CHAPITRE VII
Pégase. — Le Petit Cheval. — Le Dauphin.
Le cheval ailé qui d'un coup de pied fit jaillir la fontaine Hippocrène, inspiratrice des poètes, a reçu dans le ciel l'une des plus vastes et des plus belles provinces de la voûte étoilée. Ce que l'on remarque tout d'abord, c'est un grand carré, plus étendu que le quadrilatère de la Grande Ourse, formé par quatre belles étoiles. A un angle du carré vient se greffer une ligne courbe formée aussi par trois brillantes étoiles, de sorte que cette figure reproduit, sous une forme un peu
Carre de/^ase -f/5- f «
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Fig. 114. » Alignement pour trouver le carré de Pégase.
différente, l'aspect général de la Grande Ourse. (Par une circonstance assez bizarre, cette figure de sept astres se retrouve plusieurs fois, en grand ou en petit, dans la population si variée de la sphère céleste.) Ce carré de Pégase, avec les trois étoiles d'Andromède qui l'accompagnent, se lève à l'orient au mois de juillet, pour l'observateur qui examine le ciel à 9 heures du soir, brille pleinement à l'est pendant les belles soirées du mois d'août, trône au sud-est en septembre et au zénith en octobre, descend vers l'ouest en novembre, se repose à l'occident en décembre et se couche à la fin de janvier. Pour le trouver, il n'y a qu'à regarder. Cependant, si l'on veut être
assuré de son identité et vérifier en môme temps ce que l'on connaît déjà dans le ciel, on reconnaîtra qu'il se trouve sur le prolongement de deux lignes menées de « et ^ Grande Ourse à la Polaire, passant vers Cassiopée et continuées au delà de cette petite constellation. Une étoile du carré est commune à Pégase et à Andromède : c'est «, suivie par p et y.
On ne dessine jamais là qu'une moitié de cheval, la moitié antérieure, munie d'une paire d'ailes, et l'on a ajouté en avant, à l'ouest, une autre tète de cheval, qu'on appelle « le Petit Cheval, » et qui sort on ne sait d'où. Ces deux constellations sont anciennes. Ptolémée appelle la première Hippos « le Cheval», et la seconde Hippou protomê « la section antérieure du Cheval. » Ératosthènes a écrit dans ses Catastérismes, au troisième siècle avant notre ère, que « la partie de derrière est invisible afin de ne pas montrer que ce cheval est femelle. » Il paraît que c'eût été là une idée navrante. Au temps de cet astronome et d'x\rchimède, son contemporain, le Petit Cheval n'existait pas encore; c'est dans le catalogue d'Hipparque qu'on le rencontre pour la première fois. — Ces deux chevaux sont dessinés renversés, c'est-à-dire le dos au sud.
Le Grand Cheval est devenu Pégase du temps des Romains. Les Arabes du dixième siècle de notre ère appelaient le premier al-faras-alâzham « le grand cheval », et le second kita al-faras « le morceau du cheval. » Ils assimilaient aussi ce carré à un puits et à un seau, et plusieurs étoiles ont reçu des noms correspondant à cette assimilation, en même temps que des noms symboliques, tels que « le Bonheur de la Prudence » et « le Bonheur de l'Intelligence. »
Peut-être cette tête de cheval coupée est-elle le dernier vestige des sacrifices de chevaux, qui, paraît-il, existaient en Egypte et en Chine. Dans la sphère chinoise, il y a là un astérisme nommé T'ien-Kiou ou l'Ecurie céleste, et certains commentateurs pensent que ces étoiles passaient au méridien au printemps, à l'époque où l'on nettoyait les écuries et où on les frottait avec le sang d'un cheval sacrifié, ce qui les porte à admettre que cet astérisme est originaire de la Chine. Ces sacrifices de chevaux étaient également en usage chez les Indo-Parses sous le nom de Aswamedha, de cheval (Aswa) et de sacrifice (medha). Nous retrouvons ici la terminaison d'Andromède. Mais tout cela se perd dans la nuit des temps.
Remarquons cependant que si l'on fait passer un trait par les étoiles /3. ['., Y, 31, les trois petites étoiles qui contmuent, jusqu'à 9, puis par c, Ô, 'C, et a, on trace un contour enfantin qui peut donner l'idée d'un
COU et d'une tête de cheval {voy. la fig. 116); les étoiles 5, p, et les quatre qui suivent indiquent même la crinière ; un trait mené par p, 1), 32 et iT dessine une jambe, et un autre par t, k et (j. du Cygne en indique une autre. Les observateurs primitifs qui cherchaient dans le ciel des représentations animées ont pu remarquer cette vague ressemblance, comme on en remarque parfois dans les nuages. Cette constellation serait postérieure à Andromède. Dans cet ordre d'idées, les quatre étoiles du Petit Cheval représentent plutôt le squelette d'une autre tête de cheval que n'importe quel autre objet, et plus tard on l'aura ajoutée pour ne pas laisser de vide.
