‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 28 sur 399 · SOLEIL INCENDIE DANS CASSIOPEE · texte numérisé non relu

SOLEIL INCENDIE DANS CASSIOPEE

on n'a vu ce double spectre que sur les rares étoiles qui ont brillé d'un éclat temporaire pour retomber aux dernières grandeurs. Voilà un soleil qui brûle avec ardeur ; tout autour de lui flambe le gaz hydrogène, et depuis deux mille ans que nous tenons les yeux attachés sur sa lumière, l'incendie ne parait pas décroître, au contraire, car cette étoile est pleinement de seconde grandeur aujourd'hui tandis qu'elle n'était autrefois que de troisième. Peut-être cet incendie se précipitet-il et allons-nous assister un jour à une conflagration telle que cette lumineuse étoile atteindra le premier ordre pour le dépasser, et, comme sa voisine de l'an 1572, pour éclipser en splendeur l'étincelant Sirius lui-même

Une autre étoile de la même constellation mérite d'être signalée ici à cause du mouvement propre extrêmement rapide dont elle est animée : c'est l'étoile \l, de 5" grandeur et demie, que l'on voit non loin de a. Elle se meut dans l'espace avec une vitesse de 4" 43 par an, ou de 443", soit 7' 23" par siècle, c'est-à-dire qu'en 420 ans environ elle se déplace sur la sphère céleste d'une quantité égale à la largeur apparente de la Lune. Ce lointain soleil est lancé dans l'immensité avec une telle vitesse qu'en 812 ans il parcourt un degré entier et que depuis l'époque des astronomes grecs, depuis 2400 ans, il a déjà parcouru trois degrés. Malheureusement, quoiqu'on inscrive parfois cette étoile comme ayant été observée du temps d'Hipparque et de Ptolémée, elle est entièrement absente de ce premier catalogue, et ce n'est point elle non plus que Sùfi a inscrite la huitième de son catalogue, comme on l'a supposé. Lapins ancienne mention que j'en aie pu recueillir est celle de Tycho Brahé, il y a trois siècles. C'est d'autant plus regrettable, qu'il serait aujourd'hui extrêmement intéressant pour nous de constater un mouvement propre sur des observations faites à l'œil nu.

Le mouvement propre annuel de cette étoile est de 1"56 en déclinaison vers le sud et de 0" 386 en ascension droite vers l'est. La résultante, de 4" 43 d'arc de grand cercle, prouve qu'il y a mille ans l'étoile se trouvait à 4430", ou 74', ou 1"14', en arrière de sa position actuelle, qu'il y a deux mille ans elle était à 2° 28', il y a trois mille ans à 3° 42', et qu'il y a quatre mille ans elle était contiguë à

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PEBSEE

Fig. 3S.

— Mouvement rapide de 1 (j. Cassiopée.

étoile

62 VITESSE inouïe D'UN SOLEIL, DANS CASSIOPEE

l'étoile «. Elle se dmge vers l'étoile 9 de Persée, dont elle sera voisine dans six mille ans si son mouvement se continue en ligne droite. A ce taux, elle décrirait sur la sphère céleste un arc de 123° en cent mille ans et ferait le tour du ciel en ti^ois cent mille ans; mais elle ne tourne certainement pas autour de nous. Quoi qu'il en soit, c'est là l'un des mouvements propres les plus rapides du ciel entier : c'est la plus rapide des étoiles que nous puissions facilement distinguer à l'œil nu, et pourtant elle n'offre aucune parallaxe sensil^le. Bessel déclare dans ses F undamenta Astronomie (1818) qu'il a cherché par quatrevingts observations de différences de positions entre cette étoile et sa voisine 0 si elle manifeste une parallaxe quelconque, et qu'il n'en a trouvé aucun vestige. Si nous lui supposions un dixième de seconde de parallaxe, à cette distance, un dixième de seconde représentant 37 millions de lieues, une seconde entière représenterait 370 millions de lieues, et le déplacement annuel de l'étoile, 4"43, équivaudrait à 1639 millions de lieues. Nous pouvons considérer ce chiffre comme un minimum pour le chemin annuellement parcouru par cette étoile, éloignée ainsi à 76 trillions de lieues d'ici. Il en résulte que ce soleil lointain et colossal court dans l'immensité avec une vitesse de 4 487 000 lieues par jour au moins, ce qui donne 187 000 lieues à l'heure, 3000 lieues par minute ou plus de deux cent mille mètres par seconde ! Et c'est là un minimum !

