‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 145 sur 411 · LE CANCER · texte numérisé non relu

LE CANCER

des étj^mologics bien curieuses, puisqu'en chirurgie le mot cancer a été donné, dit Littré, à la tumeur que ce nom caractérise, « à cause des bosselures et des veines qui l'ont fait grossièrement comparer à un crabe ». Ne serait-ce pas plutôt parce que le cancer ronge comme un crabe? Dans un cas comme dans l'autre, il faut avouer que l'analogie est lointaine. Le cancer céleste est peut-être amené d'aussi loin. Considérez pourtant la disposition des étoiles de cet astérisme (/igf .239) : ne trouvez- vous pas que les lignes menées aux deux brillantes étoiles a et t peuvent donner l'idée de deux longues pattes, yet$ l'idée de deux yeux, et le quadrilatère l'idée d'un corps, — d'autant plus qu'autrefois les deux étoiles r et 6 étaient presque aussi brillantes que les deux autres? — Or, encore aujourd'hui, a et i représentent les pinces du crabe, et y et tî ses deux yeux ronds.

On a dit que le nom d'écrevisse avait été donné à ce signe du Zodiaque, parce que le soleil y arrive au solstice d'été, et que, parvenu à la limite de son cours boréal, il rétrograde. Si cette explication était exacte, il n'y a pas plus de deux mille ans que le Zodiaque serait formé et nommé, puisque Téquinoxe de printemps arrivait dans le Bélier au temps d'Hipparque. Or nous avons vu que le Taureau existait déjà à l'époque où Téquinoxe se plaçait dans ces limites, et à cette époque le solstice n'arrivait pas dans le Cancer, mais dans le Lion. Donc le Cancer n'a pas été nommé à cause d'une telle coïncidence.

Francœur se tire d'embarras en assurant que le Cancer était le signe du solstice d'hiver : « la marche lente et rétrograde de l'Ecrevisse annonce le mois de janvier, temps oii le soleil revient vers les signes supérieurs ». Mais cette hypothèse conduirait à reculer de douze mille ans plus loin l'invention du Zodiaque, ce qui ne s'accorderait avec aucune des traditions ni aucun des synchronismes de l'histoire.

Remarquons, d'ailleurs, en passant, combien il est facile de trouver des ressemblances et des justifications. Ceux qui placent le Cancer au solstice d'hiver trouvent que c'est naturel, parce que l'Ecrevisse marche lentement; ceux qui le placent au solstice d'été expliquent le symbole par le fait de la rétrogradation du soleil, qui ne va pas plus loin au nord; ceux qui, dans le premier cas, voient le Lion en juillet justifient cette position, « parce que le Lion symbolise l'ardeur de l'été », et ceux qui dans le second cas, sont forcés de mettre le Lion en février, trouvent qu'il y est à sa place, « parce qu'en Egypte la végétation est plus active en février et que le soleil reprend sa force dans ce signe qui en est le symbole ». Ainsi les commentateurs

Fig. 238. — Constellations zodiacales. — Le Cancer. — Le Lion.

330 LES CONSTELLATIONS. — LE CANCEIt

sont toujours satisfaits. Il n'en est pas de môme des astronomes. — Dupuis dans son Origine des cultes et dans ses Mémoires sui les zodiaques, Bailly dans son Astronomie ancienne, Anquetil dans son Zend Avesta, Dulaure dans son Histoire des différents cultes, Francœur dans son Uranographie , et un grand nombre d'autres écrivains, ont rempli d'énormes volumes de dissertations plus ou moins ingénieuses, que j'ai toutes en ce moment sous les yeux, mais dont l'étude critique ne conduit à rien de sûr, à rien de certain, ni sur l'origine des noms donnés aux constellations zodiacales, ni sur la date de l'établissement du zodiaque.

Dans son Uranographie chinoise, M. Schlegel va plus loin; il nous apprend que les anciens Chinois nommaient le Cancer, ou pour mieux dire Tamas de la Crèche, « les cadavres accumulés » ; et poursuivant sa théorie que toutes les constellations nous sont arrivées des Chinois, il ajoute que les Egyptiens ont pu mettre là un crabe, comme symbole de la mort, * puisque cet animal se nourrit de cadavres, et qu'on rencontre souvent le crabe fluviatile sur les corps des noyés dont il ronge le nez, les oreilles et les doigts ». Cette origine n'est pas plus satisfaisante.

