L'ÉRIDAN
En vertu de la précession des équinoxes, la distance polaire de cette étoileet, par celamême, sa déclinaison australe, diminuent actuellement de 18", 4 par an : elle remonte donc insensiblement vers le nord; la diminution étaitilyaundemi-siècledel8",6;ilya deux siècles, de 18*, 8; il y a trois siècles, de 17",9, etc. ; mais elle ne peut pas dépasser 20'. Si nous prenons, en nombre rond, 19", 5, pour la diminution moyenne depuis deux mille ans, nous trouvons qu'à l'époque de la rédaction de VAlmageste, vers l'an 150 de notre ère, cette brillante étoile était de 662' ou de Q** 22' plus au sud que de nos jours. Elle n'était donc pas visible à l'époque de Ptolémée, et encore moins au temps d'Hipparque, pour l'observatoire d'Alexandrie. Elle ne l'était pas davantage, à plus forte raison, pour la Grèce, qui est assise entre le 36* et le 40* degré. Il fallait s'élever jusqu'aux 24" et 23* degrés de latitude pour la voir briller au-dessus de l'horizon, c'est-à-dire aller jusqu'au sud de Memphis et des Pyramides, au sud de Denderali et de Luxor, au sud même de Syène. Cependant cette étoile est dans le catalogue de Ptolémée.
Elle est également dans celui de Sûfi, et il la décrit avec un soin particulier : « Elle est de la première grandeur, dit-il ; c'est celle que l'on marque sur l'astrolabe méridionale et que l'on nomme âchir ai-?ia/ir, la Fin du Fleuve; il y a devant elle deux étoiles, l'une au sud, l'autre au nord, dont Ptolémée n'a pas parlé : la première de quatrième grandeur (a de l'Hydre), la seconde de cinquième (Ç du Phénix) ». Or, l'astronome persan a vécu à Téhéran, à Bagdad et à Schiraz, c'est-à-dire à 32 degrés de latitude au minimum; et au dixième siècle la déclinaison d'Achernar était encore de 4" 45' plus australe que de nos jours. L'astronome persan n*a donc pas plus vu cette étoile que l'astronome grec, et ils n'ont pu la décrire que d'après les observations faites au sud. Il est probable que celles de Ptolémée sont dues aux navigateurs de la mer Rouge, et celles de Sùfi aux pèlerins de la Mecque.
La meilleure preuve, du reste, que la position de cette étoile n'avait pas été mesurée aux instruments précis d'un observatoire, c'est qu'elle est fort loin d'être exacte. Sûfi comme Ptolémée donne 53" 30' à sa latitude qui est en réalité de 59" 18'. Cette position se rapproche plus de 0 que d'Achernar ; mais 0 n'est que de seconde à troisième grandeur. On aura remarqué Achernar à cause de son éclat, et l'on n'aura pris d'elle qu'une position approximative. D'autres étoiles beaucoup moins éloignées au sud, telles que Q, t, x, ^ et / sont restées absentes des catalogues de Ptolémée, Sùfi et Ulugh-Beigh.