Ah ! quelle transfiguration ! Ce ciel, image de la nuit et de la mort ! cette immobilité apparente des étoiles du firmament ! ce silence séculaire et cette antique solitude des profondeurs étoilées ! Erreurs ! illusions! rêves de l'ignorance!... C'est la vie, c'est le mouvement, c'est la puissance, c'est l'énergie, c'est la lumière, c'est le soleil! Que disje? C'est un tourbillon de soleils sans nombre se précipitant à travers les abîmes de l'infini , c'est une épouvantable conflagration de me .ides énormes ballottés par les vents du ciel; nos orages, nos ourag'.ns et nos foudres sont de doux sourires en comparaison de ce proc'.gieux et fantastique déploiement des colossales énergies de l'univers.

Lointain soleil : où court-il?... Pauvre étoile : qui l'attire?... Planètes d'un tel tourbillon : qui les emporte?... Où est le but? où est la fin? où est le commezicement?... Eh! où allons-nous nous-mêmes? Avec son petit train de 650 000 lieues par jour, de 29 kilomètres par seconde (déjà onze cent fois plus rapide qu'une locomotive lancée à toute vapeur), où va la Terre elle-même? Vers quelle plage notre propre soleil nous emporte-t-il? Où donc tout ce qui existe dans la création entière, astres, soleils, planètes, satellites, comètes, prin-

temps, hivers, fleurs, parfums, bosquets, oiseaux, enfants, vieillards, rêves ou souvenirs, espoirs ou désespérances, plaisirs ou douleurs , tyrans et victimes, sages et fous, âmes et étoiles : où donc tout cela tombe-t-il ?. . . O nuit ! ô vaste nuit ! . . . abîme ! profondeur ! . . .

Ciel immense! plus nous avançons, plus tu es noir!

Et ce soleil incendié, ce prodigieux flamboiement céleste, qui en 1572 terrifia l'Europe savante et sans doute aussi les humanités contemplatives qui habitent les autres mondes de notre système! c'est précisément dans cette même constellation de Cassiopée qu'éclata soudain cette étoile enflammée dont la lumière surpassait celle de Sirius au point d'être visible en plein jour. Pendant cinq mois, cette étoile temporaire domina tous les astres de première grandeur; puis elle descendit au rang des étoiles de deuxième ordre, atteignit la troisième grandeur, la quatrième, la cinquième, la sixième, et, dix-sept mois après son apparition, disparut à l'œil nu. Le télescope n'était pas encore inventé pour la suivre plus loin. Qu'est-elle devenue? Déjà en 1264 une apparition analogue s'était montrée dans cette même région du ciel, et les chroniques placent aussi une étoile nouvelle en l'an 945 dans la même région, de sorte qu'on pourrait croire que c'est la même étoile qui a repris ses feux à des intervalles de 319 et 308 ans. L'identification n'est pas absolument certaine, parce que les deux premières apparitions n'ont pas été observées avec une précision rigoureuse et que Ton ne sait pas si elles ont eu lieu juste au même point du ciel ; mais cependant ces phénomènes sont si rares, si extraordinaires, que pour qu'ils se soient produits trois fois dans la même région il faut évidemment qu'ils aient été favorisés par une cause locale; selon toute probabilité, c'est la même étoile qui les a manifestés. S'ils doivent se reproduire une quatrième fois, après un cycle analogue aux deux premiers, c'est précisément à notre époque actuelle, vers 1880, que nous devrions assister à une nouvelle conflagration de ce lointain soleil. L'intérêt capital pour nous est donc de connaître exactement la position de cette étoile et de diriger de temps en temps une lunette interrogative vers ce point de l'immensité. Déjà nous avons pu remarquer cette étoile sur notre fig. 32 qui est un fac-similé de celle de Bayer, dessinée en 1603, d'après les observations de Tycho, et sur des souvenirs encore frais : on voit qu'elle brillait sur le dossier du trône de Cassiopée, près de l'étoile ■/.; l'atlas d'Hévélius [pcj. 31) indique la même position. Exprimée dans les coordonnées habituelles, cette position est, pour l'état actuel du ciel :

Ascension droite = 0'' 18°'; Déclinaison boréale = 63» 27'.

