ses condensations

Fig. 350. —La nébuleuse de 1 du Navire.

comme dans ses vides. Cependant du côté précédent ou occidental de l'étoile r,, on remarque une longue ouverture s'étendant du sud au nord et offrant un peu l'aspect d'une serrure; cette ouverture vide n'est pas entièrement noire, car un léger voile nébuleu.\ s'étend obliquement sur sa partie boréale et occidentale; quatre étoiles sont placées sur ses bords.

Nous l'avons déjà dit, sur les 1203 étoiles mesurées 21 sont multiples, et la fameuse variable est l'une d'entre elles; elle est accompagnée de deux étoiles de 12'' et de 13^ grandeur, rapprochées d'elle à 12 et 14 secondes d'arc.

Il semble que certaines métamorphoses se soient opérées dans la nébuleuse ; que, de plus, plusieurs étoiles aient changé de place, tandis que d'autres se seraient éteintes. Sans admettre toutes ces variations, dont plusieurs peuvent être dues aux différences d'appréciation des observateurs et à celles des instruments employés (comme tout astronome ne le sait que trop par la pratique), il est probable néaamoins que certains changements assez rapides s'opèrent actuellement dans cette région du ciel. — Quand nous disons actuellement, il faudrait tenir compte

du temps que la lumière emploie pour venir de là jusqu'ici... c'est-à-dire des milliers d'années. Le mouvement propre de »•, du Navire est presque insensible.

On voit qu'il y a là une création bizarre , inexpliquée , actuellement incompréhensible pour ïhomuculus terrestre. C'est encore là un nouveau mystère sidéral à ajouter à tous ceux qui nous ont émerveillés jusqu'ici. Mais, au surplus, en osant entreprendre ici la description complète du ciel visible, n'était-ce pas essayer d'entreprendre la conquête de l'infini?... Il nous restera toujours plus à apprendre que nous n'en saurons jamais, à quelque époque que ce soit de notre vie éternelle.

Remarquons aussi dans cette vaste constellation du Navire, l'étoile Canopus, de première grandeur, située par 6''2i'° et b2°31'. Comme nous l'avons vu (p. 484), c'est la seconde étoile du ciel par ordre d'éclat, car elle vient immédiatement après Sirius, et est supérieure à « du Centaure, Arcturus, Véga, Rigel et Capella. Elle brille sur le gouvernail du Navire et porte le nom du pilote de Ménélas, qui s'appelait Kanôbos. Pline, Ptolémée, Manilius l'appellent déjà Canopus; pourtant Hévélius et Flamsteed écrivent encore Canobus. Cette éclatante étoile était adorée en Egypte. La ville de Canope (aujourd'hui Aboukir), sur l'une des branches du Nil, dans la basse Egypte, portait anciennement le même nom : c'était là, disait-on, que le pilote de Ménélas était mort de la morsure d'un serpent.

Il faut aller à 53 degrés du pôle nord, c'est-à-dire au 37* degré de latitude, pour commencer à apercevoir Canopus rasant l'horizon. On peut le voir de Gibraltar, des côtes sud de l'Espagne, de l'Algérie, de la Tunisie, delà Grèce et d'Alexandrie. Hipparque et Ptolémée ont pu l'observer aussi de leur temps, car dans cette position l'effet de la précession est à peu près nul.

Cet astre jouissait d'une célébrité spéciale chez les anciens navigateurs. Améric Vespuce en parle dans ses mémoires, et croyait même en avoir vu trois, dont un noir (probablement le trou dans la Voie lactée nommé sac à charbon). Les pèlerins arabes l'appelaient « l'étoile de sainte Catherine », parce qu'ils étaient joyeux de la voir et de se guider sur elle pour aller de Gaza au mont Sinaï. Canopus est resté célèbre dans les annales de la navigation.

La situation australe de ces étoiles du Navire nous interdit de faire directement connaissance avec elles. Signalons pourtant un bel amas, visible d'ici, et à l'œil nu, sur le prolongement d'une ligne menée par p, a ety du Grand Chien, à deux fois et demie environ la distance de « à y. C'est l'amas H. VIII. 38, illustré dans son voisinage immédiat

par deux belles étoiles doubles. Entre cet amas et v, on rencontre H. VII, 12, dont nous avons parlé plus haut (p. 493). Rigoureusement ce n'est pas là un amas, un cluster, dans Tacception habituelle du mot, car il ne se compose que d'étoiles écartées, et disparaît dans une lunette un peu forte. Mais il y a là aussi, à 1" au sud-est, un véritable amas (M. 46), nuage circulaire formé d'une poussière d'étoiles. Sur sa marge boréale on rencontre une nébuleuse planétaire d'aspect singulier (H. IV, 39) : étoile environnée d'une vaste atmosphère lumineuse, autour de laquelle on en découvre une seconde plus pâle. — Cette région, classée dans l'Atelier typographique, est la partie la plus boréale du Navire, formant le sommet du mât, et elle s'élève en hiver au-dessus de notre horizon.

Avant de quitter le Navire, rappelons seulement pour mémoire que le Chêne de Charles II, dessiné par Halley en souvenir de Vai^re sur lequel se cacha le roi d'Angleterre après sa défaite de Worcester, en 1651, est tombé en désuétude. Humes raconte que cet arbre était si énorme et si touffu que vingt hommes pouvaient se cacher dans ses branches. Halley avait posé ce chêne, non point sur le Navire, encore moins dans la mer naturellement, mais sur le rocher voisin dessiné là par toutes les anciennes figures. On n'a pas toujours pris cette précaution : ainsi Bode, entre autres, l'a tout simplement collé à la proue du Navire {fig. 357, p. 561).

La dernière constellation des catalogues anciens est celle du Poisson austral, que nous avons déjà rencontrée sur notre fig. 290 (p. 425) au bout de la petite rivière formée par le courant d'eau du Verseau, et qui est surtout marquée par une étoile de première grandeur, Fomalhaut, située vers le 30^ degré de déclinaison et visible de nos latitudes. On la trouvera dans le ciel, de septembre à novembre, à l'aide des alignements de notre fig. 291 (p. 428). Comme nous l'avons vu, son nom vient de l'arabe fom-al-hût a la bouche du Poisson ». Il n'y a là qu'un petit nombre d'étoiles. La figure et le tableau suivant renferment les piùncipales :

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