DU DÉTAIL
On a suivi jusqu'à présent une méthode absolument opposée à la vérité. Dans les pays les plus civilisés de notre planète, l'éducation commence par l'histoire... de l'univers? — Non. De la Terre? — Non. De la nature? — Non. De l'humanité? — Non. De l'Europe? — Non... par l'histoire d'un minuscule petit peuple batailleur, qui a passé la mer Rouge à pied sec entre deux murailles d'eau verticales, et qui, pour s'entr'égorger un beau jour deux ou trois heures de plus, a obtenu de son dieu l'arrêt du Soleil !
Mais on s'aperçoit que l'on a fait fausse route. Chacun reconnaît aujourd'hui que lorsqu'il est arrivé à l'âge du raisonnement, il est obligé de refaire entièrement son instruction. Nous entrons dans l'ère scientifique. Bientôt, ce n'est plus l'exception qui étudiera, c'est tout le monde. Le jour viendra où chacun reconnaîtra par ses propres yeux la place que nous occupons dans l'univers, nommera ces constellations qui nous environnent de toutes parts, saura que tous ces points lumineux, étoiles ou planètes, sont des soleils ou des mondes, en un mot, sera convaincu, par l'évidence même du savoir, que nous habitons un véritable corps céleste analogue à ses voisins de l'archipel sidéral ; que tous les astres, y compris notre demeure, sont
emportes par des vitesses considérables dans toutes les directions de rinimensité ; que l'aspect des cieux change avec les siècles comme colui de la Terre ; que tout se meut dans la destinée inconnue ; que la vie est luiiversolle et éternelle, et que nous sommes une tribu intellectuelle, gravitant avec nos sœurs dans l'espace sans bornes.
Oui, il est étrange, en vérité, il est inconcevable que depuis les Dremicrs jours de l'humanité jusqu'à notre époque, les habitants de notre planète aient vécu sans même savoir oii ils étaient! Il est incompréhensible qu'à l'heure môme oi^i nous écrivons ces lignes, il y ait encore 99 personnes sur 100 qui ne savent pas que la Terre est un astre du Ciel, et qui voient toutes les nuits la voûte étoilée se déployer sur leurs tètes sans jamais avoir appris le nom d'une seule étoile, d'une seule constellation, sans pouvoir apprécier cet immense panorama au milieu duquel nos existences terrestres se déroulent. Nous avons tout autour de nous, dans toutes les classes sociales, des êtres humains qui restent, chose inouïe, à l'état d'aveugles volontaires, ne sachant rien^ ne se doutant de rien. C'est tout simplement stupéfiant! Mais devant les progrès grandissants de l'instruction positive, nous pouvons espérer que le jour prochain viendra où les habitants de notre planète cesseront d'être étrangers dans leur propre patrie, et vivront au milieu du ciel par l'esprit comme par le corps. On n'osera plus vivre sans connaître la géographie du Ciel, comme on n'ose plus vivre maintenant sans connaître la géographie de la Terre. L'une est le complément de l'autre, et Ton doit môme reconnaître qu'elle importe bien davantage à l'instruction intégrale de nos esprits, comme à leur éclairement général et à leur valeur philosophique. Lorsque la connaissance du ciel sera tout à fait populaire, lorsque chacun se rendra compte de l'île céleste que nous habitons, du lieu que nous occupons daiis l'immensité, de l'état de l'univers qui nous environne et des lois qui le régissent, les esprits raisonneront avec plus de rectitude et d'ampleur; il y aura moins d'étroitesse dans les idées, moins de mesquinerie dans les jugements, moins de puérilités, d'erreurs et de sottises dans tous les actes de la vie : l'homme pensera et agira noblement, esprit éclairé, ennemi résolu de tous les faux dieux, se sentant véritablement citoyen du ciel, et sachant que nous sommes tous, par notre origine comme par nos destinées, les fils de l'Infini.