LE BOUVIER. — LA COURONNE
en 280 ans. L'analogie nous porte à croire que ce petit couple gravite lui-même autour de l'étoile principale; mais des considérations de mécanique céleste nous invitent à penser que la révolution grandiose de ce système ternaire ne demande pas moins de cent vingt mille ans pour s'accomplir ! . . . Telle serait la « grande année » de ce lointain univers.
On voit que cette constellation est véritablement riche en grands spectacles. Ce ne serait pas tout encore si nous voulions signaler toutes ses curiosités, car l'étoile y., l'étoile P. XIV, 69, sont ellesmêmes de gentilles petites doubles accessibles aux instruments de moyenne puissance (12" et 6"), et il y en a bien d'autres. Mais le ciel est grand, et nous ne devons pas nous attarder dans la même région. Laissons vite le Bouvier pour faire connaissance avec sa voisine la Couronne boréale.
Cette constellation, l'une des plus faciles à reconnaître à l'œil nu par sa forme caractéristique, se trouve en quelques minutes en se servant d'Arcturus et du triangle supérieur du Bouvier [voy. fig. 89). Son nom est évidemment dû à sa forme, et il n'y a nulle autre explication à en chercher. Les anciens assuraient que c'était celle d'Ariadne, que Bacchus avait transportée au ciel ; Ovide en raconte même la légende dans les termes suivants :
Ariadne, enlevée par Thésée et abandonnée sur le rivage de la mer, assourdissait les échos de ses plaintes. Bacchus vint à son secours et, pour qu'elle brillât d'un éclat immortel au milieu des astres, il détacha la couronne de son front et la lança vers les cieux. Tandis qu'elle traversait rapidement les airs, soudain, les pierreries dont elle était parsemée se changèrent en autant de feux, qui se fixèrent dans l'Empyrée et conservèrent la forme d'une couronne. Sa place est entre Hercule à genoux, et celui qui porte le serpent.
On a dessiné cet emblème sous toutes les formes, depuis une couronne de bergère, tressée de fleurs champêtres, jusqu'à une couronne d'empereur, de roi, de duc, de marquis, de comte ou de baron. Mais les vains titres passent au ciel comme sur la terre, et depuis longtemps on la dessine sans compter ses fleurons. Elle a même reçu d'autres noms. Les Chinois l'appelaient « la coquille à la perle », et il est curieux de voir que son étoile brillante se nomme encore aujourd'hui la. Perle. Les Arabes l'appelaient Kasat al-Masakin, «l'Ecuelle des pauvres ». Mais peu nous importe de quels symboles elle ait servi. Ce qui nous intéresse, ce sont les étoiles qui la composent: elles sont inscrites au tableau suivant.
Les anciens n'avaient observé dans la Couronne que les neuf étoiles