64 LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE

On voit aujourd'hui là une petite étoile de onzième g-randeur, rougeâtrc et un peu vaporeuse, qui pourrait bien être la fameuse étoile dont nous venons de rappeler l'histoire. Chercher au point indiqué sur notre fig. 33. Si ce phénix céleste doit ressusciter prochainement de ses cendres, c'est peut-être un observateur inconnu qui en signalera le premier la réapparition (comme on Ta vu en 1572, et comme on vient de le voir encore tout récemment au Brésil pour la comète australe de février 1880). Que l'on inscrive donc sur son carnet ce point du ciel comme l'un de ceux qu'il convient d'épier lorsqu'on a l'occasion de diriger une lunette de ce cûté-là.

Voilà, sans contredit, bien des curiosités astronomiques et historiques rassemblées dans un même quartier de notre ciel boréal. Ce n'est pas tout encore. Entre p et c, étoiles de cinquième grandeur (c est une gentille petite double), dirigez une lunette, et vous admirerez un magnifique amas d'étoiles, qui scintille là, en pleine Voie lactée, comme une fine poussière de diamants. C'est miss Caroline Herschel qui la première découvrit ce lointain archipel de soleils en examinant cette région du ciel pendant l'automne de l'année 1783 : il a été classé sous le n° 30 de la VP classe d'Herschel, et s'appelle H. VI, 30. D'après le dessin ci-dessous, fait en 1835 par l'amiral Smith, cet amas d'étoiles rappelle un peu la forme d'un crabe (qui aurait la tête au nord-ouest, en bas et à gauche sur la figure). 4 Telles sont les richesses de la constellation de Cassiopée. Celle d'Andromède est plus opulente encore.

Vous la reconnaîtrez dans le ciel en menant une ligne de la Grande

Ourse à la Polaire et à Cassiopée : le prolongement de cette ligne arrive aux étoiles principales d'Andromède et de Pégase. La première étoile du caiTé de Pégase se nomme a. Andromède; viennent ensuite pety Andromède, qui conduisent à « de Persée.

Toutes ces étoiles sont de seconde grandeur et très faciles à reconnaître dans le ciel à première vue.

Si mahitenant nous voulons faire

Fia. 39. — Amas d'étoiles dans Cassiopée. . , ,

connaissance avec chacune des étoiles d'Andromède, la petite carte ci-de$sous permettra d'identifier ces étoiles dès la première soirée.

Comme Cassiopée, Andromède a subi dans les atlas célestes les métamorphoses les plus curieuses. Cette charmante princesse est cer-

Curré de t'êtitise

Polaire

Fig. 40. — Alignement pour trouver Andi'omède et Pégase.

tainement ravissante sur le dessin de notre figure 27 (Bode, 1800). inspiré par le goût si délicat de l'art grec oublié pendant toute l.i

Fig. 41. — Etoiles de la constellation d'Andromède.

durée du sombre et rude moyen âge. On n'imaginerait pas, si on m^ les avait sous les yeux, les transformations que cette image a subie.'^

suivant les époques. Au dixième siècle, Touvrage d'Abd-al-Rahman-

al-Sùfi la représente com-

(^^.u/i^»i;!^U<iXi'^"i^-^'V*2r<' me on la voit sur notre

M ^^^^''^^'^ fig- 42, tirée d'un manus-

'^^ - crit de Saint-Pétersbourg,

publié récemment par Schjellerup. Au douzième siècle, nous trouvons sa caricature (/ig. 43) sur un globe arabo-cufique conservé depuis au musée Borgia. Au treizième siècle, le roi astronome Alphonse X, la voyait sous la forme reproduite /ig. 48. Au commencement du dix-septième siècle, en 1603, Bayer Ta dessinée sous les traits de notre f?fji. 44. Soixante ans plus tard, Hévélius l'a retournée et nous la montre vue

Fis. 4'2. — De<iBin d'Aiulr.imMe au dixième siècle.

de dos mu 45), en supposant qu'on voie la voûte céleste du dehors,

comme sur un globe astronomique, ce qui dans tous les siècles a établi la plus grande confusion pour le placement des étoiles.

Enfin , on l'a de nouveau retournée, etnous la voyons désormais de face, comme sur la /îg. 27.