Les quatre étoiles principales du carré de Pégase portent encore aujourd'hui des noms arabes, sous lesquels elles sont assez souvent désignées :
a Pégase .... Marhab 1 y Pégase. . . . Algenib
p Pégase .... Sclieat \ a Andromède. . Alpherat
Ces noms signifient, le premier, un objet sur lequel on voyage, comme une voiture ; le second est probablement une corruption du mot sa'id, bras; le troisième vient de jenah-al-faras, l'aile du cheval; le quatrième dérive de sirrat-al-faras, le nombril du cheval : il se trouve que la tête d'Andromède occupe justement cette position, ce qui n'est pas galant pour la princesse.
Faisons connaissance maintenant avec les étoiles de cette constellation et apprenons à les reconnaître dans le ciel.
Le tableau de la p. 170, et la fig. 116 qui l'accompagne sont les guides à consulter pour cette étude.
Remarquons d'abord que l'étoile i, qui manque à la série et qui est la quatrième étoile du carré, n'est autre que l'étoile « d'Andromède, que nous connaissons depuis longtemps.
Les étoiles (3, y et e sont légèrement variables. La première oscille de 2,2 à 2,7 en 40 jours. La seconde oscille de 2,0 à 3,0 en 27 jours et demi, étant à son maximum égale à a et s'abaissant à son minimum jusqu'à v). La troisième varie, en 25 jours 3/4, de 2,4 à 3,2. J'ai inscrit! au tableau leur éclat moyen actuel.
L'étoile V, de quatrième grandeur au temps d'Hipparque, était tombée au-dessous de la cinquième au temps d'Abd-al-Rahman-al- Sùfi, et on la voit toujours de cinquième grandeur depuis cette époque. Les étoiles t et u, anciennement de quatrième grandeur, sont descendues à la sixième et sont remontées à la cinquième. Au contraire, 1 a constamment augmenté d'éclat depuis les anciennes obser-
Fip. 115. - Pégase. - Le Petit Cheval. - Le Dauphin. - La Voie lactoe.
vations. L'étoile n° 2, de quatrième grandeur au temps de Tycho- Brahé (1590), était de sixième en 1700. A l'aide du tableau et de la carte, chacun peut à loisir s'exercer à trouver toutes ces étoiles dans le ciel et à comparer leur éclat. Nous avons inscrit toutes celles qui, par leur grandeur ou leurs configurations, sont faciles à trouver pour une vue moyenne.
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DE PÉGASE DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES -127 +%0 1430 1590 1G03
oMarfta6 2.3 2.3
pScheat 2.3 2.3
TAlgenib2.2 2.3
ri 3 3
var
Deux étoiles variables intéressantes, R et S Pégase, existent dans cette région du ciel, offrant l'énorme fluctuation d'éclat qui s'étend de la septième à la douzième grandeur; mais on ne peut les trou-
ni
ver et les observer qu'à l'aide d'instruments gradués et assez puissants.
Remarquons dans cette constellation quelques étoiles doubles dignes d'attention :
L'étoile £ est accompagnée d'une petite étoile de 9° grandeur, mais très écartée, à 138". Intéressante pour une petite lunette munie d'un oculaire ù champ large.
■K est aussi une double très écartée, 4' et 5' grandeurs, éloignées à 12' l'une de l'autre, comme Mizar et Alcor. Une jumelle suffit.
Fig. 116. — Priaoipales étoiles de la constellatiou de Pégase.
L'étoile I (à environ 10 degrés et demi au sud-est de Ç du Cygne) est plus remarquable ; l'écartement est de 36", et les deux composantes sont respectivement de 4' et 9° grandeurs, jaune et lilas, couple fixe depuis cent ans qu'on l'observe. On a accusé cette étoile de variabilité; mais rien n'est moins certain. Si elle n'a pas reçu de lettre de Bayer, c'est parce qu'elle est en dehors de la figure : le jurisconsulte d'Augsbourg n'a donné de lettres qu'aux étoiles comprises dans le corps des êtres ou des objets dessinés au ciel, et, tout en gravant aussi sur son atlas les étoiles extérieures, il les a laissées anonymes. C'est pour n'avoir pas remarqu ce fait que plusieurs astronomes ont cru que quelques-unes de ces dernières étoiles avaient augmenté d'éclat depuis l'époque de Bayer.
