‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 98 sur 399 · MOUVEMENT ANNUEL DE LA 61"= DU CYGNE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT ANNUEL DE LA 61"= DU CYGNE

Ascension droite + 0% 34 1 . Déclinaison + 3", 11. Total=5",08.

Ainsi, cette étoile double se déplace dans le ciel de 508" ou 8' 28" en cent ans, — le quart du diamètre apparent de la pleine lune, — et depuis mille ans seulement elle a déjà parcouru 84' eu 1 degré 24 minutes. Le tableau précédent montre que les anciens n'avaient pas remarqué cette étoile, et que la première observation ne date que d'Hé-

VéliuS (1 660) . C'est par la pig. 139. - Mouvement rapitle de la 01« .ai Cjgnj.

comparaison des observa- ^=^p^='= p"'''°"''." ^° "'^ '"'"^ ^"^•

tions deFlamsteed (1700)

et de Bradley (1755) avec les siennes (1800) que Piazzi reconnut le déplacement, lequel, vérifié plus tard avec une précision plus minutieuse encore, s'est déclaré être celui que nous venons d'inscrire.

Le mouvement est dirigé à 'peu près vers l'étoile o-, au nord de laquelle le couple de la 61' passera dans quinze cents ans. Il y a quatre mille ans, il est passé au nord de la belle étoile £. On se formera une idée exacte de ce mouvement si rapide, — le plus rapide que

(') Les questions de priorité sont trop personnelles pour être intéressantes. Je remarquerai, toutefois, que la même confusion vient d'arriver à mon égard et pour la même étoile. Aussi, par la comparaison de 122 années d'observations, j'ai trouvé en 1874, et présenté à l'Académie des Sciences, dans la séance du 18 janvier 1875, la confirmation de l'hypothèse émise mais non acceptée par W. Struve dès 1851, que les deux composantes de la 61» du Cygne ne présentent aucun indice de mouvement de révolution l'une autour de l'autre, mais se meuvent décidément en ligne droite. Un astronome anglais, mon ami M. Wilson, a présenté au mois d'avril, trois mois plus tard, la même conclusion à la Société astronomique de Londres. Or, M. Guillemin {leCiel, p. 744), ayant à parler de cette conclusion, l'attribue non pas à mes recherches, mais à celles de M. Wilson — et aussi à celles de M. Otto Struve, qui dit absolument le contraire, car il conclut que le mouvement va en se ralentissant et pourrait bien être orbital.

nous connaissions pour une étoile visible à l'œil nu, — par l'examen de notre /îg. 139, surlaquellejel'aitracé pour dix mille ans : cinqmilleans avant notre époque et cinq mille ans après nous. La grandeur apparente de la pleine lune, dessinée à la même échelle , fait mieux apprécier la vitesse de ce mouvement. — Si toutes les étoiles couraient ainsi, l'aspect des constellations changerait en moins de mille ans.

Si l'on adopte pour la parallaxe de cette étoile la détermination qui paraît la plus sûre (0",511), on trouve que, ce chiffre représentant 37 millions de lieues, le mouvement annuel, de 5", 08, équivaut à peu près à dix fois cette valeur, soit à 370 millions de lieues environ, ce qui donne au minimum un million de lieues par jour pour ce mouvement. Comme nous ne la voyons pas de face, mais sous une obliquité plus ou moins grande, il est certain que cette curieuse étoile est lan'îée dans l'immensité avec une vitesse beaucoup plus rapide encore!

