‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 25 sur 411 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Cassiopée. — Andromède. — Persée et la Tête de Méduse. — Le Triangle. Suite de la description et de l'investigation des curiosités célestes.

Si nous avons suivi avec soin les descriptions précédentes, nour connaissons maintenant Je pôle nord du ciel mieux que nous ne connaissons le pôle nord de la Terre, et lorsque désormais nous élèverons nos regards vers cette région de l'espace, au milieu du silence des belles nuits étoilées, nous saluerons de loin les univers inaccessibles qui se cachent dans ces profondeurs, le système double de l'Etoile polaire, les deux soleils jumeaux de v du Dragon, la variable •? de Céphée accompagnée de son satellite, l'étoile rouge p de Céphée, la nébuleuse gazeuse du pôle de l'écliptique, et les autres mondes découverts par la conquête télescopique ; nous suivrons par la pensée les variations lentes d'éclat qui ont fait pâlir l'étoile a du Dragon et quelques-unes de ses compagnes, tandis que d'autres grandissaient en lumière ; nous reconnaîtrons la trace du déplacement séculaire du pôle et nous songerons à nos aïeux dont cette étoile du Dragon était la polaire il y a quatre et cinq mille ans, et en contemplant les étoiles de la Petite Ourse, « la Queue du Chien », la Cynosure, le Dragon roulé sur lui-même, nous sentirons se réveiller en nous les vieux souvenirs des mythologies disparues. Ainsi la contemplation des cieux se présente à nos esprits éclairés sous son double intérêt réel et apparent, astronomique et légendaire : nous ne pourrons plus voir une constellation se dessiner dans l'espace sans reconnaître en elle une vieille amie et sans en recevoir une révélation ; nous lirons dans le ciel les secrets des mondes et les vraies destinées de l'univers.

Dans cette même région du ciel, la constellation de Cassiopée est Tune des plus faciles à reconnaître par ses cinq étoiles de 2^ et 3^ grandeurs disposées en W et étendues en pleine Voie lactée, à l'opposé de la Grande Ourse relativement à l'Étoile polaire. Ces cinq étoiles se suivent dans l'ordre : (3, «, y, 5, e. Une sixième, x., de 4* grandeur et demie, complète un carré avec les trois premières, ce qui dessine assez bien une chaise, dont cette étoile formerait le bord (un peu usé) et

ll:s constellations boréales

Fig 27. — L.es constellations boréales. — Andromède. Persée. Cassiopee.

CASSIOPEE

dont â et s formeraient le dossier courbe. Cette chaise prend toules les situations possibles à l'égard de l'observateur, puisque, comme le reste, elle tourne autour du pôle en vingt-quatre heures : elle est

" --' Polaire

Fig. 2S. — Alignement pour trouver Cassiopée.

donc aussi souvent renversée que droite. Aratus remarque qu'elle offre aussi la forme d'une clé. Chaise, trône ou clé, la dénomination s'explique par la disposition de ces six étoiles. Les Arabes voyaient aussi là une main montrant du doigt les étoiles situées en avant.

Eudoxe, Aratus et les Grecs l'appelaient Cassiépéc, dont les Latins ont fait Cassiopée, par un changement de voyelle assez fréquent dans ces sortes de traductions. Cette divinité est assise sur un trône, et l'on

pourrait croire qu'on l'a, en effet, assise sur le trône formé par les étoiles précédentes ; mais il n'en est rien. Sur les plus anciennes figures comme sur les récentes, les étoiles j3, a, y, x se trouvent dans le corps même de cette dame et non au-dessous d'elle. Le trône est formé par d'autres étoiles. Sur plusieurs manuscrits arabes de V Aimageste, cette constellation s'appelle simplement « la Femme assise » .

Rien n'est plus curieux que la comparaison des métamorphoses subies par les figures célestes à travers les âges. Chaque siècle y laisse pour ainsi dire son empreinte : le costume, la situation, l'air même, reflètent les idées dominantes de chaque époque. Aujourd'hui, nos atlas la représentent comme on vient de le voir sur le beau dessin de la page précédente {fig. 27). Mais, v-oyez (/i^. 29) cette Caosiopée arabe du x" siècle dessinée sur un manuscrit d'Abd-al-Rahman

Fig. 29. — Un dessin de Cassiopée au x» siècle de notre eie.