On peut aussi chercher l'étoile 3, près du Verseau, la précédente d'un trio vers 4° au sud-sud-ouest de e Pégase : elle n'est que de 6' grandeur et son compagnon de 8% à 39"; joli couple; on en voit un autre, très délicat, dans le même champ.
Il y a encore dans cette constellation une autre étoile double particulièrement intéressante, quoiqu'elle ne soit inscrite que depuis quelques années dans les catalogues d'étoiles doubles, seulement depuis que je l'y ai mise : c'est l'étoile 85 Pégase, de 6° grandeur, que l'on trouvera entre « Andromède et ^ Pégase. Son compagnon est de
Fig. 117. — L'étoile double 1 Pégase.
Fig. 118.— L'éloile double 3 Pégase.
9" grandeur et brille actuellement à 15". La première observation de cette étoile, comme étoile double, est celle que j'ai faite au mois de décembre 1877 à l'Observatoire de Paris ('). C'est l'un des groupes
( ' ) J'aurai rindiscrétion de raconter à ce propos l'anecdote assez curieuse que voici : L'illustre Le Verrier avait mis à ma disposition le grand équatorial de 1 Observatoire pour mes mesures d'étoiles doubles ; mais il y avait deux ou trois fonctionnaires de l'établissement qui étaient fâchés de me voir faire ce travail, quoiqu'il fût purement honorifique de ma part et qu'ils n'eussent jamais eu l'intention de le faire eux-mêmes. Après la mort de Le Verrier, son successeur par intérim profita de sa situation momentanée pour enlever la clé de la coupole où j'observais, sans oser toutefois me déclarer franchement qu'il retirait (sans droit, du reste) l'autorisation accordée par le Directeur. Je venais, la veille, de prendre une première mesure de l'étoile 85 Pégase, et j'étais ainsi dans l'impossibilité de continuer, à moins de perdre mon temps en discussions avec ce pseudo-directeur. Comme ce qui m'importait le plus c'était d'avoir des mesures des étoiles que j'étudiais, prises par d'autres astronomes aussi bien que par moi, j'écrivis à M. Burnham, l'habile et complaisant observateur de Chicago, de mesurer cette étoile avant qu'elle descendît sous l'horizon. Les me nures furent faites mieux que par moi-même, et la science n'y perdit rien. Le jour
CURIOSITES SIDERALES DANS PEGASE
optiques les plus remarquables que l'on connaisse, le mouvement propre rapide de la grande étoile modifiant d'année en année et, pour ainsi dire, de mois en mois, la situation relative de la petite. On trouve ces deux étoiles observées par Bessel en 1825 et par Argelander en 1855, dans leurs observations méridiennes, et, en 1870, Brunnow s'est servi de la petite comme étoile de comparaison pour déterminer la parallaxe de la grande. A la première de ces dates, la petite étoile était éloignée h 73" de la plus brillante; en 1855, elle était à 30"; en 1877, je l'ai trouvée à 14" : c'était justement, par hasard, l'époque de sa plus grande proximité, car elle va maintenant en s'éloignant de plus en plus. La fig. 119, que j'ai construite à l'échelle de l^^pour 1",
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Fig. 119. — Mouvement observé sur l'étoile 85 Pégase.
représente exactement le mouvement observé, en comparant les positions de la petite étoile à celle de la grande, supposée fixe; en réalité, c'est la grande qui se déplace, et c'est la petite qui reste fixe. Par surcroît d'intérêt, la petite étoile est elle-même une doubletrès serrée, à moins de 1 seconde, couple physique en mouvement assez rapide.
La parallaxe de 85 Pégase a été trouvée de 0",054 seulement, ce qui porte sa distance à 3 805 000 fois le rayon de l'orbite terrestre, ou
même où l'astronome américain dirigea le grand équatorial de Chicago sur ce r.Quple, il découvrit que la petite étoile elle-même est une jolie double très serrée, et qui se trouve en mouvement assez rapide. N'est-il pas curieux de penser que cette décou- "cfte américaine est due à la mauvaise humeur d'un fonctionnaire français et- à son excès de zèle négatif?
174 PEGASE
à 129 trillions dé lieues. La lumière n'emploie pas moins de 64 ans pour venir de là.
