ASSOCIATIONS NATURELLES D'ETOILES
Toutefois la distribution de ses étoiles met en évidence ce fait, encore si peu étudié et si peu connu, des systèmes sidéraux. formés par des étoiles associées entre elles, quoique réellement très éloignées les unes ^es autres. En général, les alignements naturels de certaines étoiles entre elles sont difficiles à reconnaître sur les cartes, à cause des lettres, des noms, des tracés qui les surchargent plus ou moins. Mais si l'on supprime toutes les indications utiles pour les recherches et qu'on examine ces alignements sur une carte muette {fîg. 191), on ne peut s'empêcher de penser que ces files d'étoiles ne sont pas un simple effet du hasard et qu'une loi de la nature a présidé à cette distribution. Il y a certainement des groupes naturels, des associations, des courants d'étoiles, dus à la formation même des univers, comme on remarque des vides, des déserts, des solitudes, où, pour une raison ou pour une autre, l'espace est resté dépourvu de toute richesse sidérale. La distribution des étoiles sur la sphère céleste n'offre aucune régularité, et c'est sans contredit l'étude des irrégularités mêmes qui peut nous mettre sur la voie de la structure des différentes parties de l'Univers.
On éprouvera la même impression à l'examen d'un petit rectangle pris dans les cartes écliptiques faites par Chacornac à l'Observatoire de Paris (position = SS"* 26" et 4" 1/2 de déclinaison sud, dans les .Poissons également). On voit là [fig. 192) une série d'étoiles alignées de telle sorte, et séparées par des vides relatifs si obscurs, que l'on ne peut s'empêcher de penser que ce sont là de véritables sj'stèmes sidéraux, que la plupart des soleils qui dessinent cet immense cirque céleste sont associés par leur origine même dans une commune destinée. Non, les soleils de l'espace ne sont pas distribués régulièrement, isolément, de profondeurs en profondeurs, à travers l'immensité infime ; ils forment des associations multiples et variées, que l'astronomie des siècles futurs est destinée à découvrir et à expliquer.
Que le contemplateur du ciel « s'amuse » à promener sa lunette à travers cette constellation des Poissons, et, au surplus, vers une région quelconque choisie arbitrairement dans la campagne céleste, et il ne tardera pas à être émerveillé des. surprises qui, s'offriront à sa vue, des ; groupements d'étoiles, des alignements, des associations, des richesses sidérales et même des déserts et des solitudes, qui n'impressionnent pas moins la pensée que les régions les plus opulentes ; car à travers ces profondeurs béantes, l'esprit n'étant plus arrêté par aucune île de lumière, s'envole peut-être plus loin encore d^ns les abîmes de l'infini ! . ' ' .
OIIIGINE" i5ES constellations «f
La constellation du Bélier se compose d'abord des trois étoiles o,' (S et y, dont nous avons parlé tout à l'heure, et qui brillent au sud du Triangle, et elle se continue vers l'est par quelques petites étoiles qui la complètent sur e, 5^et ^ {voij. la fig. 187). Un peu plus loin à l'est scintillent les Pléiades. Il n'est pas facile de trouver dans cet assemblage d'étoiles l'explication du symbole auquel elles ont servi de prétexte ; cependant si une certaine disposition des étoiles de la tête peut donner l'idée d'une corne de bélier et de la direction de la tùte qui regarde en arrière, l'analogie doit mettre sur la voie de l'origine de cette dénomination, d'autant plus que la corne de bélier était autrefois honorée d'une célébrité particulière par sa consécration à Jupiter. Or, si l'on réunit par un trait les étoiles |3, y, t, G et -n, on trace une courbe qui n'est pas fort éloignée de cette forme caractéristique. Peutêtre dans l'antiquité une étoile assez brillante la complétait-elle suffisamment pour justifier le symbole. Il y a deux mille ans, le