Ces six figures astronomiques d'Andromède donnent une idée des métamorphoses

Fig W. — Une Andromède du treizième siècle.

que les constellations ont subies sur les atlas célestes, — comme on a déjcà pu l'apprécier à propos de Cassiopée — et des difficultés qiu en résultent trop souvent pour l'identification des étoiles. Pendant bien

TRANSFORMATIONS CURIEUSES

des siècles on a véritablement oublié les étoiles pour les personnages mythologiques. La construction des globes célestes qui force à dessiner le ciel à l'envers, comme si on le voyait de l'extérieur, a conduit

Fig. 44. — L'Andromède de l'atlas de Bayer (1603).

d'autre part à retourner les figures, et à les représenter symétriquement, la gauche devenant la droite et réciproquement, comme on le voit en comparant les fig. 44 et 45 ; certains scrupules de décence ont conduit aussi les dessinateurs à retourner tous les hommes et toutes les femmes du firmament, de telle sorte qu'ils sont tous vus de dos au

TRANSFORMATIONS CURIEUSES

lieu d'être vus de face, — ce qui, paraît-il, était plus convenable, — et ensuite on est allé jusqu'à les costumer de la façon la plus ridicule. Tout cela est à signaler en passant.

Si ces changements avaient toujours eu pour effet le perfectionnement des figures, on pourrait à la rigueur les justifier ; mais c'est souvent l'effet contraire qui a été produit : on est tombé du beau dans le laid. [A propos de laideur, on se souvient de ce qui arriva à cet acteur extrêmement laid qui représentait le rôle de Mithridate dans

Fig. 45. — L'Andromède de Tatlas d'Hévélius (1690).

la pièce de Racine. En un certain moment d'une scène d'amour, Monime s'écrie : « Ah! seigneur, vous changez de visage! » Un plaisant cria du parterre: « Laissez-le faire! » On juge du rire homérique qui accueillit cette répartie. — Et cet avocat aussi laid que célèbi'e qui, pour obtenir ime séparation, allait jusqu'à insulter le mari présent, et, dans un beau mouvement pathétique, à dire au jury : « Mais regardez donc cet homme : il outrepasse la permission d'être laid; on ne trouverait pas dans le monde entier un homme plus laid que lui. — Avocat, répliqua le président, vous vous oubliez ! » Toute l'assemblée se mit à

TRANSFORMATIONS CURIEUSES

rire, et l'avocat le premier.] Quoique la beauté soit une affaire de goût, on ne peut s'empêcher de remarquer que les changements apportés aux figures des constellations n'ont pas toujours été fort heureux.

Remarque esthétique assez curieuse : artistes et astronomes se sont généralement accordés à nous montrer dans Andromède une charmante princesse blanche et rose, de notre race, tandis qu'elle devait

Fig. 46. — L'Andromède du Temple des Muses (1676).

être une éthiopienne colorée d'une nuance chocolat ou pis encore. Je ne connais qu'un petit nombre de tableaux qui aient osé gardé la vérité historique, et, pour la curiosité du fait, je reproduis ici iflg. 46) celui du Temple des Muses, publié sous Louis XIV (1676). Tout le drame astronomique y est du reste représenté.

Etudions maintenant cette constellation. On trouvera au tableau ci-contre les étoiles qui la composent, avec les observations faites depuis deux mille ans. .|^

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'ANDROMÈDE OBSERVATIONS FAITES DEPUIS DEUX MILLE ANS

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

Néb.

11 y a dans cette liste deux étoiles qui m'ont rempli de perplexité. Ce sont les étoiles r et u, situées sur la jambe gauche d'Andromède, au-dessus du genou. {Voy. fig. 44.) Les catalogues astronomiques et les atlas célestes font la plus étrange confusion entre ces deux étoiles et une troisième (n° 53, vers la fin de la liste précédente). Ainsi, déjà, sur la figure 27, qui est une réduction photographique de l'atlas de Bode, la lettre t est affectée à l'étoile de droite, la lettre u à l'étoile de gauche, et l'on voit un peu plus à gauche, et formant un triangle avec les précédentes, une troisième étoile sans lettre. Eh bien! ce n'est pas celle de droite qui doit s'appeler r, c'est celle du haut (nommée par erreuru),et c'est la troisième, anonyme, qui estu. Voyez, en effet, notice fig. 44, qui est une reproduction de celle de Bayer : au-dessus de y, sur la jambe gauche, sont les étoiles u etr, celle-ci étant la plus haute.

etu à sa gauche. Quant à l'étoile marquée t sur l'atlas de Bode, elle n'existe pas sur la carte de Bayer.

