‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 323 sur 411 · LA LUNE · texte numérisé non relu

LA LUNE

Fig 39^. — Aspect gcnei'a.1 île la Luno-

que le croissant est plus large et que le cercle terminateur est plus rapproché du méridien central. Alors on dislingue aussi la nier de la Fécondité (la tache grise, longue, au-dessus de la mer des Crises, et traversée par l'équateur), ainsi que les cirques qui l'entourent à gauche et à droite : au milieu de cette plaine se trouvent les deux cratères jumeaux Mossier, qui ont suhi un changement depuis 1837. La partie supérieure du •''

croissant apparaît comme une bordure de dentelle, parle grand nombre de cratères qui peuplent cette contrée montagneuse. On commence à apercevoir la mer du Nectar, au-dessus de la précédente dans l'hémisphère sud.

\e cinquième jour, l'œil est arrêté par les trois grands cirques à droite c Je la mer du Nectar, qui sont, en .illant de bas en haut, Théophile, Cyrille et Catherine. Malgré la vulgarité de ces noms, ces cirques sont splendides, immenses : ce sont des montagnes plus élevées que le Mont- Blanc. La plaine grise au-dessous des lieux mers précédentes, et communi- •juant avec elles, est la mer de la Tranquillité, et celle plus bas, entourée d'un rempart elliptique, est la mer do la Sérénité. Au-dessous de celle-ci se remarque un beau cirque ovale : Posidonius.

Le sixième jour est peut-être le plus intéressant. La mer de la Sérénité se développe presque entière, avec le clique dEudoxo et le Caucase au nord, Posidonius au nord-ouest, la traînée blanche qui la traverse, et en haut, au sud. les cirques de Pline, Ménélas et Manilius. {Astronomie, p. 158). Plus haut, les rainures d'Hyginus et de Triesnecker [Id., p. 189). Le long de l'hémisphère supérieur, le cercle terminateur passe par une série de cratères énormes. Parfois leur circonférence est éclairée tout entière par le soleil levant, le fond restant dans l'ombre ; parfois les crêtes les plus élevées sont seules visibles, détachées du bord intérieur du croissant, comme des étoiles. Attendez une demi-heure, une heure, et vous verrez de vos yeux l'illumination solaire enflammer toutes ces alpes blanches et réunir les cimes aux versants moins élevés.

Le septième jour, quadrature ou premier quartier; le méridien d'éclairement coupe la Lune en deux, traversant la mer des Vapeurs vers le centre, et passant au-dessus d'elle, près des trois grands cirques de Ptolémée, d'Alphonse ec d'Arzachel. Leurs crêtes, comme celles de la grande irradiation de Tycho, dans la partie supérieure de la Lune, s'illuminent insensiblement à la droite ou à l'est du méridien. En bas, au-dessous de la mer de la Sérénité, la vue est attirée par d'autres cirques remarquables.

<ue huitième jour, l'observation est encore extrêmement intéressante, parce que le cercle d'illumination arrive, en haut, sur la pittoresque formation montar gueuse de Tycho, et en bas sur la chaîne grandiose des Apennins (dan> l'hémisphère nord, à droite du méridien central), sur les cratères d'Archimède

lï'Aristilias et d'Autolycus (Voir les photographies publiées dans les Terres du Ciel], et, plus bas encore, vers le pôle boréal de la Lune, sur le cirque plat et sombre de Platon. L'observateur ne pourra s'empêcher de s'étonner de la variété des études qu'il y aurait à faire là, et tout de suite il pensera qu'une vie entière n'y suffirait pas.

Le neuvième jour, l'un des paysages alpestres les plus curieux se présente sur le cercle terminateur : le mont Copernic (au-dessus des Apennins) , le plus grandiose peut-être de la Lune entière, formation géologique visible dans tous ses détails, avec son énorme pyramide centrale et ses fantastiques éboulements de rochers. Le terrain environnant est criblé de petits cratères. Au-dessus de Copernic on remarque l'immense plaine qualifiée du nom de mer des Nuées (c'est la grande tache grise qui s'étend depuis l'équateur jusque vers Tycho).

