Orbite apparente de l'étoile double s du Centaure
que nous la voyons de la Terre. Elle
LE CENTAURE
est inclinée de 79 degrés sur le plan de la sphère céleste perpendiculaire a noti-e rayon visuel, de telle sorte que ce mouvement vu de profil nous paraît beaucoup plus excentrique qu'il ne l'est en réalité. L'orbite réelle, telle qu'on la verrait de face, a pour excentricité 0,530, ce qui donne une ellipse assez ronde {flg. 362), tandis que l'ellipse apparente est plus de deux fois plus allongée.
La période de révolution de ce double soleil autour de son centre commun de gravité paraît être de 84 ans. L'étoile reviendra vers 1918
Fig. 362. — Plan de l'orbite absolue de a du Centaure.
au point oîi Herschel l'a mesurée en 1834 et où Lacaille l'avait déjà vue en 1751.
Le compagnon a augmenté d'éclat, car Feuillée, Lacaille, Brisbane et Dunlop l'ont estimé de 4° grandeur avant 1830; Herschel l'a estimé de 3° en 1835, puis de 2% et tel est l'éclat constant sous lequel il est enregistré depuis. Il est jaune, et même orangé.
Nous avons déjà remarqué dans V Astronomie populaire, comme un fait fort curieux et très digne d'attention, que les deux soleils les plus proches de nous, « du Centaure dans l'hémisphère austral et la 61° du Cygne dans l'hémisphère boréal, sont des soleils doubles. Ils se projettent l'un et l'autre devant la Voie lactée, et notre soleil
LE CENTAURE
est relativement isolé dans l'immensité, ta une grande distance de ses deux plus proches voisins. On ne saurait trop considérer cette figure, car elle nous aide plus que toute dissertation à nous rendre exactement compte de la position de notre archipel planétaire.
Ce système du Centaure est animé d'un mouvement propre très rapide. Sa vitesse annuelle est dç Û°j477 en ascension droite, vers
Fig. 363
■ Les deux soleils les plus proches du notre.
l'ouest, et de 0",776 en déclinaison vers le nord, ce qui donne comme résultante en mouvement vers le nord-ouest un arc de 3",643 par an, ou de 6' par siècle, soit un degré entier en dix siècles.
Le diagramme suivant représente cette marche stellaire pour cinquante mille ans : on voit qu'elle surpasse considérablement celle de toutes les autres étoiles voisines. Si cette translation se poursuit régulièrement durant cet intervalle de temps, ce double soleil arrivera vers le cinq centième siècle de notre ère chrétienne (alors, sans doute,
LE CRNTAURB
oubliée et remplacée bien des fois) près de l'étoile y du Navire, et, continuant son cours, se dirigera du côté de Sirius. Mais d'ici-là, il se sera projeté et passera tout près de 3 du Centaure, dont le mouvement est d'une extrême lenteur; dans douze mille ans, il fera partie de la Croix du Sud, dont la figure va en se disloquant lentement, Y descendant vers le sud, tandis que a se dirige vers le nord-ouest. L'examen de ce diagramme nous permet de saisir facilement cette lente dissolution des atomes célestes dont les associations changent perpétuellement pour ne jamais revenir. Ces mouvements stellaires s'ajoutent au déplacement général dû à la précession des équinoxes pour en modifier les effets, en amenant certaines étoiles vers nos latitudes, en en abaissant d'autres pour longtemps au-des-
Fig. 3C4. — Mouveiment r.ipide tle a du Centaure.
SOUS de nos horizons. Ainsi, sur notre carte du ciel austral visible de Paris il y a treize mille ans, a du Centaure était plus à l'est et plus élevé qu'il ne l'est sur cette carte, construite sans tenir compte des mouvements propres, tandis que dans treize mille ans il sera dans la Croix du Sud même. En quelques centaines de mille ans, durée qui n'est pas énorme dans les époques de la nature, l'aspect des cieux doit être absolument méconnaissable. Si nous ajoutons que ces mouvements propres ne sont pas parallèles au plan de la voûte apparente du ciel, mais s'effectuent obliquement à notre rayon visuel et dans tous les sens, certaines étoiles se rapprochant progressivement de nous, tandis que d'autres s'en éloignent de plus en plus, nous conclurons avec certitude que dans une époque de temps suffisante la transformation du ciel est complète. Il y a plusieurs millions d'années, à une époque où la Terre existait déjà, était déjà ornée de grands arbres de la période houillère et peuplée des sauriens formidables qui animaient
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les mers primitives, dont les flots houleux baignaient calors les terrains que nous habitons aujourd'hui, alors, pas ime seule des étoiles qui brillent pendant nos nuits actuelles n'était visible de la Terre. Dans plusieurs millions d'années, en cette époque inconnue oîi il n'y aura plus ni France, ni Angleterre, ni Allemagne, ni Italie, ni Europe, ni x\mériqiie, où l'on ne parlera plus aucune des langues actuelles, oîi notre planète sera régie par une humanité intelligente et idéale, autant élevée au-dessus de notre race actuelle que nous le sommes au-dessus des singes, alors aussi pas une seule des étoiles que nous admirons actuellement au ciel n'y sera restée visible! Tout se sera envolé, et notre système solaire lui-même aura traversé les parages célestes où brillent actuellement les étoiles de la constellation d'Hercule. Tout marche, tout circule, tout gravite, tout s'envole; rien ne disparaît, rien ne s'arrête, rien n'est perdu dans l'espace infini, rien n'est oublié dans le temps éternel.
Considéré en soi-même, ce système voisin du Centaure ne laisse pas que d'offrir une certaine importance. Quoique ces deux étoiles paraissent se toucher, la distance moyenne qui les sépare est fort respectable. En effet, les calculs d'orbite montrent que le demi-grand axe de l'ellipse parcourue est de 18" environ. Or, comme à cet éloignement sidéral, 0" 92 correspond à 37 millions de lieues, 18" représentent 723 millions de lieues. C'est à peu près la distance d'Uranus au Soleil, qui est de 710 millions. Ainsi la distance moyenne qui sépare les deux soleils constitutifs du système de a du Centaure est à peu près la même que celle qui s'étend du Soleil à Uranus, soit 19 fois celle de la Terre au Soleil.
Nous pouvons peser ce double soleil, en comparant sa période de révolution à celle d'Uranus. Nous n'avons pas encore observé son orbite complète, de sorte que le chiffre de cette période n'est pas déterminé avec une précision absolue : certains calculs l'estiment à 88 ans, et d'autres, plus récents, à 80. Or la révolution d'Uranus autour du Soleil s'effectue en 84 ans, ce qui approche justement du chiffre moyen probable de la période d'à du Centaure. Nous en concluons que la masse de ce soleil n'est pas très différente de celle du nôtre : ce soleil du Centaure a à peu près la même valeur que celui qui nous éclaire. — Nous en avons rencontré un dans Ophiuchus (p. 253) qui pèse trois fois plus.
^ ce soleil du Centaure formait un système avec le nôtre, ils tour* neraient tous deux autour de leur centre commun de gravité, situé dans l'espace, à peu près au milieu du chemin qui va de l'un à l'autre,