C'est précisément la rapidité de ce mouvement propre qui a donné aux astronomes l'idée de chercher la distance de ce lointain soleil. Depuis longtemps on pensait que les étoiles les plus brillantes devaient être les plus proches; mais les recherches faites sur elles, notamment sur les plus éclatantes, Sirius, Véga, Arcturus, Altaïr, Rigel, n'ayant conduit qu'à des résultats négatifs, on eut l'idée d'essayer sur des étoiles qui se distinguaient par d'autres caractères, tels que la rapidité de leur mouvement. Il n'est pas douteux, en effet, que, sur dix étoiles dont le mouvement réel sera le même, la plus proche de nous paraîtra marcher le plus vite, tandis que la plus éloignée paraîtra marcher le plus lentement. C'est comme un train de chemin de fer, suivant que nous le voyons de près ou de loin. La 61' du Cygne se signalait donc par elle-même à cet égard, et, dès 1812, à l'Observatoire de Paris, Arago et un jeune savant, qui devait plus tard devenir son beau-frère, M. Mathieu (mort seulement il y a quelques années, à l'âge de quatre-vingt-douze ans), s'ingénièrent à déterminer la parallaxe de cette étoile, et trouvèrent un chiffre quelconque; mais l'opération, telle qu'ils l'avaient conduite avec un instrument insuffisant, aurait du leur donner zéro, et le chiffre qu'ils avaient trouvé venait d'une... erreur. Vingt-sLx ans plus tard, Bessel reprit le même travail à l'aide d'un instrument plus parfait, et trouva un premier chiffre approché de cette parallaxe tant désirée. Il recommença le même travail en 1840. C'était la première fois que l'homuncule terrestre mesurait vraiment les cieux, et cette découverte produisit une impression bien légitime sur les esprits qui sont aptes à concevoir le sublime.

Les hommes supérieurs, philosophes, savants ou poètes, s'enthousiasmèrent de ce progrès scientifique bien autrement que d'une révolution politique quelconque. On se souvient de la conversation de Gœthe avec Eckermann, quelques jours après la révolution de 1830. Toute la ville de Weimar était en mouvement. L'ami du vieux philosophe arrivait chez lui le 2 août, dans l'après-midi. « Eh bien, lui cria Gœthe en le voyant, que pensez-vous de ce grand événement? Le volcan a fait explosion : tout est en flammes ; ce n'est plus un débat à huis clos! — C'est une terrible aventure, répondit Eckermann; mais dans des circonstances pareilles, avec un tel ministère, pouvait-on attendre une autre fin que le renvoi de la famille royale ? — Eh ! qui vous parle de cela? répliqua le grand philosophe. Il s'agit d'un débat bien autrement grave et d'une conquête bien autrement importante que les querelles de partis : il s'agit du débat entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire. Je me réjouis d'avoir assez vécu pour voir le triomphe général d'une théorie à laquelle j'ai consacré ma vie. Et maintenant, je puis mourir ! »

C'est qu'en effet la révolution scientifique opérée par Geoffroy Saint-Hilaire ruinait pour toujours les théories classiques officielles dont Cuvier s'était fait le défenseur ; la nature allait être désornaais étudiée librement et sans parti pris ; la doctrine profonde et féconde du transformisme préparait les victoires auxquelles nous assistons aujourd'hui, et une conception saine des lois générales de l'univers et du développement de la création apparaissait pour la première fois dans l'esprit humain. Que sont les émeutes politiques devant les ascensions delà pensée? Qui se souvient des révolutions les plus sanglantes des Egyptiens, des Mèdes, des Perses, des Grecs ou des Romains? Les étapes de la science, au contraire, s'élèvent de siècle en siècle et éclairent progressivement notre esprit dans la connaissance de la Vérité.

La parallaxe de la 61^ du Cygne indique que la distance de cette étoile est de 404000 fois le rayon de l'orbite terrestre, c'est-à-dire de 15 trillions de lieues. C'est Vétoile la. plus proche de tout notre hémisphère boréal et, de toutes celles que nous puissions observer de la France, la seule qui soit plus rapprochée, « du Centaure appartenant à l'hémisphère austral et ne se levant jamais au-dessus de notre horizon. — La lumière emploie six années pour venir de là,

Mais ce n'est pas seulement par -son mouvement et par sa distance que cette étoile se recommande si particulièrement à notre attention, c'est encore par sa nature stellaire et par son caractère. Pointez une

Fig. 140. — La 61" du Cygne.

lunette sur elle, et vous la dédoublerez très facilement. Ses deux composantes sonf de ciaquième et demie et de sixième grandeur, et

leur écartement actuel est de 20". On les croyait en mouvement orbital rapide. Dès l'année 1812, Bessel avait annoncé qu'elles devaient tourner en 400 ans l'une autour de l'autre; puis on a allongé la période à 450, 520 et 600 ans. Mais les mesures prises d'année en année ont successivement montré l'invraisemblance de toutes les orbites calculées. En fait, si l'on place sur un même diagramme toutes les positions observées depuis la plus ancienne mesure (celle de Bradley, en 1753), on trouve qu'elles s'alignent parfaitement en ligne droite. C'est ce que j'ai fait {fig. 141). Voici, du reste, le résumé des positions observées :

Bessel.