Ce sont là les étoiles doubles les plus intéressantes et les plus faciles à observer. Nous n'ajouterons qu'une seule curiosité, c'est un amas d'étoiles que l'on peut trouver, entre s Pégase et â du Petit Cheval, formant la pointe nord d'un triangle obtus et isocèle (voyez la fig. 116). Une petite étoile de sixième grandeur semble, du reste, placée là tout exprès pour marquer la place de la nébuleuse. Cet objet céleste a été trouvé par Maraldi en 1745 et enregistré comme « une étoile nébuleuse, assez claire, composée de plusieurs étoiles. » Messier l'observa en 1764, et elle porte len° 15de son catalogue. William Herschel le résolut en étoiles en 1783. Dans une lunette de moyenne puissance, il offre
l'aspect reproduit ici. C'est peu de chose en apparence. Mais, lorsqu'on sait que c'est là un univers composé de plusieurs centaines de soleils, et que notre humanité tout entière, avec tout son orgueil et toutes ses Fig. 120. -Petit amas d'étoiles dans Pégase, passions, occupe dans l'espace et
dans le temps une étendue moindre que le plus imperceptible de ces petits points, on conclut que cela vaut la peine d'être regardé une fois, lorsque les « importantes» affaires de la vie ne nous clouent pas trop assidûment au boulet terrestre. Un astronome qui, quoique très exact et très scrupuleux dans ses observations et ses calculs, avait cependant la fibre très sensible et ne rougissait pas d'admirer avec passion les célestes splendeurs, D'Arrest, auquel nous devons l'un des meilleurs catalogues de nébuleuses qui existent, se laissait aller aux expressions suivantes dans la description de cet amas d'étoiles: « Acervusmagnificentissimus . . . cumulus celebratissimus .. .y> Je préfère cet excès-là à celui de ce chef de service d'un observatoire, qui prétendait interdire l'étude des étoiles doubles à un astronome, sous prétexte qu'il y mettait trop d'enthousiasme et qu'il gâtait le métier.
La constellation du Petit Cheval, facile à reconnaître à l'ouest de E Pégase, n'est formée que d'un petit nombre d'étoiles ; on ne distingue même bien que les cinq que voici, les autres étant de sixième grandeur ■
pniNClPALES ÉTOILES DU PETIT CHEVAL DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
obsc.
obsc.
obsc.
obsc.
obsc.
Sur ces cinq étoiles, la seconde, p, a certainement augmenté d'éclat, car, au dixième siècle de notre ère, Abd-al-Rahman-al-Sûfi déclare positivement qu'elle n'était alors que de sixième grandeur, et tel est aussi l'ordre qui lui est assigné par Ulugli-Beigh au quinzième siècle. C'est entre cette époque et celle de Tycho qu'elle est passée de la sixième à la quatrième grandeur, et même un manuscrit du catalogue d'Ulugli-Beigh, sans doute écrit un peu plus tard, la note de cette dernière grandeur. A la fin du dix-huitième siècle, Piazzi l'a enregistrée comme étant de cinquième et demie. Elle est actuellement de cinquième.
Les étoiles y et (î ont également augmenté d'éclat du seizième au dix-huitième siècle, et il semble qu'on en puisse dire autant d'à, comme si vraiment il y avait prédominance de certaines constitutions physiques ou de certaines influences dans des régions du ciel déterminées.
Lorsqu'on aura reconnu à l'œil nu ce petit astérisme, on pourra regarder avec une jumelle l'étoile Y, et on la verra double ; il y a, à côté d'elle, à 6' 6", une étoile de 6' grandeur, qui porte le n° 6 du catalogue de Flamsteed, et qui forme avec la première un couple très écarté, très facile à observer. La fameuse comète de 1680 est passée dans son voisinage le 3 janvier 1681, et je trouve dans les observations faites à l'Observatoire de Paris ce soir-là cette mention : « On s'aperçut que l'étoile y de la bouche du Petit Cheval était double. » Depuis deux siècles, les po-
Fig. 121. —L'étoile double 1 e Petii Cheval.
sitions respectives des deux astres ont été mesurées : ils restent fixes l'un par rapport à l'autre.
L'étoile n° 1 , qui n'a pas reçu de lettre grecque dans la classification de Bayer, et qui ne se trouve pas dans son atlas, est cependant ordinairement désignée sous la lettrée: c'est une double très belle, composée d'une étoile de 5' grandeur et d'une de 7' 1/2, écartées à 11" l'une de l'autre. Depuis un siècle, la petite a tourné de 10° autour de la grande. Celle-ci est double elle-même, mais très serrée (moins de 1"), de sorte qu'il faut une bonne lunette pour la dédoubler; observée en 1780, 1825, 1830 et 1832. elle paraissait simple; ce n'est qu'en 1835 que la seconde étoile, de 7° grandeur, s'est écartée des rayons de sa primaire, dans lesquels elle avait été éclipsée jusque-là : Struve la découvrit à la minuscule distance de 0"35, et depuis elle s'est lentement séparée en tournant légèrement. C'est là un système ternaire remarquable.
