L'ETUDE PRATIQUE DU CIEL
main si nous n'en faisions maintenant une classification méthodique qui nous mette immédiatement sous les yeux ce que nous aurons à chercher lorsque nous voudrons nous rendre compte d'un fait quelconque de l'histoire de l'Univers. Il importe donc que nous classions toutes ces curiosités selon leur nature spéciale, que nous récapitulions tous les objets célestes qui ont passé sous nos yeux; que nous réunissions en catalogues distincts les étoiles doubles, les étoiles variables, les étoiles rouges, les nébuleuses, les étoiles à mouvements rapides, etc. ; que nous apprenions à nous servir des instruments ; que des tables analytiques soient données de toutes les matières contenues dans ce volume-ci, comme dans VAstranomie populaire dont il est le complément naturel. Il importe surtout que, lorsque par quelque belle soirée nous voudrons étudier le ciel et y chercher une étoile quelconque, nous puissions réaliser facilement notre désir; et c'est là un point si capital, que bien des personnes disposées à faire de l'astronomie se sont arrêtées dès le premier instant d'essai, parce qu'elles n'avaient aucun moyen simple et pratique de se reconnaître immédiatement dans le ciel. Combien de demandes , combien de regrets n'avons-nous pas reçus à cet égard ! En effet, le ciel change pendant le cours de l'année comme pendant le cours de la nuit, et il faut en posséder la carte pour chaque jour, pour chaque heure, si l'on veut trouver sans peine l'étoile que l'on désire. Il y a là une importante lacune à combler dans l'instruction scientifique élémentaire. Aussi est-ce par cet examen que nous allons commencer cette seconde Partie, en décrivant sommairement le ciel chaque jour de l'année.
LE CIEL CHAQUE JOUR DE L'ANNÉE
Les cartes que nous avons publiées pour chaque constellation dans le cours de cet ouvrage, comme les cartes qui constituent tous les atlas célestes, servent à trouver les étoiles de chaque constellation, lorsqu'on a reconnu cette constellation dans le ciel ; mais elles ne nous apprennent rien sur la, position même de cette constellation dans le ciel.
Lorsqu'on veut observer une étoile, il importe avant tout de savoir où elle est, et d'abord si elle est visible ; car il peut se faire que précisément celle à laquelle on pense soit au-dessous de l'horizon, couchée depuis quelques heures, ou non encore levée. Nous avons eu soin, il est vrai, de signaler, en les décrivant, les constellations qui restent perpétuellement visibles au-dessus de notre horizon et les époques les plus favorables pour observer celles qui restent cachées une partie de l'année. Mais ces indications ne nous apprennent pas où ces étoiles se trouvent dans l'immense cortège delà nuit.
D'ailleurs, lors même que l'on aurait remarqué la position d'une étoile, à une certaine heure d'une certaine nuit, si on la cherche quelques mois plus tard, à la même heure ou à une autre heure, on ne la retrouvera plus dans la même position, et la première indication n'aura encore servi à rien.
Sans doute, lorsqu'on a appris à connaître le ciel, on le suit avec intérêt pendant toute la vie, et l'on arrive assez vite à nommer, à la seule inspection, chaque étoile brillante et chaque constellation. Mais nous parlons ici pour les commençants, et comme chacun doit commencer, il importe de connaître le chemin le plus direct pour éviter toute perte de temps inutile.
La méthode à suivre est beaucoup plus simple qu'on se l'imagine.
On trouvera ci-après douze cartes célestes, une pour chaque mois. Le centre de chaque carte représente le zénith, c'est-à-dire le point du ciel placé juste au-dessus de nos têtes. Le tour de chaque carte représente l'horizon. Les quatre points cardinaux sont marqués. Si donc on place la carte au-dessus de sa tête, de manière à la lire, en mettant
LE CIEL CHAQUE JOUR DE L'ANNEE
son bord sud du côté du sud, son nord du côte du nord, l'est à l'est et l'ouest à l'ouest, on a exactement Véta.t du ciel, tel qu'il se présente à la vue.
Rien n'est plus simple, comme on le voit.
Le seul point important est de savoir s'orienter. Déjà nous avons vu qu'on peut le faire très facilement par les sept étoiles de la Grande Ourse ou du Chariot. Ces sept étoiles sont toujours visibles, ne se couchant jamais; mais elles ne sont pas toujours à la même hauteur dans le ciel, ni dans la même direction : elles tournent autour de l'é-
,„.^ toile polaire, qui reste
■\ fixe. Eh bien! quelle
que soit la nuit de l'année et l'heure de la nuit, menez une ligne par les deux dernières étoiles du Chariot, par bêta et alpha, et prolongez-la d'environ cinq fois la distance qui sépare ces deux étoiles : vous trouvez infailliblement l'étoile polaire. C'est lenord.
Octobre Fig. 3G9. — Méthode constante pour s'orienter.
