LES RICHESSES D'ORION
Tout près du trapèze, à + 33" en ^ et -t- 10" en (D, il y a une petite étoile de 12' grandeur qui est tantôt visible et tantôt invisible dans les plus grands instruments.
Au loin, à + 515" en ^ et — • 306" en (O, il y a une étoile que Schmidt a estimée de 12,8 le 3 avril 1878 et de 9,7 le lendemain.
Il y a là de quoi occuper toute la vie d'un homme. Encore est-il douteux qu'après cinquante ou soixante ans d'étude assidue, l'observateur le plus attentif aurait réussi à trouver la clef de toutes ces énigmes. Mais ce ne serait pas là une vie mal employée. Malgré l'apparence, les trois quarts des existences humaines le sont beaucoup plus inutilement — et souvent plus désagréablement pour tout le monde.
Telle est, sommairement décrite dans ses éléments essentiels, cette splendide création que l'on peut légitimement considérer comme l'une des merveilles de l'univers. Mais ce ne sont pas encore là toutes les richesses d'Orion, et si nous ne devions nous borner, plusieurs autres descriptions encore mériteraient de trouver place ici. Ne quittons pourtant pas encore cette inépuisable constellation sans promener notre lunette sur tout le champ qui s'étend de i à c, et sans remarquer entre autres, à 1° | au nord de i, l'étoile double 750 : 6' et 8% à 4" et, à côté, l'étoile double 743 : 7" et 8% à 1",8. — ■ Regardons aussi près de X,, un peu au nord, et nous trouverons, presque éclipsée par son rayonnement, une nébuleuse quadruple mesurant 9' de longueur sur 5' de largeur. — Pointons encore à 1" au nord de 15 : nous serons arrêtés là par une assemblée de six cents étoiles de toutes grandeurs, parmi lesquelles un couple élégant, de 8' et 10' grandeur, dont l'écartement est de 23". Mais les meilleures choses ont une fin : il nous faut décidément abandonner maintenant Orion pour Sirius. Eh ! nous n'y perdrons guère : ce soleil étincelant, le plus lumineux de notre ciel, nous attire comme un foyer splendide, dont la destinée céleste paraît rattachée par des liens mystérieux à celle de notre propre soleil et par conséquent à celle de notre humanité même.
Smius est l'étoile la plus brillante du ciel entier : on l'admire, trônant au sud, pendant toutes nos nuits d'hiver; elle commence à paraître au sud-est, après minuit, en octobre, se lève de plus en plus tôt, brille en novembre dès minuit, en décembre dès dix heures, en janvier dès huit heures ; elle étincelle aux pieds du géant Orion et demeure la reine éclatante de nos soirées jusqu'en avril, car môme aux derniers jours de ce mois printanier elle jette encore des leux
éclatants à travers les brumes de l'horizon au sud-ouest. Sa position au sud-est d'Orion, si facile à reconnaître, comme nous l'avons vu {fig. 302) ne permet aucune confusion à son égard. Jamais les planètes ne descendent en cette zone australe. Une fois que nous l'avons reconnue et nommée dans le ciel, il nous est impossible de l'oublier. Regardez encore cette page (p. 449), et comparez-lui l'aspect du (irmament, pendant une belle nuit d'hiver ou une belle soirée de printemps, et vous lirez désormais le livre du ciel en cette région du sud, comme nous l'avons lu dans la région du nord dès l'origine même de cette description générale des constellations.
Demander à quelle époque les hommes de la Terre ont remarqué Sirius pour la première fois, ce serait demander depuis combien de temps il y a des hommes sur cette planète, car le premier regard humain qui s'est élevé vers le ciel a dû être frappé de la supériorité de cette lumière céleste, et, dès l'origine môme de la contemplation astronomique, le soleil du ciel étoile a dû recevoir les acclamations de la pensée admiratrice et les témoignages de la vénération humaine. Le nom que cette splendide étoile porte encore aujourd'hui vient du mot grec seïr, qui veut dire essentiellement briller, et qui était autrefois appliqué au Soleil comme à Sirius. L'adjectif seïrios est devenu le qualificatif ordinaire d'un astre brillant et brûlant, comme on le voit dans tous les anciens poètes grecs. Si nous voulions remonter plus haut encore, nous trouverions que le mot grec seïr vient du sanscrit sua?' qui a la même sm-nification : « briller, éclairer », et qui, chez nos grands oncles de41^ie, désignait le ciel lui-même. Comme tout le monde le sait aujourd'hui, le Soleil portait dans cette langue primitive le nom devenu classique de Sûrya ; c'est toujours le même radical, la même impression première de la nature sur la pensée humaine :
De Svar « briller » est dérivé seïr, puis Sirius;
De Varouna. « voûte » est dérivé ouranos, ciel, puis Urauus ;
De Dyaus « air lumineux» est dérivée Théos,\e grand être, Zeus, Deus, Dieu;
De Zeus et patêr on a fait Jupiter. ..
Etc., etc.
Il y a plus de cinq mille ans, 3285 ans avant notre ère, c'est-à-dire un siècle et demi environ après la construction de la grande pyramide de Chéops et 940 ans avant la date ordinairement assignée au déluge, Sirius réglait le calendrier égyptien : son lever héliaque coïncidait avec le solstice d'été, et le débordement du Nil commençait avec le premier jour du mois de Pachoa (le mois de l'inondation). La brillante étoile se nommait en égyptien Sothis, mot qui signilie aussi