Mayer et J. Herschel.

Piazzi.

W. Struve.

"W. Struve et W. Herschel.

W. Struve, Dawes, Smyth, Kaiser.

O. Struve, Jacob, Fletclier.

O. Struve, Dembowski.

Dembowski, Dùner.

Flammarion, Gledhill, Wilson.

Il n'y a, jusqu'à présent, aucune déviation de la ligne droite, de sorte que l'on ne peut vraiment encore rien deviner de l'orbite, ni même assurer qu'il y ait jamais une orbite quelconque de parcourue par ces deux soleils autour de leur centre commun de gravité. Considérez, en effet , le diagramme tracé , et voyez jusqu'où il faudrait que la seconde étoile s'éloignât pour arriver à décrire une ellipse allongée et revenir un jour par la gauche, en redescendant à l'ouest de l'étoile principale! C'est si immense, qu'on n'ose le croire.

Nous avons ici un cas particulier et très intéressant parmi les problèmes de l'astronomie stellaire, et d'autant plus curieux que c'est précisément sur les mouvements de cette étoile double et sur son orbite supposée qu'on avait basé les premiers raisonnements relatifs à

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l'universalité de la gravitation, tandis qu'au contraire ce couple se trouve être celui qui plaide le moins éloquemment en faveur de cette universalité. Assurément, ce fait ne peut pas nous empêcher d'admettre une vérité si bien démontrée d'ailleurs, et il faut, au contraire, que nous cherchions à le mettre d'accord avec elle. On peut faire là-dessus plusieurs suppositions- Ou bien l'orbite est si vaste, si longue et si fortement inclinée sur notre rayon visuel, que l'arc parcouru depuis 127 ans peut se confondre avec une ligne droite (la position de 1753, du ^o--

reste, n'est pas d'une précision \

absolue, et il pourrait se faire \ ^5^

que l'étoile fût plus rapprochée ^^-6"''''

et que l'arc fût déjà indiqué); -ji^"'"^ -y c'est là l'hypothèse la plus sim- \

pie et la plus conforme aux lois \:

de la gravitation. Mais, dans ce cas, l'étendue de l'orbite surpasserait considérablement celle de toutes les orbites d'étoiles doubles calculées jus- '^■^

'■ ■ Cï Wa-, il ir Q Ttna Ir-r,! Fig. 141. — Jlouvcment do la seconde étoile de la 61» qU ICI. UU Uien Uya une tlOl- du Cygne, relativement à rétolle principale.

sième étoile, obscure, fixe par

rapport à l'étoile n° 1, et autour de laquelle l'étoile n° 2 tourne dans le plan de notre rayon visuel : un jour, elle s'arrêtera sur sa ligne droite et rebroussera chemin; mais on ne conçoit pas pourquoi un astre lumineux tournerait autour d'un astre obscur, car dans un système multiple, ce sont les astres les plus petits qui doivent s'obscurcir le plus vite. Ou bien encore ces deux étoiles du Cygne sont lancées dans l'espace et gravitent ensemble autour d'un centre d'attraction qui les domine toutes deux, comme deux petites planètes qui graviteraient autour du Soleil sans tourner pour cela l'une autour de l'autre; en tenant compte de leur déplacement relatif, on trouve que 61' va un peu plus vite et un peu plus au nord que 61*. Toutes ces hypothèses sont admissibles; mais on ne peut rien conclure en ce moment. Il nous faut attendre... plusieurs siècles peut-être. Ce couple, du reste, n'est pas le seul. dans ce cas. J'en ai trouvé plus d'une vingtaine chez lesquels îc mouvement relatif s'opère également en ligne droite, et il y en a des centaines où il n'y a pas de mouvement du tout, quoiqu'ils forment des

systèmes physiques lancés avec une grande vitesse à travers l'immensité.