soleil occupait le Bélier à l'équinoxe de printemps, et ce fécond animal se plaçait très naturellement à la tête de l'origine des signes du Zodiaque; mais deux mille ans auparavant, c'était le Taureau qui ouvrait les signes, et le Bélier existait déjà. Ce n'est donc pas un symbole de fécondité qui a fait imaginer le Bélier en cette région du ciel, puisqu'à l'époque de l'invention du Zodiaque il ne marchait pas à la tête des signes ; mais il se trouva ensuite très heureusement placé, et les commentateurs ont pris cette coïncidence pour la cause même de sa création. La logique ne joue pas généralement le premier rôle dans les œuvres humaines et dans les événements historiques ; ni les constellations du Zodiaque ni les autres n'ont été établies suivant un plan déterminé ; les premières remarques des contemplateurs du ciel sont restées dans les traditions et dans les souvenirs ; le lien qui devait les réunir plus tard en un même ensemble plus ou moins homogène n'a été formé que par des conceptions scientifiques qui ne pouvaient naître qu'à une époque beaucoup plus avancée. Les théoriciens trouvent ensuite un plan très logique qui n'a jamais existé. C'est ce qui arrive constamment en histoire : les révolutions, les guerres, les événements politiques sont expliqués par chaque historien à sa façon suivant la logique la plus admirable et la plus rigoureuse : « c'est évidemment ainsi que les choses devaient arriver » ; et si elles étaient arrivées autrement, l'enchaînement n'en serait pas moins logiqie ni moins naturel. L'esprit humain met son mastic dans tous les vides et, sans s'en douter, arrange tout à son image.
Le Bélier s'appelait aussi, anciennement, Jupiter Ammon, Chryso-
mallus ou la Toison d'or, et l'expédition des Argonautes a certains rapports originaires avec cette constellation, comme avec celles du navire Argo, d'Hercule et du Dragon. Mais il me semble que Dupuis, Lalande et leurs émules ont eu tort d'en conclure que cette expédition n'est qu'une fable astronomique, une allégorie fondée sur les levers et couchers de ces constellations. C'est comme les commentaires de l'Apocalypse qui assurent que l'Agneau de Dieu, la Vierge, le Dragon et le Serpent, dont parle l'apôtre Jean, ne sont autre chose que des personnifications mystiques de ces constellations. L'Apocalypse est tout autre chose qu'une rêverie astronomique, et il n'y a là que des rapports de mots. Le prophète de Pathmos s'imaginait que la fin du monde ne tarderait pas à venir, suivant la prédiction illusoire de Jésus (Mathieu, XXIV, 29, 30, 31 et 34 ; Marc, XIII, 24, 25, 26, 27, et 30 ; Luc, XXI, 25, 26, 27 et 32), et c'est cet événement qu'il redoute, contemple et décrit dans cette étrange composition.
Voici les étoiles dont la constellation du Bélier est composée.
PBINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU BÉLIER DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION
ÉTOILES —127 +960 1430 1590 1603 J660 1700 1800 1840 1860 ISSQ
8 4 4 4 4 4 4 4 4 4.5 4 4,1 6 5 5 5 5 4 5 5 5 4.5 4.5 4,8 ç 4 4 4 5 4 5 5 5 4.5 5.4 4,9 ïi 5 5.6 5 6 6 6 6 6 5.6 5.6 5,5
9 5 5.6 5 6 6 5 5f 6 6.5 6.5 5,7 » 5 5 55 65 6 6 6 6. 55, 8 > 0 5.6 0 0 6 6 5 5.6 5 5 5,3 ji 0 0 0 6 6 6 6 6 6.5 6.5 5,8
P.III,32 0 0 0 0 0 0 6i 5.6 5 5 5.2
Remarque curieuse, l'étoile la plus brillante de cette constellation,
a, n'était pas autrefois incorporée dans la fig-ure du Bélier ; c'était un astre externe, et llipparque la nomme a celle qui est au-dessus de l;i tête ». Au X* siècle de notre ère, l'astronome persan Sùli dit : « Elle brille au nord des deux de la corne », et il ajoute : « on la nomme cil-nàtiJi (qui frappe de la corne) ». Au xv" siècle, l'astronome arabe Ulug-li-Beig'h la met aussi en deliors de la figure, au-dessus de la tête cornue. Au xvi' siècle seulement, Tycho la place dans la tête, au front.
