‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 321 sur 411 · VENUS · texte numérisé non relu

VENUS

Les deux planètes dont il nous reste à étudier ici les époques et les lieux d'apparition, Vénus et Mercure, circulent, comme nos lecteurs le savent, dans l'intérieur de l'orbite terrestre, et par conséquent ne sont jamais derrière nous à l'opposite du Soleil, ne sont jamais visibles au milieu de la nuit.

Vénus s'écarte quelquefois jusqu'à 4»" du Soleil, et retarde alors le soir, ou avance le matin, de plus de 4 heures sur l'astre du jour. Elle est donc essentiellement l'étoile du soir ou l'étoile du matin; c'est toujours, comme du temps de Cicéron, Vesper et Lucifer.

Son éclat est splendide, supérieur à celui de Sirius, à celui de Mars, à celui de Jupiter. A ses époques d'intense lumière, elle porte ombre, et on le reconnaît facilement si l'on examine la silhouette d'un objet sur un mur blanc (simplement celle d'un crayon devant une feuille de papier tournée du côté de Vénus).

Cette lumière blanche est même si vive que si l'on veut observer les phases de cette planète, qui sont analogues à celles de la Lune, et essayer de reconnaître la pénombre de son atmosphère ou les échancrures de son disque intérieur, ce n'est point pendant la nuit qu'il faut diriger une lunette vers elle, mais dès le coucher du soleil, si c'est le soir, et plutôt même pendant le jour, en essayant d'abord de la distinguer à l'œil nu ou à la jumelle par la position qu'elle occupe, et que l'on aura remarquée les jours précédents, relativement au soleil.

La combinaison de son mouvement avec celui de la Terre fait qu'elle passe à sa conjonction inférieure, entre le Soleil et nous, tous les 584 jours. Avant cette conjonction, elle est visible le soir à l'occident pendant cinq mois environ ; après s'être écartée à son maximum, elle se rapproche chaque soir de l'astre flamboyant, dans les rayons duquel elle disparaît, pour reparaître quelques semaines plus tard comme étoile du matin et briller à l'orient pendant cinq mois aussi; puis elle se rapproche de nouveau de l'astre du jour, et disparaît derrière lui pendant plusieurs mois pour revenir ensuite comme étoile du soir. Ce mouvement bien compris une fois pour toutes, nous ne pourrons désormais jamais nous tromper à Fégard de la belle planète. Toutes les fois que nous verrons briller le soir dans la lumière crépusculaire , ou le matin avant le lever du soleil,

une étoile très blanche, très vive, éclatante, splendide, nous pourrons être assurés que c'est Vénus en personne. Nulle autre planète ne saurait rivaliser avec elle. Jupiter seul flamboie d'un éclat comparable, mais, comme nous l'avons vu, il n'est visible le soir à l'occident qu'après avoir brillé pendant plusieurs mois toute la nuit sur nos têtes, de sorte qu'il ne nous surprendrait pas par son apparition, tandis que Vénus qui vient de Touest au lieu d'arriver de l'est, se dégage du soleil couchant, et, surtout lorsqu'elle a été masquée par quelques semaines de ciel couvert, apparaît tout d'un coup dans sa gloire et dans sa beauté.

Ce qu'il y a de plus intéressant à voir dans Vénus, et en même temps de plus facile, ce sont ses phases. Il faut pour cela, le soir, choisir le mois qui précède sa conjonction inférieure : plus la planète se rapproche du Soleil, plus sa phase est marquée, mieux son croissant est dessiné. Lorsqu'elle arrive de sa conjonction supérieure, elle est ronde et petite, ne mesurant que 9", 5 de diamètre; puis elle approche vers nous, tout en s'écartant du Soleil, arrive à sa quadrature, et paraît alors comme une demi-lune mesurant 25" de diamètre. C'est l'époque la plus favorable et la plus intéressante pour commencer les observations. Bientôt, se rapprochant toujours de nous, et agrandissant graduellement son disque, elle atteint son plus vif éclat : c'est lorsqu'elle se trouve à 39 degrés du Soleil, 69 jours avant sa conjonction inférieure; son diamètre apparent est alors de 40", tandis que la longueur de sa partie éclairée est à peine de 10". Dans cette position, on ne voit que le quart du disque illuminé; mais ce quart émet plus de lumière que des phases plus complètes. Enfin, lorsqu'elle

arrive dans la région de son orbite la plus rapprochée de la terre, elle ne nous offre plus qu'un croissant excessivement mince , puisqu'elle est alors entre le Soleil et nous, et qu'elle ne nous présente "pour ainsi dire que son hémisphère obscur; c'est la position où sa dimension apparente est h plus grande, et elle mesun alors 62 secondes de diamètre. Elle est alors presque tout contre 1( Soleil, et ne tarde pas à disparaître dans son rayonnement. Quelque fois, comme nous l'avons dit, elle passe juste entre le Soleil et nous

Fig. 391. — Les quatre phases principales devenus.

