‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 27 sur 399 · CASSIOPÉE. — ÉTOILE TRIPLE. — SYSTÈME IMAGINAIRE · texte numérisé non relu

CASSIOPÉE. — ÉTOILE TRIPLE. — SYSTÈME IMAGINAIRE

C'est une étoile triple, mais non un système ternaire; — ce qui prouve une fois de plus qu'il ne faut pas se fier aux apparences.

Cette étoile multiple a servi de texte, eh 1855, à un roman intitulé « Star ou i]; de Cassiopée, histoire merveilleuse de l'un des mondes de l'espace, description de la nature singulière, des coutumes, des voyages et de la littérature des Stariens». L'introduction, écrite en vers blancs, nous apprend à grands frais d'éloquence que ce manuscrit d'un autre monde a été trouvé dans un bolide creux tombé sur l'Himalaya. L'auteur y a inventé un système de mondes si bien construit qu'il ne durerait pas huit jours; il a décrit des êtres si singulièrement formés qu'ils n'ont ni tête, ni bras, ni jambes, ni poitrine, quoiqu'un dessin ait toutefois la prétention df représenter une petite famille de ce monde imaginaire, composée de trois membres essentiels (Monsieur, Madame et Bébé). C'est la nature terrestre transformée, ou plutôt déformée, et l'auteur anonyme nous a offert là une excellente preuve de la vérité de ce fait que l'imagination humaine ne peut pas créer même des idées : elle combine seulement, arrange (ou dérange) des fragments observés.

La constellation de Cassiopée renferme plusieurs étoiles variables intéressantes mais assez difficiles à observer sans instruments de précision; ce sont les étoiles R, S et T. La première peut cependant parfois être trouvée à l'œil nu, sur le prolongement d'une ligne idéale menée de ^ à a Cassiopée et prolongée à une égale longueur, plutôt un peu plus (voy. fig. 33). Elle varie de la 6' à la 13' grandeur, en une période de 410 jours. Son dernier maximum est arrivé le 18 février 1880, et son prochain ari'ivera 410 jours après, c'est-à-dire, puisque le 18 février est le 48' jour de l'année et qu'il reste encore 3 ISjours pour arriver au 31 décembre, que ce prochain maximum arrivera le 92° jour de l'année 1881, ou le 3 avril; — et ainsi de suite.

L'étoile S de Cassiopée varie en G14 jours de la 7' 1/2 à la 14' grandeur; mais n'est jamais visible à l'œil nu, et son observation est

Fig. 34. — L etjile Iriplc "j/ CassiopCe.

58 SYSTÈME ORBITAL DE ËTA CASSIOPEB

réservée aux astronomes praticiens. L'étoile T varie en 435 jours de la 7" à la 11° grandeur et n'est jamais non plus visible à l'œil nu. — Revenons aux étoiles doubles de notre constellation.

Regardez entre a et y {fig. 33), l'étoile -/i, de quatrième grandeur, dont la nuance est jaune d'or : vous la verrez accompagnée d'une petite étoile de septième grandeur, qui tourne autour d'elle en deux cents ans environ. Distance angulaire (1880) ^::=5"3. C'est là un système orbital fort remarquable, observé depuis un siècle (dédoublé par Herschel le 17 août 1779 ) : le satellite a déjà parcouru un quart de

circonférence depuis sa dé- T ~~~""~~^^ couverte : il se trouve

I ' \^ maintenant presque au

i "^<^. sud de l'étoile principale,

comme on peut s'en ren- \ dre compte par notre

fig. 35, qui représente la courbe du mouvement'observé, à l'échelle de | centimètre pour 1 seconde (').

Le satellite paraît va- "■'» rier de couleur, et modi-

Fig. 35. — Mouvement observé depuis un siècle sur letoile fier lé'^èrcmcnt par COU-

dûuble T) Cassiopée. ^ ' ^

traste, celle de l'étoile principale, qui est toujours dans les environs du jaune. J. Herschel a noté les composantes rouge et verte en 1821 ; Struve, jaune et pourpre en 1832; Dawes, jaune et bleue en 1841; Secchi, jaune et rouge en 1856 ; moi, je les vois jaune et lilas.

Nous avons là sous les yeux un système physique emporté à travers l'espace par un mouvement propre commun rapide. La parallaxe de cette étoile paraît être de 0"154, ce qui indiquerait pour la distance qui sépare les deux soleils constitutifs de ce système 56 fois le demi

(') Profitons de cette circonstance pour faire remarquer à ceux d'entre nos lecteurs qui ne l'auraient pas immédiatement saisi, dans l'explication sommaire que nous en avons donnée à propos du premier couple d'étoiles dessiné dans cet ouvrage (p. 20), que dans toutes ces figures les lettres N, E, S, W, qui indiquent les directions nord, est, sud et ouest relativement à l'étoile principale, pourraient être remplacées par les chiffres 0°, 90°, 180» et 270° indiquant aussi ces quatre directions, puisqu'on compte les degrés de 0 à 360 en passant par l'est. Dans ces figures, l'image est renversée, comme il arrive dans les lunettes astronomiques. Les étoiles marchant de l'est à l'ouest, dans le mouvement diurne, l'ouest ou 270° est en avant et l'est ou 90» est en arrière : si le compagnon se trouve dans la moitié de gauche, il précède l'étoile principale; s'il se trouve dans la moitié de droite, il la suit.

