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Fig. 349. — Région pittoresque du ciel austral dans le N'avire, la Voie lactée et la Croix du Sud.
occupe environ 1 degré d'étendue, les cinq septièmes sont pris par ces branches irrégulières; 1203 étoiles y sont visibles et ont été mesurées et cataloguées.
« Il serait manifestement impossible, dit cet éminent astronome, de donner par une description verbale une juste idée des formes capricieuses et des gradations irrégulières de lumière affectées par les différentes branches et les appendices de cette nébuleuse: le dessin seul peut satisfaire nos désirs, et encore à grand'peine. Il n'est pas aisé non plus pour le langage de reproduire l'impression entière de la beauté et de la splendeur du spectacle qui nous est offert dans le champ du télescope par cette inimaginable agglomération d'étoiles si singulièrement distribuées ; et si je citais les expressions très légitimes dont je me suis servi, sur mon journal pour la décrire, on les trouverait certainement extravagantes en les lisant à tète reposée.
a En fait, il est impossible à quiconque a la moindre étincelle d'enthousiasme astronomique dans son esprit de voir avec indifféieiice, pendant une belle nuit et à l'aide d'un puissant télescope, cette partie du ciel austral, qui s'étend de 6 heures à 13 heures d'ascension droite et de 146 à 149 degrés de distance polaire.
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tant sont immenses rinlérèt et la variété des astres qu'il rencontre, tant est riche le fond du ciel étoile sur lequel ces astres étincelleut. »
La nébuleuse du Navire n'offre, en aucune partie de son étendue, la moindre apparence de résolubilité en étoiles; elle est à cet égard analogue à la nébuleuse d'Orion. Elle ne paraît avoir rien de commun av->: la Voie lactée sur le fond de laquelle nous la voyons projetée, et doit être par conséquent située à une incommensurable distance au delà de celte couche.
On ne remarque aucune forme régulière dans celte singulière nébuleuse, ni dans aucune de ses parties; sa substnnce est disséminée sans aucune espèce de loi apparente et offre la plus complcle irrégularité dans ses condensations
Fig. 350. — La nébuleuse de '^ du Navire.
comme dans ses vides. Cependant du côté précédent ou occidental de l'étoile ti, on remarque une longue ouverture s'étendant du sud au nord et offrant un peu l'aspect d'une serrure; cette ouverture vide n'est pas entièrement noire, car un léger voile nébuleux s'étend obliquement sur sa partie boréale et occidentale; quatre étoiles sont placées sur ses bords.
Nous l'avons déjà dit, sur les 1203 étoiles mesurées 21 sont multiples, et la fameuse variable est l'une d'entre elles; elle est accompagnée de deux étoiles de 12^ et de 13* grandeur, rapprochées d'elle à 12 et 14 secondes d'arc.
Il semble que certaines métamorphoses se soient opérées dans la nébuleuse; que, de plus, plusieurs étoiles aient changé de place, tandis que d'autres se seraient éteintes. Sans admettre toutes ces variations, dont plusieurs peuvent être dues aux différences d'appréciation des observateurs et à celles des instruments employés (comme tout astronome ne le sait que trop par la pratique), il est probable néanmoins que certains changements assez rapides s'opèrent actuellement dans cette région du ciel. — Quand nous disons acluellement, il faudrait tenir compte
da temps que la lumière emploie pour venir de là jusqu'ici... c'est-à-dire des milliers d'années. Le mouvement propre de r, du Navire est presque insensible.
On voit qu'il y a là une création bizarre, inexpliquée, actuellement incompréhensible pour Yhomuculus terrestre. C'est encore là un nouveau mystère sidéral à ajouter à tous ceux qui nous ont émerveillés jusqu'ici. Mais, au surplus, en osant entreprendre ici la description complète du ciel visible, n'était-ce pas essayer d'entreprendre la conquête de l'infini?... Il nous restera toujours plus à apprendre que nous n'en saurons jamais, à quelque époque que ce soit de notre vie éternelle.
Remarquons aussi dans cette vaste constellation du Navire, Tétoile Csinopus, de première grandeur, située par e^âi™ et 52°37'. Comme nous l'avons vu (p. 484), c'est la seconde étoile du ciel par ordre d'éclat, car elle vient immédiatement après Sirius, et est supérieure à a du Centaure, Arcturus, Véga, Pùgel et Capella. Elle brille sur le gouvernail du Navire et porte le nom du pilote de Ménélas, qui s'appelait Kanôbos. Pline, Ptolémée, Manilius l'appellent déjà Canopus; pourtant Hévélius et Flamsteed écrivent encore Canohus. Cette éclatante étoile était adorée en Egypte. La ville de Canope (aujourd'hui Aboukir), sur Tune des branches du Nil, dans la basse Egypte, portait anciennement le même nom : c'était là, disait-on, que le pilote de Ménélas était mort de la morsure d'un serpent.
Il faut aller à 53 degrés du pôle nord, c'est-à-dire au 37' degré de latitude, pour commencer à apercevoir Canopus rasant l'horizon. On peut le voir de Gibraltar, des côtes sud de l'Espagne, de l'Algérie, de la Tunisie, delà Grèce et d'x\lexandrie. Hipparque et Ptolémée ont pu l'observer aussi de leur temps, car dans cette position l'effet de la précession est à peu près nul.
Cet astre jouissait d'une célébrité spéciale chez les anciens navigateurs. Améric Vespuce en parle dans ses mémoires, et croyait même en avoir vu trois, dont un noir (probablement le trou dans la \'oie lactée nommé sac à charbon). Les pèlerins arabes l'appelaient a l'étoile de sainte Catherine », parce qu'ils étaient joyeux de la voir et de se guider sur elle pour aller de Gaza au mont Sinaï. Canopus est resté célèbre dans les annales de la navigation.
La situation australe de ces étoiles du Navire nous interdit de faire directement connaissance avec elles. Signalons pourtant un bel amas, visible d'ici, et à l'œil nu, sur le prolongement d'une ligne menée par S, a et Y du Grand Chien, à deux fois et demie environ la distance de « à y. C'est l'amas H. VIII. 38, illustré dans son voisinage immédiat