Par une coïncidence curieuse, l'étoile $ ressemble un peu à la précédente : c'est aussi une double très serrée , avec un compagnon écarté. Le couple serré tourne très vite, et son mouvement s'exécute dans le plan de notre rayon visuel, comme celui de l'étoile 42 de la Chevelure, de sorte que le compagnon, de 5° grandeur, parait seulement osciller de part et d'autre de l'étoile principale, sur une ligne tracée dans la direction 10" à 190°. Il ne s'éloigne jamais à plus de 0"4, et sa période paraît n'être que de 7 ans : c'est la révolution la plus
courte que nous connaissions parmi tous les systèmes d'étoiles doubles. — Nous avons là un groupe de trois soleils, mais non un système stellaire, car la troisième ^„ étoile est indépendante des deux premières : elle reste immobile au fond des cieux, tandis que le couple $ marche avec rapidité dans l'espace, lancé par un mouvement propre de 29" par siècle; c'est ainsi qu'en 1781, la petite étoile, qui n'est, du reste, que de 10° grandeur, se trouvait à 78" et à 20" de <î; en 1825, elle était à 42» et 26"; en 1835, à 38" et 27"; en 1847. à 32" et 30"; en 1859, à 28" et 33"; en 1870, à 25"
Fig t22. — Mouvement observé sur l'étoile triple 6 du Petit Cheval.
et 34", et qu'elle est actuellement (1880) à 23" et 38". On peut se rendre compte de ce mouvement de perspective par notre ftg. 122. On voit quelle variété inattendue diversifie la contemplation scien-
fique du ciel étoile. Pour l'œil vulgaire, toutes les étoiles se ressemblent, et l'étude générale du ciel parait dépourvue d'un intérêt direct et passionnant; mais l'œil instruit ne tarde pas à y reconnaître une infinité de petits détails distincts, comme l'œil du botaniste qui, au milieu d'une vaste campagne, reconnaît par habitude toutes les essences des bois et des plantes, là où l'œil du promeneur vulgaire ne voit qu'un fouillis d'arbres et d'herbes plus ou moins verts et plus ou moins parfumés. Combien la connaissance des choses n'augmentet-elle pas le plaisir de vivre ! Comment peut-on même vivre sans s'intéresser à la connaissance de cette immense nature, dont nous faisons partie intégrante, et qui recevra notre dernier soupir comme elle a reçu notre premier vagissement !
Dans cette même région du ciel, on trouvera avec la plus grande facilité une petite constellation, située à l'ouest du Petit Cheval, près de la Voie lactée [voy. encore notre fig. 116), et que quatre étoiles voisines arrangées en quadrilatère désignent à l'œil le plus inattentif: c'est la constellation du Dauphin.^ Ce Dauphin est-il celui qui sauva le poète Arion du naufrage? Est-il celui que Neptune envoya pour découvrir la retraite d'Am-
phitrite? Ou bien est-ce ^'S-'^S.— principales étolUs de la constellation an Danphin.
Acétès, le pirate toscan qui prit la défense de Bacchus? On a dit aussi que ce pourrait bien être le poisson dans lequel Jonas vécut trois jours et trois nuits. D'autres ont cru pouvoir y saluer Apollon à son retour de l'île de Crète. Les Arabes le nommaient Al-Dulfin, rare exemple d'étymologie grecque dans cette langue, et aussi Al-Salib, la Croix. Pour nous, ce qui nous intéresse, ce ne sont ni ces symboles, ni la fable, ni ses commentaires, ce sont les étoiles qui composent ce petit astérisme. On apprendra très facilement à les reconnaître dans le ciel en se servant de notre petite fig. 123, et d'autant plus facilement que le voisinage de la brillante Altaïr, a de l'Aigle, ferait cesser toute équivoque. La forme allongée de l'arrangement des étoiles s'adapte
assez bien à l'idée d'un poisson et même à la forme spéciale du dauphin, et il n'y a rien de surprenant à ce que les marins de Tyr ou de Sidon aient trouvé une ressemblance suffisante pour lui donner cette désignation. Voici les principales étoiles, avec les observations faites depuis deux mille ans, car, malgré son exiguïté, cette constellation fait partie des quarante-huit anciennes de la sphère grecque.