Non loin de là, à l'est, les étoiles 33, 35, 39 et 41, externes aussi, et observées dès le temps d'Hipparque, ont été réunies en une petite figure, en une Mouche par Bartschius, gendre de Kepler, sur son globe céleste dessiné en 1623. Puis on en a fciit une Fleur-de-lis pour être agréable à Louis XIV. Cette constellation, aussi éphémère qu'insignifiante, n'a pas tardé à disparaître ; pourtant l'atlas de Bode (fîg. 189) la donne encore. Pour nous, ce qui nous intéresse, c'est de remarquer que sur ces quatre étoiles l'une, la première à l'ouest (33), a diminué d'éclat, car elle était anciennement égale à 35 et 39.
X, dans la tête, a certainement augmenté d'éclat, car les anciens n'en ont pas fait mention. Au temps de Sùfi elle a paru de 5*|.
T*, anciennement de 4" grandeur, d'Hipparque à Ulugh-Beigh, est tombée à la 6^ au temps de Tycho, Bayer, etc. Elle est actuellement de cinquième. Sùfi remarque expressément qu'elle est de 4^ grandeur, comme $ et Ç, et il ajoute qu'il y a dans son voisinage une étoile dont Ptolémée n'a pas parlé : c'est celle que l'on voit encore aujourd'hui à côté (t^) , qui est de cinquième grandeur aussi, un peu moins brillante que T. Il est probable qu'elle était alors assez brillante, puisqu'il s'étonne que Ptolémée n'en ait pas parlé, mais qu'elle était moins évidente que t, puisqu'il lui donne une place secondaire : elle était de cinquième grandeur. Il y a eu là de curieuses variations, car Bayer n'a pas marqué cette étoile du tout, Hévélius non plus; Flamsteed l'a vue plus brillante que la précédente (t'), qu'il n'a notée que de T; Piazzi a fait le contraire de Flamsteed, et aujourd'hui nous les voyons à peu près comme Sùfi a dû les voir, mais moins brillantes. L'étoile 14, qui paraîtrait avoir augmenté d'éclat, a pu ne pas varier, et n'avoir pas été remarquée par les anciens à cause de sa position extérieure. Il en est de même de P. III, 32.
Telles sont les étoiles de la constellation du BéHer. Plusieurs d'entre elles sont des doubles remarquables :
Et d'abord y : 4,2 et 4,5; écartement= 8",9. Couple facile pour les petits instruments. C'est la première étoile double que Von ait découverte : sa première observation date de l'année 1664. En suivant ia
comète de cette année-là, l'astronome anglais Hooke, contemporain de Newton et de Flamsteed, remarqua que cette étoile était double : « I took notice, dit-il, that it consisted of tow small stars very near to^ether ; a like instance to which I hâve not else met witli in ail the
Fig. 193. — L'étoile double Y du Bélier.
Fig= 194. — L'étoile triple 14 du Bélier (1«"» = 4,»).
heaven. » Il ne se doutait pas de l'importance que, devait prendre un jour dans la science l'étude de ces lointains systèmes. La première mesure de la position des deux composantes de ce beau couple date de 1756 (Bradley). Herschel les croyait en mouvement orbital; mais en réalité elles sont restées fixes depuis cette première mesure. Elles n'en forment pas moins un système physique : elles voguent de concert dans l'espace, emportées par un mouvement propre assez rapide.
)^ : 5,3 et 8; écartement = 38". Fixe depuis la première mesure faite en 1781. Néanmoins, système physique : mouvement propre commun.
£ : 5* et 6% Trèsserrées, àl",3. Unebonne lunette estnécessaire pour opérer le dédoublement. Ce couple était le plus serré du ciel à l'époque de sa découverte en 1827 par William Struve, et depuis la distance a régulièrement augmenté. Les deux étoiles ont dû se rencontrer vers l'année 1800 et s'éclipser réellement, car la distance des centres est descendue à un dixième de seconde. C'est probablement là un système orbital très serré, tournant dans le plan de notre rayon visuel.
14 : triple; 5,4, 10^ et 9% à 82" et lOG"; blanche, bleue et lilas
t: : triple; 5,6, 8,5 et 11% à 3" et 25". Pas facile.
30 : 6^ et 7^ à 38". Il y a au nord ime dizaine d'étoiles doubles variées.