‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 209 sur 411 · SIRIUS. — LE GRAND CHIEN · texte numérisé non relu

SIRIUS. — LE GRAND CHIEN

« qui rayonne » . Son rôle d'annoncer la crue du Nil a été symbolisé par un Chien avertisseur.

Homère et Hésiode ont chanté Sirius, comme l'avaient fait leurs ancêtres de l'Eg-ypte, de la Chaldée, de l'Asie et delà Chine. Hésiode recommande de cueillir la vigne « lorsque Orion et Sirius sont parvenus au milieu du ciel » (*). La brillante étoile se levait autrefois le matin vers le 21 juin, et tout en annonçant la crue du Nil, elle était en môme temps le signal de l'arrivée des grandes chaleurs. C'est pourqioile nom même du chien, canis, et celui de l'étoile du chien, Stella, caniculsLf sont devenus à leur tour synonymes des grandes chaleurs de l'été, et nous voyons les auteurs latins, Virgile, Horace, Manilius, recommander de s'éloigner des grandes villes et d'aller se retremper à la campagne pendant les jours caniculaires. La canicule alors commençait, si l'on en croît Théon d'Alexandrie, vingt jours avant le lever de Sirius, et se terminait vingt jours après , cette période ayant le privilège de donner la rage aux chiens et la fièvre aux humains. Sirius ne se lève plus actuellement le 21 juin, et c'est seulement à la fin du mois d'août qu'il commence à paraître avant le lever du soleil. Néanmoins depuis deux mille ans les prescriptions astrologiques ont conservé l'ancienne date des jours caniculaires, et aujourd'hui encore, on peut lire dans nos almanachs de chaque année qu'ils s'étendent du 3 juillet au 1 1 août, période qui n'a plus aucun rapport avec le règne de Sirius. Bizarre métamorphose des idées et des mots : la canicule, tout ardente et tout étouffante qu'elle soit, ne dérive pas de l'idée de chaleur, mais du mot chien; les régions arctiques ne signifient point les contrées dufroid, mais celles de l'ourse; le septentrion n'est point ainsi nommé parce qu'il indique le nord,

(') Hésiode donne même à cet égard des indications qui ne manquent pas d'intérêt: « Lorsque le chardon est en fleurs, dit-il (ch. n), et que la bruyante cigale, perchée sur un arbre, s.L'fle ses chants aigus en développant ses ailes, dans les chaleurs excessives, dans ce temps où les chèvres sont grasses, le vin délicieux, les femmes amoureuses et les hommes très faibles, parce que le brûlant Sirius leur dessèche la tête et tout le corps ; recherchez alors la fraîcheur des grottes, buvez du vin de Biblis, nourrissez-vous de fromages, de lait de chèvre qui n'allaite plus, de viande des jeunes génisses qui dévorent les arbustes et de celle des tendres chevreaux. Assis à lombre, prenez ces repas que vous accompagnerez de vin noir. Mais lorsqu'Orion et Sirius seront parvenus au milieu du ciel, et que l'Aurore aux doigts de rose se trouvera en face d'Arcturus, cueillez toutes vos grappes; exposez-les pendant dix jours et pendant dix nuits au soleil; mettez-les ensuite à l'ombre cinq jours et cinq nuits seulement; et le sixième jour, puisez-en des libations pour le dieu Bacchus qui répand la joie dans le monde. Puis quand les Pléiades, les Ilyadcs et l'astre prédominant d'Orion ne paraîtront plus, n'oubliez pas que c'est là le temps du premier labour, il tant faire suivre à la terre le cours de l'année. »

mais parce qu'il rappelle les sept bœufs de la constellation boréale : le pôle antarctique ne représente pas le sud, mais « l'opposé de l'ourse ». Et ainsi, comme maintes fois nous l'avons remarqué dans lo r.ours dpi ces deux volumes, tout change lentement dans l'histoire

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Fig. 315. — Le Grand Cnxe-n (Atlas de Bayer, 1G03).

du ciel et de la terre, tout se transforme dans le langcige même de l'humanité, tout se métamorphose.

La plupart des auteurs anciens ont symbolisé dans Sirius la constellation entière du Grand Chien; mais de nos jours, la quahfication s'applique exclusivement à l'étoile aipha de cette figure , représentée

généralement sous l'aspect classique reproduit ci-dessus {fig. 315). Le Chien semble, comme aux temps antiques, épier l'événement qu'il doit annoncer. La constellation elle-même n'occupe pas une étendue considérable sur la voûte céleste, mais la qualité éclipse la quantité. Outre Sirius, qui n'est d'aucune grandeur, pour ainsi dire, se plaçant tout à fait hors concours par la supériorité de son éclat, on en remarque trois de seconde (e, â et p), quatre de troisième {-n, 'C, o^ et 22), et neuf de quatrième. Le tableau suivant met en comparaison les observations faites depuis deux mille ans.

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU GRAND CHIEN DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.

ÉTOILES

IGGO

et {Sirius)

p {Mirzam) 3

11985 Lai.

12541 Lai.

12825 Lai.

12278 Lai.

12541 Lai.

13059 Lai.

14200 Lai

Plusieurs étoiles de ce tableau arrêtent notre attention par les sino'ulières différences d'estimation dont elles ont été l'objet. Ainsi, Fétoile 22, qui est actuellement de troisième grandeur et demie, et qui brille dans le corps même de la figure, au-dessus de e, est complètement absente des catalogues anciens. Sa première observation est celle d'IIévélius qui, vers 1660, l'estima de quatrième grandeur. Mais en 1G70 elle était redevenue invisible aux yeux de Maraldi ; en

Fig, 316. -■ Principales étoiles de la constellation du Grand Chien.

1692 et 1693, il la retrouva de quatrième grandeur. Piazzi l'a vue de cette même grandeur , mais Lalande ne l'a pas observée du tout. Elle est très rouge. Nous devons donc la considérer comme variant au moins de la troisième à la sixième grandeur.

L'étoile 28 est dans le même cas. Située comme la précédente dans le corps même de l'antique figure, entre o et n, et actuellement du quatrième ordre d'éclat, son absence des catalogues anciens ne peut s'expliquer que par une invisibilité relative. Flamsteed l'a inscrite de sont en dissociation le.i vapeurs du sodium, du magnésium, du fer et

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