Il faut être attentif à prolonger cette ligne du côté de alpha et non pas du coté de bêta. Consultez h cet égard la petite figure ci-dessus. Si nous sommes en oclobre, la ligne est verticale et monte pour trouver la Polaire. En avril, elle est également verticale, mais descend. En janvier elle est horizontale et dirigée de gauche à droite; en juillet elle est dirigée de droite à gauche. Ne l'ouljlions pas : ces étoiles tournent autour de la polaire et changent à chaque instant de direction. Les positions que nous venons de donner sont celles de neuf heures du soir. Mais quelles que soient l'heure et la date, il suffit de reconnaître ces sept étoiles et de tracer la ligne on question pour trouver la Polaire et le nord.
Maintenant, tout le monde sait que si l'on regarde le nord en face on aie sud derrière soi, l'est à droite et l'ouest à gauche; et que si l'on tourne le dos au. nord on a le sud devant soi, l'est à gauche et l'ouest à droite.
Si l'on ne parvenait pas à trouver la Grande Ourse, et à s'orienter par la méthode que nous venons d'indiquer, ce serait d'un mauvais augure pour le succès des études astronomiques que l'on désire entreprendre. Cependant, comme il ne faut désespérer de rien, voici une
LE CIEL CHAQUE JOUR DE L'ANNEE 593
autre méthode. A midi, tournez le dos au soleil : votre ombre indique la direction du nord : ainsi vous reconnaissez facilement l'orientation du lieu que vous habitez et celle des objets voisins. La nuit suivante, regardez le ciel dans cette direction du nord, vous trouverez quelque part, soit en haut, soit en bas, soit ù gauche, soit à droite, les sept étoiles du Chariot, puis, juste devant vous au nord, à une certaine élévation, à 41 degrés de hauteur, l'étoile polaire, toujours, d'ailleurs, dans le prolongement de la ligne menée par les deux dernières étoiles du Chariot.
Cela dit, prenez la carte qui correspond au jour de l'année où vous êtes, orientez-la, et vous trouverez toutes les constellations actuellement sur votre tête.
Oq n'a gravé sur ces cartes que les étoiles les plus brillantes, celles qui esquissent la forme générale des constellations principales, afin que l'on puisse clairement les reconnaître et les trouver dans le ciel. Une fois la constellation cherchée reconnue, on se reportera à sa description dans le cours de l'ouvrage pour trouver la position précise de la curiosité sidérale à observer. Pour cela, il suffira de consulter la liste générale publiée immédiatement après les douzes cartes (p. 618), qui constitue par elle-même le meilleur répertoire pour la connaissance pratique du ciel. On y trouvera : 1° toutes les constellations visibles de nos latitudes; 2" l'indication des cartes sur lesquelles on doit les chercher et en même temps celle des époques de l'année où chaque constellation est visible; 3" les pages de cet ouvrage auxquelles on doit se reporter pour en retrouver immédiatement la description, et 4» les figures à consulter pour les détails de chaque constellation. Ce répertoire est construit de telle sorte qu'il permet de trouver en quelques minutes au ciel tout ce que l'on désire y chercher. Il est complété par la table alphabétique de toutes les constellations.
Les cartes qui suivent correspondent à l'état du ciel le l^'' jour de chaque mois à 9 heures un quart, ou le 5 à 9 heures, ou le 9 à 8 heures trois quarts, ou le 12 à 8 heures et demie, ou le 16 à 8 heures un quart, ou le 20 à 8 heures. Le mouvement diurne apparent du ciel avance d'une heure en quinze jours et de deux heures par mois.
Puisque le ciel tourne autour de l'axe du monde en 24 heures, il décrit en une heure la 24» partie de la circonférence, en deux heures la douzième partie, etc. Si donc on désire connaître l'aspect du ciel deux heures après celles que nous venons d'indiquer, c'est la carte du mois suivant qu'il faut prendre. Ainsi, l'aspect du ciel le 20 juin à 10 heures est le même que celui du 20 juillet à 8 heures, et réciproquement.
Quelques heures d'observation pendant une seule nuit suffiront d'ailleurs pour se rendre compte du mouvement de la sphère céleste. Si l'on se tourne du côté de l'étoile polaire et qu'on la regarde bien en face, on a devant soi le seul point fixe du ciel : toutes les étoiles tournent autour de ce point, en sens contraire du mouvement des aiguilles d'une montre; on les voit s'élever vers la droite, monter dans le ciel, tourner vers la gauche, traverser les hauteurs célestes, descendre par le côté gauche, et revenir vers la droite en glissant sous l'étoile polaire. Si l'on regarde le sud, tout marche lentement de la gauche vers la droite, de l'orient vers l'occident. A une heure d'intervalle, les différences de position sont déjà très sensibles; à deux houres de distance, elles sont tellement évidentes qu'il est impossible de ne pas les remarquer. L'heure de la nuit s'y reconnaît, comme au cadran solaire l'heure du jour.
Voici maintenant l'état du ciel pour chaque mois de l'année et pour toutes les années, car à cot égard elles ne changent pas pendant la durée d'une vie humaine. — On trouvera en regard de chaque carte son explication sommaire ou la description de ce même état du ciel pour chaque jour de l'année.