Si nous remontons aux plus anciennes figures, nous reconnaîtrons les trois étoiles y, u et t sur la jambe gauche de l'Andromède de l'ouvrage d'Abd-al-Rahman al-Sùfi (x" siècle), dont nous avons reproduit le dessin (fig. 42), et nous les trouverons aussi sur le dessin grossier du globe arabo-cufique reproduit fig. 43 et sur lequel il^est assez remarquable de rencontrer ces trois étoiles à leur place, car en général les dessinateurs s'inquiétaient fort peu de ce déta.il astronomique : ils sacrifiaient les étoiles aux figures, au lieu de faire le contraire.

Ces deux étoiles sont les 18' et 19" du catalogue de Ptolémée. Il y a deux mille ans, elles étaient l'une et l'autre de quatrième grandeur, et depuis cette époque il est arrivé dans cette région du ciel les variations dont notre ftg. 47 donne quatre spécimens. Sans doute, l'étoile voi-

Anciennement. Dii-seplièine siècle. Dix-liuitièrae s-iècle. Aujourd'hiii.

Fig. 47. — Changements arrivés dans l'éclat des étoiles x et 53 Andromède.

sine de u et la 55' n'ont pas varié, et, si elles sont absentes des anciens catalogues, c'est simplement parce qu'elles ne sont que de sixième grcandeur. L'étoile x. de 5 'grandeur 1/2, a pu aussi ne pas varier. L'étoile 7, qui est une faible de 2' grandeur, a pu être parfois inscrite de 3' et ne pas varier non plus. Mais les trois étoiles t, u et 53 ont certainement changé d'éclat, puisque cette dernière étoile, qui est actuellement plus visible que v, est absente dans les anciennes observations. Pour reconnaître ces étoiles dans le ciel, cherchez la petite constellation du Triangle, au sud de y Andromède {fig. 41) : la ligne menée par T et 53 se dirige vers le Triangle, tandis qu'une ligne menée par r et V passerait au nord de y Andromède.

Les deux étoiles voisines ? et m ont aussi varié d'éclat. Absente des catalogues jusqu'au xvu' siècle, la première apparaît pour la première fois sur la carte de Bayer, en 1603, comme étant de 4' grandeur, et

depuis elle se maintient aux environs de la 5°. A la même époque, au contraire, sa voisine w était de 6' : elles sont toutes deux aujourd'hui de même grandeur et de b\ J'ai même trouvé, le 19 mars 1880, w plus brillante que ?.

L'étoile 9 est descendue delà 4° à la 5' 1/2. Sa voisine c, jadis aussi de 4% lui était inférieure en 1590 et 1603, et lui est aujourd'hui supérieure.

L'étoile i, qui est ordinairement de 4' grandeur, a été notée de T par Piazzi à la fin du siècle dernier (et cette grandeur a été reproduite, sans remarque, par Bessel dans son catalogue de Bradley). On pourrait attribuer cette notification de Piazzi à une erreur de transcription; mais, en 1784, d'Agelet a noté cette môme étoile de

6' grandeur. L'année précédente, il l'avait notée de 3° à 4°. Lalande l'a notée une fois de 5' et deux fois de 4^ Harding l'a inscrite de Q\ Elle est aujourd'hui de quatrième et demie, comme habituellement et à peu près de même grandeur que X. Concluons qu'elle subit des fluctuations, rares, mais assez importantes. Encore un astre inconstant !

L'étoile « a été notée de première grandeur par Piazzi, sans doute par erreur, car je n'en ai trouvé aucune autre notification, quoique Babinet ait écrit qu'elle a été a longtemps mise au rang des étoiles de première grandeur » et que son éclat va sans doute en-s'alTaiblissant. Je ne vois rien qui justifie cette conjecture du spirituel académicien.

Cette constellation renferme une étoile variable que l'on peut quelquefois découvrir à l'œil nu. C'est l'étoile R, située près du groupe 9 p c. (Voy. la fîg. 41.) Elle varie de la 6' à la 13' grandeur en 405 jours. Quelle immense échelle de lumière! Quelle physique, quelle optique, pour les mondes qui subissent de telles fluctuations d'éclat dans leur lumière diurne et dans leur température. Passer chaque année par la gradation d'un soleil devenant quatre mille fois plus lumineux et plus ardent à chaque été ! C'est inimaginable pour nous autres habitants d'un calme système où pourtant nous trouvons encore parfois à nous

Fig. 48, — L'Andromède du livre d'Alphonse X (xiii" siècle).

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