al-Sûfi conservé actuellement à Saint-Pétersbourg- et publié récemment par M. Schjellcrup : elle paraît ne se tenir en équilibre qu'avec une extrême difficulté, et lorsqu'on songe que ce trône va se pencher en avant et se renverser totalement par suite du mouvement diurne de la sphère céleste, on peut craindre en vérité que cette jeune princesse ne fasse la culbute. Au xv* siècle, les éditions déjà illustrées du Poeticon astronomicon d'Hyginus ont ajouté des lions pour éviter l'idée de cette chute, qui rappelait un peu celle d'ilébé. Mais ces liens ne tardèrent pas à disparaître, et on ne les retrouve plus sur la Cassiopée du bel atlas d'Hévélius ifig. 31 ) où la princesse paraît même tout à fait sur le point de tomber. Elle est mieux assise, et d'un âge plus mùr, sur l'atlas de Bayer [fîg. 32) : c'est une reine, qui peut être mère d'Andromède, tandis que sur l'atlas de Flamsteed, le dessinateur, oubliant tous les principes de l'histoire, en fait un véritable enfant de trois ou quatre ans {fig. 30).

Qui ne connaît l'histoire de Cassiopée, Céphée, Andromède, Pégase et Persée? On peut la lire en détail dans les Métamorphoses d'Ovide (livre IV). Il ne me semble pas, comme l'ont cru Dupuis, Francœur et d'autres commentateurs de l'histoire de l'astronomie, qu'il y ait là l'interprétation humaine ,^^ des aspects célestes, mais j^^^^'^^g^^'^g-^^o^^ il est plus probable que cet épisode est le souvenir d'un fait historique, métamorphosé plus tard par la poésie et la légende. On se souvient que Cassiopée, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, eut un jour la vanité de se croire plus belle que les Néréides, malgré la couleur africaine do son teint. Ces nymphes sensibles, piquées au vif par une telle prétention, supplièrent Ne]3tune de les venger d'un affront aussi colossal; le dieu permit que d'épouvantables ravages fussent exerc-és par un monstre marin sur les côtes de Syrie. Pour conjurer le fléau, Céphée enchaîna sa fille Andromède sur un rocher, bL l'offrit en sacrifice a^ terrible monsire.

Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha au plus vite le

Fig. 30. — La Cassiopée de l'atlas de Flamsteed.

cheval Pégase, modèle des coursiers, prit en main la tête de Méduse qui glaçait d'effroi, et partit pour le rocher fatal. Il arriva naturelle-

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Fig. 31. — La Cassiopée de l'atlas d'IIévélius {1600 1.

ment tout juste au moment où le monstre allait dévorer sa proie; aussi n'eut-il rien de plus empressé que de pétrifier le monstre en question

.1 lui présentant la tôte hideuse de Méduse,^de dclivi-er AndiWc

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Fig 3^ - La Cassiopée de l'atlas de Bayer (1603).

évanouie. C'est un effet de scène dont la peinture a tiré ,^H\ dans

LES CONSTELLATIONS. — CASSIOPEE

tous les sens ; il y a peut-être autant d'Andromèdes que de Lédas, ce qui devient incalculable. Mais les peintres ont tort de faire cette jeune fille rose et blonde : elle devait être plus que brune et presque aussi noire qu'une négresse, ce qui est regrettable pour Persée, qui, dit-on, fut obligé de l'épouser.

En commémoration de ces exploits, et pour ne pas faire de privilège, toute la famille fat installée au ciel, et aujourd'hui encore, avec un peu de bonne volonté, et en connaissant assez bien les figures convention -

Fig. 33. — Principales étoiles de la constellation de Cassiopée.

nelles qui se partagent notre atlas céleste, on peut voir sous le dôme étoile : Cépliée trônant, couronne sur la tète et sceptre en main, à côté de sa femme Cassiopée, assise sur un fauteuil orné de palmes ; un peu plus loin, Andromède enchaînée sur un roc au milieu de l'abîme ; un gros poisson la mord aux flancs ; Pégase volant dans les airs, un peu en avant ; et enfin le héros de la pièce, Persée, tenant de la main droite un glaive recourbé, de' la main gauche la tête aux serpents hideux. — Voilà ce que l'œil mythologique peut encore contempler au milieu de la nuit en se servant pour cela du tableau reproduit plus haut [firi. 27), car autrement cette douce Andromède, cet inti'épide Persée, seraient difficiles à distinguer dans le vérita])le ciel.

LES CONSTELLATIONS. — CASSIUPÉE

Mais revenons à la mère de la princesse, à Cassiopée, ou plutôt à ses étoiles constitutives, et comparons les observations d'éclat faites depuis deux mille ans sur cette antique constellation.

Voici toutes les étoiles de cette constellation jusqu'à la cinquième grandeur inclusivement. On les trouvera toutes à l'aide de notre fig. 33, que l'on doit considérer comme tournant autour de

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