POSITIONS DES PLANini::s. — VENUS 650

et paraît encore un peu plus grande (63 à 64 secondes), mais c'est alors un disque absolument noir, et ce n'est plus un astre, à proprement parler. Après être passée à sa conjonction inférieure, les phases so reproduisent en sens contraire chez l'étoile du matin. Le petit dessin qui précède représente les aspects de Vénus, pour l'observation dans les instruments moyens, à l'échelle adoptée ici de | millimètre pour 1".

Le plus petit instrument d'optique suffit pour reconnaître les phases de Vénus. Les lunettes de 50 et 75 millimètres les montrent admirablement ; celles (le 95 et 108 permettent déjà de remarquer les échancrures formées par les hautes montagnes, le long du cercle intérieur d'illumination, et de comparer les deux cornes du croissant, qui no sont pas absolument égales. Parfois on peut suivre très loin leurs fines pointes. Des instruments plus puissants, et des circonstances atmosphériques exceptionnelles, tant sur Vénus que sur la Terre, sont nécessaires pour permettre de distinguer les taches de sa surface, qui sont bien plus difficiles cà apercevoir que celles de Mars. Nous ne voyons jamais ce globe de Vénus qu'obliquement éclairé, tandis que Mars se présente de face. Mais tandis que Mars ne s'approche jamais à moins de 14 millions de lieues de nous, Vénus arrive jusqu'à 11 millions, seulement en de mauvaises conditions d'observation, puisque c'est son hémisphère obscur qui est tourné vers nous. Aux époques de son plus grand éclat, son diamètre est de 40" : une lunette grossissant 47 fois montre donc Vénus telle que nous voyons la Lune à l'œil nu, et il n'est pas rare d'entendre les personnes qui observent pour la première fois les phases de Vénus s'écrier que c'est la Lune qu'elles ont sous les yeux.

Cette planète est presque exactement du môme volume que celle que nous habitons, son diamètre étant au nôtre dans le rapport de 954 à 1000. Soa atmosphère est plus élevée et plus dense que celle que nous respirons ; ses années sont plus rapides, ses saisons plus brusques, ses climats plus extrêmes; sa rotation s'accomplit en 23 heures 21 minutes 24 secondes.

Les données qui précèdent sur les périodes de visibilité de Vénus, jointes à celles qui concernent les planètes Saturne, Jupiter et Mars, suffisent assurément pour que tout observateur un peu attentif du ciel connaisse désormais perpétuellement les positions approchées de ces quatre mondes ainsi que leurs époques d'apparition, et il est presque superflu de rien ajouter à l'égard de Vénus. Aucune carte de son mouvement ne serait utile, puisque la belle planète ne brille que le soir ou le matin et qu'elle éclipse ses lointaines sœurs les étoiles. Constatons seulement, pour ne plus la perdre de vue, au moins dans notre esprit, qu'elle est actuellement (octobre 1881) étoile du matin, qu'elle va se rapprocher du Soleil pour passer derrière lui le 20 février 1882, qu'elle se dégagera ensuite lentement de ses rayons, s'en écartera déjà assez en mai et juin pour briller le soir dans les feux du couchant; le 15 juin elle retardera de 2'" 7'° sur le Soleil; le 15 juillet de 2'' SS-", le 15 août de 2" 42", le 15 septembre de 2'' 44™; sa plus grande élongation arrivera le 26 septembre; puis l'étoile du soir retardera de moins en moins sur l'astre du jour; le 15 octobre, ce retard ne sera que de 2'' 41™, et le 15 novembre de l"" 47"° ; se resserrant chaque soir de plus en plus vers le Soleil, elle passera exactement devant lui le 6 décembre, passage

de Vénus visible à Paris. Si le ciel n'est pas couvert, en cette mauvaise saison, ne laissons pas s'évanouir cette occasion unique d'observer ce rare phénomène céleste, car le prochain passage n'aura lieu qu'en l'an 2004, dans 122 ans, et malgré le proverbe qui prétend qu'il ne faut jurer de rien, il est extrêmemen. probable qu'un grand nombre d'entre nous auront les yeux tout à fait fermés à cette époque, et que Vénus ne les intéressera plus guère... à moins pourtant que nous ne soyons alors ressuscites justement sur cette patrie voisine, ce qui malgré ses climats un peu brusques vaudrait sans doute mieux que rien.

Étoile du matin de juin à décembre 1881 ; étoile du soir de mai h octobre 1882; étoile du matin de janvier à juin 1883; étoile du soir de novembre 1883 à avril 1884; et ainsi de suite, les oscillations de Vénus ne peuvent jamais être confondues avec les mouvements réguliers de Saturne, Jupiter et Mars, et nul observateur un peu attentif ne peut se tromper dans l'identification de ces planètes. Enfin, au besoin, la période de 584 jours peut servir pour se représenter ces oscillations elles-mêmes, puisque les élongations du soir précèdent la conjonction inférieure et que les élongations du matin la suivent; voici donc, par surcroît, ces conjonctions :

1881 2 mai.

1882 6 décembre.

1884 11 juillet.

On trouvera les époques suivantes en ajoutant perpétuellement 584 jours. Ainsi l'observateur du ciel pourra désormais suivre les mouvements de Vénus aussi bien que ceux des autres planètes.

Page 1