ÉCLAT ET COULEURS DES ÉTOILES
tante. D'autres paraissent plus grandes et moins lumineuses. Il y a entre les étoiles des différences de nature qui sont bien perceptibles à l'œil nu. De deux étoiles d'égal éclat, Tune percera beaucoup plus vite les clartés du crépuscule ; exemple Arcturus , dont la lumière dorée devance de beaucoup la lumière argentée de Véga. Antarès est d'un jaune orangé, comme Mars. Pollux est jaune comme Arcturus, Sirius blanc comme Véga. Les étoiles jaunes et rougeâtres gagnent au crépuscule, perdent pendant la nuit. Lorsque des brumes passent sur Cassiopée, elles obscurcissent plus facilement a que p ou y, à égalité d'éclat. Ce sont là des différences intéressantes à observer (').
Cette constellation ne renferme qu'un petit nombre d'étoiles doubles importantes; nous n'en signalerons que deux, qui ne sont pas trop difficiles à trouver :
L'étoile 14, de cinquième grandeur, dont le compagnon, de septième et demie, brille à 15": couple qui reste fixe au fond des cieux; une bonne lunette montre une troisième étoile, de onzième grandeur, à 12". Au nord de la ligne même de p à t.
L'étoile 4 m, de cinquième grandeur (entre i et ç), dont le compagnon, de huitième, brille à 6" 3, et reste également fixe depuis un siècle qu'on l'observe. Cette étoile offre cette particularité d'avoir été estimée de grandeurs bien différentes par les divers observateurs, car les uns l'ont notée de 6°, les autres de 5% de 4" et même de 3% comme on peut en juger par les estimations suivantes d'éclat des deux composantes de ce couple :
(') A propos de l'apprf^ciatioa des couleurs des étoiles, remarquons qu'elle n'est pas aussi facile qu'on le croit. D'abord, ces couleurs sont peu intenses, surtout sous nos latitudes brumeuses. Ensuite, tous les yeux ne jugent pas de la même façon, et ne voient pas identiquement les couleurs même les plus franches : il suffit de se promener dans un musée et de comparer les diverses copies d'un tableau faites par plusieurs artistes pour se convaincre que la même couleur de l'original est reproduite avec des tons bien différents; à l'exposition des Champs-Elysées, à Paris, où l'on peut voir chaque année un nombre surprenant de femmes nues, on en remarque toujours deux ou trois qui sont d'un jaune ou d'un rouge si étranges, que très certainement, à l'honneur de la plus belle moitié du genre humain, il est impossible d'admettre que les modèles aient jamais eu une pareille peau. Ajoutons, quant aux étoiles, que les lumières artificielles employées le soir étant toutes jaunes, donnent un faux terme de comparaison et font paraître les étoiles plus bleues. D'autre part encore, l'atmosphère les rougit si elles sont près de l'horizon. Enfin, si l'on se sert d'une lunette ou d'un télescope, la composition des verres modifie aussi les nuances. Cependant, avec un peu d'exercice, on ne tarde pas à remarquer les différences intéressantes dont nous parlons.
Morton en 1857. .
Struve en 1827. .
Schmidt en 1833 .
Id. en 1830. .
Struve en 1824. .
Secchi en 1850 . .
Ces variations sont-elles réelles? La transparence atmosphérique n'a-t-elle pas joué un grand rôle dans ces divergences? Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les estimations des couleurs offrent les mêmes variations : tandis que l'un a noté les composantes blanche et bleue, l'autre les a notées orange et rouge ; un autre les a vues verte et blanche. Couple intéressant à suivre.
Ajoutons que cette étoile a reçu la lettre co dès le temps de Flamsteed, mais que cette lettre n'est pas inscrite dans l'atlas de Bayer.
Les autres étoiles doubles de cette constellation n'offrent pas d'intérêt pour les instruments de moyenne puissance ('). Il en est de même des nébuleuses et amas d'étoiles, qu'il est à peu près impossible de trouver sans équatoriaux. Nous en signalerons cependant deux qui
Fig. lO'J. — L'étoile double 14 Cocher.
Fig. 110. — L'étoile aouble 4 (o Cocher.
sont trop remarquables pour être laissés sous silence. L'un (M. 37) est situé par 5" 44" d'ascension droite et 32° 31' de déclinaison, et se trouve à peu près au milieu de la ligne tracée de ^ Taureau à 9 Cocher ;
(') Les lecteurs dont l'amour pour l'astronomie pratique grandira encore et voudra s'exalter hors de la sphère d'étude populaire dans laquelle nous nous renfermons ici, trouveront les documents qu'ils ambitionnent dans notre ouvrage spécial sur les Etoiles doubles, et dans notre grand Atlas céleste, qui donne les positions de plus de cent mille étoiles. Il importe ici de ne pas dépasser les limites des observations, des études et des remarques que chacun peut faire facilement, pour peu qu'il s'intéresse sérieusement à s'instruire lui-même dans la connaissance de l'univers. Notre but est, répétons-le, tout simplement d'ouvrir le ciel pour que tout le monde puisse y lire comme dans un livre. Cette description est méthodiquement faite : nous examinons les constellations l'une après l'autre en marchant du nord vers le sud et en nous servant des étoiles que nous connaissons déjà. —On trouvera, du reste, à la fin de ce volume, une Table générale et analytique des matières contenues dans l'Astronomie populaire et dans son Supplément, qui permettra de se reporter facilement à tous les sujets traités.