SYSTÈME STELLAIRE DE RÉGULUS
spectrales, ce soleil va en s'éloignant de nous en raison de 37 kilomètres par seconde ; au contraire, P et y vont en s'approchant de nous. Comme nous l'avons souvent remarqué déjà, lorsque nous observons aujourd'hui les étoiles pendant la nuit silencieuse, nous savons qu'elles ne sont plus fixes et immobiles : notre esprit les voit voo-uer, se précipiter, s'enfuir, ou arriver vers nous, chacune suivant la force qui l'anime et suivant la destinée qui l'emporte dans l'éternel
devenir.
Nous parlions tout à l'heure du système de Rég-ulus. En effet, il y a non loin de lui, à 2' 57", ou à 177", une étoile de huitième grandeur que Christian Mayer a mesurée pour la première fois en 1777, et que j'ai mesurée juste cent ans plus tard, en 1877 : pendant cet intervalle de temps assez respectable, elle n'a pas subi le plus léger changement dans sa situation. Or, le brillant soleil est animé dans l'espace d un mouvement propre assez rapide, de 27" par siècle.
Si , comme sa petitesse le faisait supposer, l'étoile de huitième grandeur était très éloignée dans l'immensité en arrière de Régulus et reposait immobile à l'horizon de l'infini , nous aurions remarqué depuis un siècle l'ef-
Fig. 251. — Régulus et son compagnon (1"'"' = 4"). « , , j i t-» .
let du mouvement de Régulus passant devant elle. Mais cette pâle lumière n'est pas plus éloignée de nous que la brillante étoile :
elle marche de concert avec elle, partage son mouvement propre, et forme avec elle un même système, un système stellaire qui vogue rapidement vers l'ouest {fig. 252).
Nous en concluons en même temps que cette petite étoile va aussi en s'éloignant de nous, comme Ré-
Fig. '.'ô-. — Le nVùtciiio oiciiiAire lie Kcyuius. Mouvement propre pour 1000 ans (l""» = 10"). gulUS.
Quoiqu'elles nous paraissent se toucher, ces deux étoiles sont en
LOINTAINS SYSTÈMES STELLAIIŒS rnr,
réalité à une éloquente distance l'une de Tautre. En admettant pour elles une parallaxe d'un dixième de seconde, ce qui est un maximum, puisque les observations ne décèlent rien du tout , ce dixième de seconde représenterait, vu de là, 37 millions de lieues, une seconde «ntière équivaudrait à 370 millions, et 177' à 65 milliards 490 millions de lieues. C'est là un minimum pour la distance réelle qui sépare ces deux soleils dans l'immensité, car nous ne voyons pas de face la ligne qui les| joint, mais en projection, en raccourci. En observant ce lointain soleil, nous ne pouvons donc nous empêcher de songer à l'étendue formidable de son système. Voilà un petit soleil qui sans doute gravite autour de son puissant foyer, à une distance supérieure à 65 milliards de lieues : c'est un rayon soixante fois plus vaste que celui de Neptune au Soleil ! Si Régulus est analogue à notre foyer central pour sa puissance attractive, son soleil secondaire emploie 464 fois plus de temps à parcourir autour de lui son orbite immense que Neptune à tourner autour de notre Soleil, c'est-à-dire que sa période surpasse 76 000 ans ! Il n'y a rien de surprenant à ce que le mouvement orbital soit insensible depuis cent ans seulement que nous l'observons : à ce taux, il faudrait 213 ans pour un seul degré. Dans trois ou quatre <îents ans, au xxni* ou au xtiv* siècle de notre ère, nous saurons sans doute à quoi nous en tenir.... Mais, peut-être, d'ici-là aurons-nous été visiter ce système en personnes : ce ne serait pas un voyage dépourvu d'intérêt. Et quelles choses inattendues nous montreraient les indigènes de ce nouveau monde!... Mais encore, quelle que soit la vitesse que nous supposions aux ailes de l'àme, combien d'années, combien de siècles n'emploierions-nous pas pour traverser l'abîme céleste qui nous sépare de ce grandiose système! Que dis-je! des années, des siècles.... — Il n'y a point d'années, point de siècles dans l'univers.
Ajoutons encore que ce soleil secondaire de Régulus est double luimême, ayant à côté de lui un minuscule compagnon de 13" grandem% écarté à 3*,2, à l'est, vers 90". C'est peut-être une planète de son système.
L'étoile |3 du Lion, Denebola, est signalée comme étoile double écartée par l'amiral Smyth dans son « Cycle of celestial objects », et par Webb dans son « Cel. objects for common télescopes ». Le compagnon serait de huitième grandeur, rouge, éloigné à 298" à l'est (1 14*). J'ai souvent dirigé ma lunette vers cette belle étoile, — la première fois par une belle soirée de printemps, le 22 avril 1876, — sans jamais rencontrer le compagnon rouge. L'étoile la plus proche se trouve non pas à l'est, mais au sud, à 200° et 282"; elle est de huitième granueur