‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 222 sur 411 · LES CURIOSITES DE LA BALEINE · texte numérisé non relu

LES CURIOSITES DE LA BALEINE

7" grandeur | (F. I, 182) qui brille à 2'57" à l'ouest et à02'' au sud, soit à une distance de 1 80''.

Tout près de là,Ç se montre accompagnée, à 1G5", d'une petite étoile de 9" grandeur; c'est un couple moins intéressant, à cause de Thumilité de cette pâle compagne.

L'étoile V est accompagnée, mais tout près d'elle et baignée dans ses rayons, à 6", d'une toute petite étoile que l'on n'apercevait que difficilement et par moments seulement, en 1833, dans une lunette de 6 pouces, tandis qu'elle était parfaitement visible en 1873 dans une de 4 pouces. Cette petite étoile est par conséquent variable, peut-être de la 10" à la IS** grandeur: intéressante à épier, mais à l'aide de lunettes suffisantes.

On essayera aussi avec plaisir un bon instrument sur l'étoile 42 : 6* et 7 |, à 1",4. Couple très serré, et pourtant mouvement orbital très lent.

Tout près de Mira, au nord-ouest, en allant vers a Poissons, on rencontre d'abord une étoile de 6* grandeur. Sous cette étoile il y en a une de 6" |, c'est 66, double fort élégante : 6" | et 8% à 15", jaune et bleue ; système physique ; mouvement propre commun, assez rapide.

Juste un peu plus haut, en approchant de « Poissons, on rencontre deux étoiles qui reproduisent exactement l'aspect des précédentes, la plus brillante étant également de 6* et la suivante de 6" |. Cette suivante est également double ; c'est 61 Baleine : 6 | et 11% à 39" ; suivie, un peu au sud, par un charmant petit couple (Struve 218) de 7" et S" |, à 4",6. Il y a là, du reste, un remarquable champ d'étoiles de diverses nuances.

Regardez encore sous â ; vous trouverez là une petite étoile de 7* | : c'est 84 Baleine; petit compagnon, de dixième grandeur, lilas, à 4",7. Très difficile.

Ce sont là les principales curiosités célestes appartenant à cette constellation. Ses amas d'étoiles et nébuleuses sont relativement trop peu importants pour être décrits ici. Comme étoiles rougeâtres, signalons, outre 0 : (f\ 7, 46, 56, Lai. 72 et 158.

Au sud de la Baleine, les cartes célestes contiennent trois constellations modernes : VAtelier du Sculpteur, le Fourneau chimique et la Machine électrique [fîg. 329). Les deux premiers dessins doivent le jour à Lacaille, qui leur donna droit de cité dans le ciel, en 1752, à son retour du cap de Bonne-Espérance; la Machine électrique est plus moderne encore, et apparaît pour la première fois dans

l'atlas de Bode, n'ayant été placée qu'en 1790 au rang des constellations. On trouve dans le Journal du Voyage de Lacaille un exposé historique de l'œuvre de l'astronome français, écrit par l'un de ses amis, sous une forme un peu naïve, où perce le sentiment (puéril pour les savants) des rivalités nationales. Citons-en les passages relatifs à la création des nouvelles constellations australes :

La connaissance complète de l'hémisphère austral, et des étoiles qui le composent, était la grande œuvre à laquelle M. de La Caille devait consacrer ses veilles : champ fertile dont on avait à peine défriché quelques portions.

Ptolémée, qui vivait en Egypte, avait donné un catalogue d'étoiles australes; mais ce catalogue est incomplet.

Des navigateurs portugais avaient tracé le plan de plusieurs constellations, mais si grossièrement que l'astronomie n'en retirait aucun profit.

En 1677, M. Halley, célèbre astronome anglais, était passé dans l'île de Sainte- Hélène pour y dresser une carte de l'hémisphère austral. Il n'observa que 350 étoiles dans un monde presque nouveau. Il créa une constellation, mais il déroba, pour la former, de brillantes étoiles de la première grandeur, à des constellations anciennes. Il donna à la nouvelle constellation le nom du roi son souverain. Les lettres, qui ne condamnent pas l'hommage qu'on rend aux grands, n'approuvent pas la conduite de ceux qui se parent des dépouilles d'autrui pour acquérir des distinctions.