A partir du dixième jour, l'observation devient plus fatigante pour la vue et moins intéressante par l'effacement des reliefs. Cependant en tempérant la vive lumière par un verre bleu léger vissé à l'oculaire, on pourra encore, le 11* jour de la lunaison, examiner, à droite de Copernic, la montagne rayonnante de Kepler, le 12® celle d'Aristarque, qui est au-dessus de Kepler, et le 13* les échancrures du bord sud-est du disque lunaire. Le jour de la pleine lune, il n'y a d'intéressant à voir que les rayonnements blancs qui partent de Tycho comme autant de méridiens. De la pleine lune au dernier quartier, on peut faire les observations précédentes en sens contraire, mais alors à une heure de plus en plus avancée dans la nuit. La Lune retarde de trois quarts d'heure par jour, et après le dernier quartier, elle n'est plus visible que le matin.

Tous les instruments sont bons pour l'observation de la Lune, à condition que l'objectif soit pur et qu'on n'emploie pas de grossissements trop forts. Mais, naturellement, plus l'instrument sera puissant et plus on découvrira de détails. Une simple jumelle donne déjà une idée exacte de la géographie et de la topographie générale; une jumelle de marine et une longue-vue terrestre mettent en évidence les aspects de la figure précédente. Une lunette de 60 millimètres permet de se rendre compte des principales particularités signalées dans la description sommaire que nous venons de faire. Dans une lunette de 75, on apprécie fort bien le caractère essentiel des cirques lunaires, qui est d'avoir leur fond plus bas que le terrain environnant leurs bords, et d'être de véritables excavations paraissant dues à des bulles de gaz arrivées de l'intérieur du globe lunaire, qui auraient crevé à la surface à l'époque où elle était encore pâteuse, en laissant déprimée l'aire de leur passage. On reconnaîtra également la forme circulaire, totale ou partielle de toutes les mers lunaires. En observant les reliefs à l'aide d'une lunette de 95, on jugera de l'élévation prodigieuse de certaines arêtes et de certains pics, notamment de la chaîne des Apennins, qui s'élève à 5560 mètres au-dessus de la plaine, du cratère de Tycho, dont l'altitude est de 6150 mètres, de Callipus, dans le Caucase, au-dessous de la mer de la Sérénité (6216 mètres), du cirque de Copernic, lequel, quoique ne dépassant pas 4000 mètres, produit néanmoins un effet si remarquable par son isolement, tandis que des monts plus élevés, perdus dans les régions montagneuses, tels que Leibnitz (7610 mètres), Doerfel (6403), Newton (7564), Clavius (7091), accumulés au pôle sud, restent en partie éclipsés par leur propre voisinage.

OBSERVATIONS INTERESSANTES. — LE SOLEIL 6Gîi

Une lunetle de 108 permettra de distinguer et de dessiner les rainures qui serpentent près d'Hyginus, de Triesnecker, d'Archimède, sous les Apennins, de reconnaître de curieux détails au sein de cette nature si bouleversée, d'entreprendre de beaux dessins des plaines éclairées d'une lumière fuyante, au bord desquelles les arêtes de certains cratères présentent de profil des cadres du relief le plus étonnant.

On appréciera soi-même, par les résultats obtenus, quels seront les grossissements les plus convenables à employer; chaque instrument est muni de plusieurs oculaires : on reconnaîtra par la pratique même que le plus fort ne peut-être appliqué que dans des circonstances exceptionnelles de transparence atmosphéîique, et seulement pour vérifier certains détails devinés avec le grossissement moyen. Plus le grossissement est fort, plus la lumière et la netteté diminuent. Répétons-le, pour la Lune, de faibles grossissements, des instruments modestes, donneront des résultats surprenants à tout observateur attentif qui voudra con^ sacrer quelques belles soirées à faire connaissance avec notre petite voisine. Jusqu'à présent, c'est avec des instruments moyens que Ton a fait les plus belles études sur la topographie lunaire.

Ajoutons enfin que les observations faites au crépuscule seront toujours plus agréables que celles faites à la nuit tombée.

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