En voilà beaucoup sur une seule étoile! Mais, comme on vient de le voir, elle est plus intéressante à elle seule que beaucoup d'autres réunies, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle nous occupe avec prédilection. Les étoiles du ciel sont un peu comme les étoiles de la terre.

Ce ne serait pourtant pas une excuse pour parler d'elle indéfiniment. N'imitons pas le sexe auquel faisait allusion ce prédicateur, qui, pérorant depuis une grande heure sur l'évangile de la Samaritaine, s'arrêta pour reprendre haleine et fit cette remarque opportune : « Ne soyez pas surpris, mes frères, si cet évangile est si long : c'est une femme qui parle ('). »

Avant de quitter cette constellation, dirigez encore une lunette vers l'étoile 0. Champ curieux. La variable R, que nous avons signalée plus haut, s'y trouve, avec une autre petite étoih de dixième grandeur. A 1 degré à l'est-nord-est, vous remarquerez une belle double de sixième et sixième et demie grandeur , à 37" d'écartement. Fixe depuis Tan 1755 que nous l'épions. Struve a estimé les deux composantes de cinquième grandeur; mais elles ne sont que de sixième, à la limite de la visibilité. C'est l'étoile 16 c Cygne.

L'étoile ê est une double assez singulière : la petite étoile, de huitième grandeur en moyenne, varie d'éclat et de couleur ; mais elle n'est qu'à 1"6 de la brillante, et il faut une excellente lunette pour la distinguer dans l'auréole dont toute brillante étoile reste plus ou moins enveloppée.

L'étoile 52, de cinquième grandeur (elle varie de 4 à 6), est une jolie double, orange et bleue; 7" d'écartement. Fixe depuis cent ans qu'on l'observe.

if : cinquième et demie et huitième, à 3", 5.

Dans cette même région du ciel, remarquons maintenant, en complétant ce chapitre, une petite constellation moderne, qui n'a pas

(') Il est vrai que si îes femmes parlent tant (Dieu, dans sa divine Providence, dit A. Dumas, n'a pas donné de barbe aux femmes, parce qu'elles n'auraient pu se taire pendant qu'on les eût rasées), il est vrai, dis-je, que si les femmes parlent tant, c'est parce qu'elles sont fort curieuses, et ce n'est pas là un grand défaut. Cependant elles loportent parfois un peu loin. Dernièrement, au Palais de Justice, une affaire un peu scabreuse avait attiré un grand nombre de femmes fort élégantes : « Mesdames, dit le président, vous ignorez sans doute la vraie nature du procès : il est si scandaleux qu'une honnête femme ne saurait en entendre les détails. Je vous préviens afin que les honnêtes femmes puissent se retirer. » L'huissier ouvre la porte; mais personne ne bouge ! Alors le président se lève de nouveau : « Huissier, maintenant que toutes les femmes honnêtes se sont retirées, faites sortir les autres, u

grande importance, mais que nous ne pouvons cependant oublier : le Petit Renard, imaginée en 1660 par Hévélius pour combler le vide qui séparait le Cygne de la Flèche. L'astronome de Dantzig a dessiné là un renard qui vient de voler une oie et qui s'enfuit. Pourquoi cet animal plutôt qu'un autre? « Parce que le renard est astucieux, vorace et féroce, comme l'Aigle et le Vautour (la Lyre), qui sont à côté, et pour rester dans 'le ton des fables et de l'astrologie. » En 1672, il aperçut là une nouvelle étoile, « qui dura deux ans, écrit l'amiral Smyth dans son excellent ouvrage Celestial Cycle, et depuis n'a jamais été identifiée». C'est une erreur : cette étoile n'est autre que l'étoile de 1670, dont nous avons parlé plus haut et dont nous avons donné la position.

Cette petite constellation n'a qu'une étoile assez brillante, de quatrième grandeur; c'est celle que l'on voit au sud de |3 du Cygne et qui porte le n° 6. Du reste, voici toutes les étoiles de cet astérisme jusqu'à la sixième grandeur exclusivement. Elles sont inscrites par ordre d'ascension droite, c'est-à-dii'e de l'ouest à l'est, ou de la diwte vers la gauche, comme les numéros des catalogues {vo\j. encore la /îg. 131).

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