Ainsi l'on n'avait que des descriptions ébauchées de l'hémisphère austral, lorsque M. de La Caille partit pour le Cap. Ces descriptions laissaient tout le mérite de la découverte au premier astronome qui entreprendrait de donner en grand le tableau de cet hémisphère.

M. de La Caille commença à observer les étoiles australes le 6 août 1751. Il continua jusqu'au mois d'août de l'année suivante, 1752. Dix-sept nuits pleines, et cent dix séances, à huit heures de nuit chacune, lui dévoilèrent un spectacle merveilleux. Il observa et catalogua près de dix mille étoiles.

Après avoir examiné le planisphère dressé par Halley, de même que les observations de Ptolémés et des pilotes portugais, La Caille trouva place pour quatorze nouvelles constellations mieux fournies et plus exactes que les anciennes. Il fallait désigner ces constellations par de nouveaux noms.

C'était pour l'astronome une occasion unique et légitime de faire des progrès rapides dans le chemin de la fortune, en appliquant à chaque constellation le nom d'un monarque, ou d'un grand du premier ordre. Il avait dans l'antiquité des exemples d'une telle conduite. Celui de Halley, qui avait nommé « arbre ou chêne de Charles », Robiir Carolinum-, sa nouvelle constellation pour faire sa cour au roi d'Angleterre, était récent.

Il aurait pu consacrer au roi, son maître, la plus belle des quatorze constellations, et choisir treize autres noms parmi ceux des souverains ou des grands de l'Europe qui accordent aux sciences une protection marquée. Ce plan eût été trop recherché pour un homme aussi simple. Il en conçut un tout différent, auquel l'intérêt et la flatterie n'avaient aucune part : il jugea à propos de consacrer aux arts ses nouvelles constellations.

Fig. 329. - Constellations australes. - La Baleine. - L'Érldan. - L'AteUep du Sculpteur. - La Machine électrique. - Le Fourneau chimique,

Il nomma la première V Atelier du sculpteur; la deuxième, le Fourneau chimique; VHorloge à pendule, la troisième; le Réticule rhomboïde, la quatrième; Iq Burin du graveur i la cinquième. Il désigna la sixième sous la figure du Chevalet du peintre, avec sa palette, appela Boussole ou compas de mer la septième, et représenta la huitième sous la figure de la Machine pneumatique. Il plaça au centre de l'hémisphère une neuvième constellation qu'il nomma VOctans ou lunette de réflexion. Le Compas du géomètre, YÈquerre de l'architecte, le Télescope de l'astronome et le Microscope, servirent de signes aux 10% 11°, 12* et 13* constellations. Il nomma enfin Montagne de la table la quatorzième.

Ce choix d'emblèmes était le plus convenable. L'architecture, la sculpture, la gravure et la peinture sont des arts d'une utilité journalière. La chimie et la physique offrent des ressources intarissables pour les commodités de la vie et pour la santé. La géométrie, l'astronomie et la navigation exigeaient les égards d'un savant qui cultivait ces sciences avec tant de succès. La Montagne de la table est l'une des plus considérables de celles du cap de Bonne-Espérance : elle est remarquable par l'aplatissement de son sommet et par un nuage blanc qui vient la couvrir comme une nappe.

Si nous comparons cette belle ordonnance des nouveaux signes avec les noms et la disposition des anciens, on reconnaîtra d'un côté la raison, le désintéressement, la noblesse des sentiments; de l'autre, les écarts d'une imagination excitée par des rêveries, des songes, des idées fausses.

A l'égard de la constellation imaginée sans nécessité par Halley, M. de La Caille fit main basse sur toutes ses parties. M. Halley avait ôté neuf étoiles à la constellation du Navire pour composer son Arbre ; il avait choisi les plus brillantes, et avait pris ailleurs trois autres étoiles d'un bel éclat. M. de La Caille rendit au Navire ses neuf étoiles, et rétablit les trois autres dans la place qui convenait à chacune . Ainsi le Robur Carolinum fut anéanti, comme un nuage que le soleil dissipe, sans que l'emphase de son nom ait pu l'en préserver.