SYSTEMES ORBITAUX DANS CAS3I0PÉE 59

rayon de l'orbite terrestre, 56 fois 37 millions de lieues, ou environ deux milliards de lieues. On voit qu'il y a entre ces deux soleils toute la place nécessaire pour permettre autour de chacun d'eux l'existence et la gravitation d'un riche système planétaire. De ces éléments résulterait pour la masse de cette étoile et de sa compagne environ quatre fois et demie celle de notre soleil; c'est-à-dire que un million quatre cent cinquante mille terres comme la nôtre représenteraient à peine le poids de ce charmant petit couple en apparence si minuscule et si modeste. Sa distance cà notre globe errant n'est pas inférieure cà cinquante trillions de lieues, et pour venir de là jusqu'à nous la lumière vole pendant près de 21 ans !

Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble qu'il y a une prodigieuse différence d'impression entre celle de l'œil vulgaire qui pendant la nuit obscure regarde cette étoile sans la connaître et celle de l'œil instruit qui voit là un double soleil circulant majestueusement autour de son centre de gravité et distribuant à des mondes inconnus les rayons d'une double lumière et d'une double fécondité. Le premier regarde sans voir; le second contemple et admire. Toute la poésie et toutes les fables de l'antique mythologie s'évanouissent devant la vision nouvelle, et, comme la goutte de rosée qui réfléchit l'univers, ce petit point perdu dans l'immensité des cieux semble résumer en lui l'enseignement de l'infini.

Non loin de là, près de l'étoile (3, se trouve un autre système fort curieux, mais dont l'observation n'est accessilîle qu'aux instruments d'assez grande puissance : c'est celui de l'étoile anonyme 3062 du catalogue de Struve, étoile de 7'' grandeur, dé- ;.doublée pour la première fois en 1782 et ré- /' ~^\; gulièrement suivie depuis 1823, couple très \ i V"

serré, dont les composantes sont respective- "' \ ''^ '\ "

ment de 6° et de 7" grandeur et demie, et écar- ,»;\ • j

tées seulement à 1"4. C'est l'un des couples ''"-^ : y'™

les plus rapides du ciel, car le satellite va re- j

venir prochainement au point où Herschel l'a „ . , . ,

^ ^ ^ Fig. 36. — Mouvement observe ile-

vu en 1782 : la révolution doit être de 104 ans puis un siècle sur rétoiie double

■NT 1 ,• I ^ nn , i 306-2 Cassiopée.

environ. Notre petite fig. 36 représente ce système à l'échelle de 1 centimètre pour 1 seconde.

Observer l'étoile I, qui a perdu sa lettre dans les catalogues astronomiques, je ne sais trop pourquoi, car elle est très visiblement gravée sur la carte de Bayer, et juste à la place de cette étoile, nommée généralement P. II, 72, parce qu'elle est la 72° de la IP heure du

catalogue de Piazzi. Mais ce n'est pas la 35' d'Hévélius, comme on l'imprime généralement : c'est la 8'. Exemple des erreurs d'identification trop fréquentes, faites par les astronomes qui préfèrent parfois la quantité des observations à la qualité, et ne se donnent pas toujours la peine de savoir au juste quelles étoiles ils observent. (Dans ma jeunesse, le Directeur de l'Observatoire de Paris, croyant stimuler le zèle de ses employés, donnait une gratification de 15 centimes par étoile observée à son passage au méridien : l'un de mes collègues se faisait jusqu'à trois cents étoiles de bénéfice par nuit.) Mais chut! ne soyons pas trop indiscrets ! . . .

Nous disions donc que l'étoile iota de Cassiopée a tout près d'elle im petit compagnon de 7'^ grandeur, à 2", et un de 8° 1/2 à 7" 6 : un instrument assez puissant est nécessaire pour dédoubler nettement le premier, mais le second est visible dans une lunette de 75 millimètres. Nous avons là non-seulement une belle étoile triple, jaune d'or, lilas et pourpre, mais encore un important système ternaire dont les trois composantes sont emportées dans l'espace par un mouvement propre commun et tournent très lentement autour de leur centre de gravité.

L'étoile 101, de5'grandeur, prèsder, est la lOl'dela XXIIPheure du catalogue de Piazzi ; la plus faible lunette montre auprès d'elle, à 74", une étoile de7'' grandeur 1/2. Celle-ci est double elle-même, mais très serrée (1"5) et accessible seulement aux puissants instruments.

Remarquons encore l'étoile o-, qui a un charmant petit compagnon de 8° grandeur, à 3", et nous aurons épuisé la liste des belles étoiles doubles de cette constellation. Mais ne quittons pas cette région du ciel sans regarder avec une curiosité toute particulière la belle étoile y, de seconde grandeur. En apparence, elle n'a rien qui la distingue de ses compagnes de môme éclat ; mais l'analyse spectrale révèle en elle une constitution chimique et physique fort étrange et à peu près unique parmi toutes les étoiles que nous voyons briller au firmament. Son spectre est double, comme celui de l'étoile nouvelle apparue dans

Fig. 37. — Spectre de l'étoile f Cassiopée,

la constellation de la Couronne en 1866 : il présente des raies noires d'absorption, comme nous en voyons dans le Soleil et dans les autres étoiles, mais à ce réseau s'ajoute un second réseau de raies lumineuses parmi lesquelles on reconnaît celles de Vhydrogène incandescent, car

Page 1