Plus ingénieuse est son explication des deux papillons que sur certaines sphères anciennes on a dessinés au signe des Gémeaux. « C'est là, dit-il, un ancien symbole chinois et japonais. Tandis que chez nous le papillon est l'emblème de l'inconstance, il est, au Japon, celui de la fidélité. En voyant le papillon voltiger de fleur en fleur, nous nous sommes habitués à dire : « léger, inconstant comme un « papillon. » Les Japonais sont allés au fond des choses ; ils ont pénétré dans le sanctuaire intime de la vie privée de cet insecte multicolore, et ils ont constaté que s'il voltige de fleur en fleur, ce n'est là qu'une affaire de goût pour sa nourriture, tandis qu'en amour les papillons sont fidèles, volant toujours deux à deux et ne se quittant jamais. )>

Et l'auteur ajoute une touchante légende à propos du papillon rouge qui vit sur une plante nommée Ho par les Chinois. Il y avait à la cour du roi K'ang une jeune et belle femme, nommée Ho, sage, vertueuse, fidèle, adorée de son mari. Le roi la désirait, et pour arriver à ses fins, il commença par mettre le mari en prison. Désespéré, celui-ci se suicida. En apprenant la mort de l'être qu'elle aimait, sa femme se précipita du haut d'une tour du palais et se tua. Dans sa ceinture on trouva une lettre pour laquelle elle demandait comme dernière grâce au roi d'être ensevelie dans la même tombe que son mari. Mais le roi irrité la fit enterrer séparément. Dans la nuit, cependant, deux arbres

poussèrent sur les deux tombes, et bientôt entrelacèrent leurs branches et leurs racines. Le peuple nomma ces arbres « les arbres de l'amour (idèle » et le nom de l'épouse vertueuse est devenu celui de l'arbre au papillon rouje.

n^. IZ'J. — l'rincipaîes étoiles de la consleliation du n.mccr.

Mais nous voici loin du Cancer. Cette petite constellation ne se compose, avons-nous dit, que de quelques étoiles, situées entre les Gémeaux et le Lion, et qu'il faut cbercher en l'absence de clair de lune, pendant les belles nuits d'hiver et de printemps, de décembre à juin. Ôii trouvera l'étoile Ç (qui est, comme nous le verrons bientôt.

3C2 LE CAXCEU. — LA CRÈCIIC '

la plus intéressante de la constellation) en prolongeant la ligne de Castor à PoUux d'un peu plus de deux fois sa longueur {voy. la fîg. 239). L'étoile « brille fort au delà, en tournant au sud-est. En remontant vers le nord, à partir de a, comme si l'on voulait revenir ensuite vers les Gémeaux, on remarque $ et y, qui sont, comme a, de 4" grandeur. C'est entre ces deux étoiles que palpite d'un faible éclat l'amas de la Crèche, perceptible à l'œil nu.

Cette dénomination de la. Crèche a un aspect d'origine chrétienne ; mais ce n'est là qu'un aspect trompeur, car elle est fort antérieure au christianisme. On lit dans Pline l'Ancien : « Sunt in signa Cancri duae stellse parvœ, aselli appellatse, exiguum inter illas spatium... nubecula quam prœsepia appellant. » Il y a dans le signe du Cancer deux petites étoiles nommées les Anes; elles sont séparées par un petit espace où se trouve une nébuleuse que l'on appelle les Crèches. Pline dit les Crèches, au pluriel; mais dès son temps on disait généralement « prsesepe », au singulier : la Crèche. D'après cette vieille tradition les deux Anes seraient, comme on le voit, les étoiles y et 3. — C'est une nouvelle preuve que nos ancêtres, à l'imagination primesautière, n'étaient pas très exigeants pour les analogies ou les vagues ressemblances indiquées dans les aspects célestes. Les Arabes l'appelaient aussi al-malaf, « le sac à fourrage que l'on pend au cou de la bête » . Les Anglais l'appellent encore Bee-hive, « l'essaim d'abeilles ».

Les anciens donnaient une grande attention à cette nébuleuse, comme aux Pléiades et aux Hyades. Aratus et Théophraste rapportent que son affaiblissement et sa disparition étaient regardés] comme un signe météorologique annonçant l'arrivée prochaine de la pluie.

Aucune vue humaine ne peut séparer les étoiles qui composent cet amas : la lumière de chacune d'elles (les principales sont de 6^ 1/2 et de 7* grandeur) s'étend, s'éparpille sur la rétine, empiète sur la lumière de l'étoile voisine à cause de l'imperfection de nos organes, et le tout forme une masse confuse. Que l'on prenne, au contraire, une bonne jumelle marine ou une petite lunette, et l'image de chaque étoile se concentrant devient nette, lumineuse , distincte , ce qui donne une première idée de la beauté et de la richesse de cet amas. Prenez une lunette plus puissante, munie d'un faible oculaire à champ très large, et en découvrant les étoiles de 8% 9* et 1 0^ gran- 1 deur, vous admirerez une opulente agglomération de soleils, qui esti en réalité l'une des plus magnifiques du ciel. — C'est un excellent V '^bjet pour l'essai des instruments.

En observant cet amas d'étoiles à l'aide d'une bonne lunette, on

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