‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 31 sur 399 · Le Cœur de Charles · texte numérisé non relu

Le Cœur de Charles

fidèle que possible; mais, lorsqu'on compare ce tableau à la réalité, on ne peut s'empêcher d'être frappé du contraste, tout en faveur du spectacle céleste. Les couleurs des étoiles n'ont pas la grossièreté de nos peintures ; elles sont translucides et lumineuses ; pour les reproduire, il faudrait avoir l'azur des cieux pour palette et tremper son pinceau dans l'arc-en-ciel. Mais prenez une lunette et regardez. J'en supplie mes lecteurs ; j'en supplie surtout mes lectrices, dont les yeux sont si excellents juges.

La constellation d'Andromède renferme d'autres systèmes multiples, mais dont l'observation sort du domaine de l'astronomie populaire et dans lesquels nous ne nous égarerons pas. Le précédent suffit d'ailleurs pour illustrer une constellation.

Cependant, n'allons pas plus loin sans nous arrêter à la nébuleuse 4'Andromède, la première que Ton ait découverte au ciel, et d'ailleurs la seule que l'on voie facilement à l'œil nu (car les Pléiades, l'amas du Cancer, et quelques groupes d'étoiles voisines qui offrent un aspect nébuleux, ne sont pas de véritables nébuleuses). Par une nuit bien pure, dirigez vos regards vers l'étoile v d'Andromède, à la troisième étoile de la ceinture de cette beauté enchaînée, et près de cette étoile, comme on la vu sur notre fig. 41, vous apercevrez une pâle nébuleuse ('). Aidez-vous d'une jumelle, et vous la reconnaîtrez facilement. On est surpris de la voir absente des premiers catalogues d'étoiles, et il est bien probable que les anciens l'ont aperçue, aussi bien que les modernes, mais qu'ils ne l'ont pas jugée digne de leur attention et l'ont négligée comme une lueur insignifiante. La plus ancienne mention que nous trouvions est celle de l'astronome persan Sùfi, qui, au X* siècle de notre ère, la signale comme un « petit nuage céleste » , généralement observé et connu par les astronomes arabes. Cependant, ce n'est qu'en 1612 qu'elle a été signalée en Europe par l'astronome Simon Marins de Franconie, lequel, dans son ouvrage sur les satellites de Jupiter récemment découverts par lui-même et par Galilée, rapporte qu'il l'a vue pour la première fois à Vaicle d'une lunette, le 15 décembre de cette année-là. « Son intensité, dit-il, s'accroît à mesure qu'on approche du centre. Elle ressemble à une chandelle qu'on verrait à travers de la corne transparente, et je la trouve semblable à la comète de 1586. Si elle est nouvelle ou non, c'est ce que je ne déci-

(■ ) Mon savant ami l'ingénieur Coarbebaisse, qui est peut-être l'homme de France le plus familiarisé avec le ciel, me dit à ce propos qu'ila un procédé mnémotechnique bien simple pour faire retenir la place de cette nébuleuse. Il suffit,dit-il, de nommer les deux étoiles bêta, mu, qui y conduisent; on pense à bête à mue, et on trouve la toison au bout. Excuser en faveur de l'intention.

LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE

derai pas. Cependant, Tycho-ljrahé,qui a décrit avec soin la position

de l'étoile voisine (v), n'en a pas fait mention. »

Si l'on examine cette nébuleuse à l'aide d'une petite lunette, on la

trouve telle que la représente notre /ij/. 49, et l'on voit au-dessus d'elle

une petite compagne du même ordre de création, qui a été décrite pour la première fois par l'astronome français Le Gentil, en 1749, le même auquel Vénus devait jouer, en 1761 et 1769, les tours que l'on connaît (Asi?-o?io?7iie j)opulaire, p. 297).

