MERCURE
Il ne faut pas espérer trouver facilement Mercure si l'on n'est pas muni d'un équatorial ; car, quoique brillant de l'éclat d'une étoile de première grandeur, lorsqu'il est visible, il l'est très rarement. A l'aide d'un équatorial, on le trouve de jour par sa position calculée; mais il n'est visible à l'œil nu, le soir ou le matin, qu'aux époques de ses plus grandes élongations. Ces époques reviennent souvent, il est vrai, à cause de la rapidité du mouvement de Mercure autour du Soleil (88 jours), seulement il ne s'écarte jamais à plus de 28 degrés de l'astre radieux, ne retarde ou n'avance jamais de plus de deux heures, et reste éclipsé dans la lumière du crépuscule ou masqué par les vapeurs de l'horizon.
En le cherchant avec soin, on peut pourtant arriver à le découvrir si le ciel est bien pur. Je l'observe, à Paris; deux ou trois fois par an, en moyenne. Les amateurs curieux de le trouver devront examiner
attentivement le ciel occidental, trois quarts d'heure environ après le coucHer du soleil, aux époques de ses plus grandes élongations du soir:
1883 21 janvier; — li mai; — 10 septembre.
1884 4 janvier; — 25 avril; — 23 août.
et ainsi de suite, en retranchant 18 jours à chaque date, à un jour près. Ce sont Là les milieux des périodes de ses élongations du soir : h\ visibilité s'étend sur six jours de part et d'autre de ces dates moyennes
Le seul intérêt de l'observation populaire de Mercure, à part la satisfaction d'une curiosité bien légitime, réside dans la constatation de ses phases, analogues à celles de Vénus, accessibles aux instruments de moyenne puissance, mais assez difficiles à suivre jusqu'au croissant. Aux époques de ses élongations les plus favorables, cette miniature de planète s'offre à nous sous l'aspect d'une demi-lune de 9" de diamètre, comme on le voit sur cette petite figure dessinée à la môme échelle que les précédentes (7 mill. = 1").
Nos lecteurs savent qu'en réalité le diamètre de ce petit monde n'est égal qu'aux 38 centièmes de celui de la Terre. C'est la plus petite des huit planètes principales Fg.392.— Aspect deMercure de notre système. — De Mercure comme de Vénus, la Terre
où nous sommes brille pendant la nuit dans le ciel comme une magnifique étoile de première grandeur. On peut même voir à l'œil nu la Lune à côté, de sorte que nous offrons le spectacle d'une charmante étoile double, planant mystérieusement dans l'infini des cieux.
Il serait superflu de chercher à distinguer les taches géographiques, l'atmosphère et les montagnes de Mercure. L'observation de ses phases est vraiment la seule qui se puisse faire facilement. On peut encore examiner la planète, en do tout autres conditions, sous l'aspect d'un disque noir, lorsqu'elle passe devant le Soleil, et ainsi nous l'avons observée le 5 novembre 18G8 et le 6 mai 1878. Mais il n'y a plus de passage visible à Paris avant le 10 novembre 1894. Nous en avons un, il est vrai, cette année même, le 7 novembre 1881, seulement il aura lieu de 10'' 25™ du soir à 3" 47"° du matin, c'est-à-dire pendant la nuit pour nous, et sera par conséquent invisible pour l'Europe. On l'observera des deux Amériques et de nos antipodes.
LA LUNE a
Je ne connais pas de spectacle plus ravissant, plus délicieux, et en même temps plus saisissant, j'allais dire plus idéal, plus sublime, que celui de la Lune observée au télescope pendant une tranquille soirée, aux environs du premier quartier. Obliquement illuminée par les
rayons du soleil, couché pour nous, la surface lunaire offre alors le relief de ses cirques et de seS' montagnes, rehaussé par les ombres noires qui s'allongent nettement à leurs pieds ou qui emplissent le fond des cratères. Dans l'azur du ciel, encore éclairé dans la vaste clarté du crépuscule, le bord intérieur du croissant lunaire, non dur et éblouissant comme à la nuit tombée, mais doucement lumineux, clair, pur, candide, semble une broderie d'argent fluide flottant dans l'air, suave comme l'éther, céleste, divine. L'anneau de Saturne, le disque de Jupiter entouré de son cortège; les phases de Vénus; l'aspect des étoiles doubles colorées, telles que y d'Andromède, p du Cygne, le Cœur de Charles, y du Dauphin; les étoiles doubles éclatantes, telles que Mizar, Castor, y de la Vierge; les créations lointaines et splendides, telles que la nébuleuse d'Orionou l'amas d'Hercule, nous transportent plus loin dans l'infini sans nous charmer davantage. L'aspect de cette île de lumière vaut celui de ces merveilles. Pourquoi ne commencerait- Oî?. pas par là l'apprentissage du télescope ? C'est l'observation la plus facile; en s'y exerçant, on se préparera à des recherches plus délicates, et dès le premier instant on sera récompensé de la peine que l'on aura prise pour ajuster exactement l'instrument, et encouragé à poursuivre plus loin l'observation des célestes spectacles.
Dès le troisième jour de la lunaison, le croissant est assez dégagé des brumes rougissantes de l'horizon occidental pour offrir des contours nets et arrêtés et des cornes extrêmement unes prolongées le long de la circonférence du disque, dont l'intérieur est éclairé par la lumière cendrée. Tandis que le bord extérieur du croissant se montre net et circulaire, parce qu'il est éclairé moins obliquement et que toutes les irrégularités de la topographie lunaire se projettent en perspective les unes devant les autres pour former un même niveau moyen, le bord intérieur se montre déchiqueté, les reliefs les plus élevés étant seuls éclairés par le soleil levant, qui arrive alors sur ce méridien. La tache grise ovale que l'on remarque déjà est la mer des Crises, tache grise ovale à gauche, à l'ouest, près du bord, au-dessous de l'équateur. Le méridien éclairé, le cercle dïUuwnation, passe là le troisième jour de la lunaison. — (La petite figure suivante suffit pour les configurations principales; mais il sera utile de revoir la carte de là Lune publiée dans Y Astronomie populaire, page 156, et la chromolithographie de la page 1861.
[Rappelons à cet égard que si l'on veut avoir devant les yeux la Lune comme on la voit à l'œil nu, il faut retourner le dessin ci-après et mettre le haut en bas : alors le croissant est à droite. Pour avoir l'astre tel qu'il se présente dans les lunettes astronomiques, qui renversent les images, il faut le regarder tel qu'il est imprimé ici : alors le croissant est à gauche et le cercle terminateur intérieur passe par la mer des Crises.]
Le quatrième jour, on juge mieux de l'ensemble de la mer des Grises, parce