C'est ainsi que M. de La Caille renouvela l'hémisphère austral.

Malgré toute notre admiration pour les travaux astronomiques de La Caille, nous ne partageons plus le sentiment de son panégyriste sur l'excellence de ces constellations modernes. Sans doute, les sciences et les arts méritent autant et plus que la fable d'être représentés dans la décoration céleste ; mais les anciennes figures de la sphère grecque ont gardé je ne sais quel parfum d'antiquité qui leur donne une saveur toute spéciale : il semble, en les considérant, que nous revivions à l'époque où, dans le silence des nuits étoilées, les marins naviguant sur la mer sans bornes, les pasteurs veillant dans les vastes plaines, consultaient les groupes d'étoiles pour connaître l'heure, observaient leur lever, leur culmination, leur coucher, et trouvaient dans ces alignements sidéraux des esquisses d'objets ou d'êtres associés à leur vie, à leurs souvenirs, à leurs rêves primitifs, à leur àme éveillée pour la première fois devant le grand spectacle de

la nature. Ce sentiment ne doit pas nous empocher d'ailleurs de rendre justice à La Caille, qui, inspiré par les idées de son époque, a agi en savant. Les deux constellations qu'il a installées sous la Baleine, et auxquelles nous arrivons en ce moment, ont conservé leur droit de cité dans la géographie céleste ; mais elles ne sont composées que de petites étoiles, dont la plus brillante n'est que de quatrième grandeur : c'est P.O, 250 = « du Sculpteur. Les principales font partie du tableau précédent; les cinq dernières ont servi à former l'esquisse du Fourneau chimique, et les deux qui les précèdent ont été mises dans V Atelier du Sculpteur. Mais la Machine électrique, installée là aussi par Bode à la fin du siècle dernier, occupe une place superflue, ses minuscules étoiles font double emploi, et le mieux est de regarder comme non avenue cette création des derniers jours.

Parmi les dernières étoiles de notre tableau, P. 1,251 (du Fourneau) a été estimée de 6* grandeur par La Caille, de 5' J par Piazzi, de 5* par Argelander et Heis, de 4* | par Engelmann, de 4^ par Argelander dans ses Zones; nous devons donc la considérer comme variable. Il en est probablement de même de P. II, 122, quis'est élevée graduellement de la sixième à la quatrième grandeur. Ces étoiles australes n'ont pas été observées par les anciens, de sorte que pour elles notre première colonne d'observations est celle de La Caille.

Nous arrivons ici au fleuve Éridan, tracé dès l'antiquité au pied d'Orion par l'alignement naturel des étoiles qui le composent : l'idée d'un fleuve ou d'un serpent est naturellement inspirée par ces sinuosités. Dès l'époque d'Eudoxe, on l'appelle soit le fleuve d'Orion, soit r Éridan, soit Potamos « le Fleuve » tout court. La mythologie rapporte que Phaéton, fils du Soleil, s'appelait d'abord Éridan, et qu'il donna son nom au fleuve d'Italie (le Pô), dans lequel il se noya après sa chute. Chez les Arabes, cette succession d'étoiles est également nommée le Fleuve : al-nahr. L'Éridan commence à Rigel, coule vers l'ouest jusqu'à la Baleine, retourne vers le sud-est et descend au sud jusqu'au 58" degré de déclinaison australe, où il se termine par une étoile de première grandeur, Achernar, dont le nom signifie précisément le bout du fleuve : akhei-uahr. Cette étoile est naturellement invisible pour nos latitudes, et il faut aller au delà de 58 degn'l du pôle nord, c'est-à-dire au-dessus du 32' degré de latitude, puui commencer à l'apercevoir : elle reste encore au-dessous de rhoriz^^n de l'Algérie et de la Tunisie; mais on peut la voir d'Alexandrie, da Jérusalem, du Caire et de Suez.

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