Cette nébuleuse d'Andromède a été l'objet d'un grand noiîibre d'obser-.

vations. L'un des premiers astronomes qui l'ont étudiée, Halley, voyait en elle « une lumière arrivant d'un espace extraordinairenient grand dans l'éther, à travers lequel un milieu lumineux est diffusé, lequel brille par sa propre lumière. » Je traduis littéralement, en laissant le vague de l'ex-

Fig. 49. - La nébuleuse d'Andromède et sa preSSiOU et, si 16 IIG me tl^OUipe, de compagne, vues dans une petite lunette. ^ i u

la pensée de 1 auteur, car il n'y a rien de bien clair dans cette phrase : « The spot is nothing else but the light coming from an extraordinary great space in the ether, through which a lucid médium is diffused that shines with its own proper lustre. » Je ne sais si Derham s'en formait une idée plus nette lorsqu'il disait que c'était là un endroit où le firmament, qu'il croyait encore en cristal, était moins épais qu'ailleurs, et laissait entrevoir à nos yeux mortels l'immortelle lumière qui brille dans l'empyrée, séjour de la Trinité et des bienheureux.

Remarque assez curieuse, nous ne sommes guère plus avancés qu'il y a deux siècles sur l'explication de cette immense nébuleuse. Tandis que, parmi celles qui ont été découvertes depuis, les unes se sont résolues en amas d'étoiles dans le champ du télescope, et que d'autres ont prouvé par leur constitution chimique être d'une nature gazeuse, celle-ci est restée muette et mystérieuse. Son spectre est continu, sans raies transversales, et par suite les substances qui la composent restent inconnues; remarque assez curieuse: l'extrémité rouge manque. Cela ne prouve pas cependant qu'elle ne soit pas ga-

LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE

zeuse les gaz peuvent, à basse température, donner un spectre continu. Les plus puissants grossissements ont fait apparaître quinze cents étoiles ; mais il n'est pas certain que ces étoiles lui appartiennent : elles peuvent se trouver devant elle. Ajoutons que sa forme varie étrangement suivant les grossissements employés. Une lunette de 75 millimètres, grossissant 80 fois, montre l'image reproduite ftc). 49. Une lunette de 108 millimètres, grossissant 200 fois, montre l'image reproduite fig. 50. Mais cette régularité primitive disparaît tout à fait si l'on se sert d'un puissant instrument, comme l'ont fait Bond et Trouvelot, à Cambridge. L'équatorialde 38 centimètres représente cette création lointaine telle qu'on la voit fig. 51, dessin fait par mon savant ami Trouvelot en 1874. Un foyer central se manifeste, ainsi que deux autres foyers secondaires, l'un rond, l'autre ovale, et, ce qu'il y a peut-être de plus surprenant encore, deux fissures noires paraissent couper la nébuleuse dans le sens de sa longueur : si ce sont là des vides à travers le gaz, c'est incompréhensible ; si ce sont deux traînées de matière obscure posées là en avant, c'est encore plus extraordinaire. Quant aux étoiles, elles semblent se projeter en avant et sont moins condensées au centre. Qui pourrait arrêter une minute son esprit devant cette figure sans être absolument émerveillé, fasciné, confondu?

Et quelle grandeur ! C'est sans contredit l'une des plus vastes du ciel, A l'œil nu, elle mesure un quart de degré. Une lunette de 108 millimètres lui montre une étendue de 1° 1/2 de longueur sur 24' de largeur. Bond est parvenu à suivre sa trace jusqu'à 4 degrés en longueur et 2 degrés et demi en largeur. En ne la supposant pas plus éloignée que les étoiles les plus proches, elle serait encore incomparablement plus vaste que notre système solaire tout entier, quoiqu'il mesure plus de deux milliards de lieues de diamètre. En

Fig. 50. — La nébuleuse d'Anciromèile, vue dans une lunette moyenne.

LA NEBULEUSE D'ANDROMEDE

effet, à la distance de l'étoile la plus proche, le demi-diamètre de l'orbite terrestre (37 millions de lieues) est réduit à 0", 928. Donc là, un objet mesurant 928" ou 15' 28" serait déjà mille fois plus

Fig. 51. — La nébuleuse d'Andromède, vue dans un grand télescope.

large que la distance de la Terre au Soleil et mesurerait 37 milliards de lieues. Mais la nébuleuse d'Andromède occupe dans le ciel un espace s'étendant jusqu'à 4 degrés, c'est-à-dire 15 fois supérieur au

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