OBSERVATIONS INTÉRESSANTES. — LES COMÈTES
LES COMÈTES f
Quelques mots encore, et nous aurons, je l'espère, passé en revue tous les sujets qu'il importait de résumer dans cette instruction générale. Les comètes sont rares; mais il ne faut pas plus les négliger que leurs sœurs.
On se préparerait à tomber dans une forte désillusion si l'on s'attendait à ce qu'un instrument quelconque décuplât, centuplât la vision d'une comète, comme il arrive dans Tobservation des cratères de la Lune, des taches du Soleil, des bandes de Jupiter, de l'anneau de Saturne ou de l'amas d'Hercule. La lumière des comètes est si faible, si diffuse, que répandue sur un espace dix fois, cent fois plus étendu, par le grossissement d'un télescope, elle se perd en une brume grise et disparaît. Si l'on veut observer une comète, il faut choisir l'oculaire le plus faible, et l'on ne gagne encore presque rien sur l'observation faite à l'œil nu. Le meilleur instrument pour bien juger de l'étendue comme de la forme des comètes est une bonne jumelle. Le noyau seul gagne à être vu au télescope, lorsqu'il s'agit des comètes extraordinaires surtout.
L'observation télescopique est utile pour constater la visibilité des étoiles à travers les queues cométaires, lesquelles sont absolument transparentes.
Lorsqu'une comète planera sur nos tètes, on s'intéressera à marquer tous les soirs la position exacte du noyau sur une carte céleste, à dessiner la direction et l'étendue de la queue, et à se rendre compte ainsi de la marche de l'astre chevelu parmi les étoiles, et de la variation de son éclat.
C'est ce que je viens de faire cette année même avec un véritable plaisir, ayant pu suivre la grande comète de 1881 depuis le jour même de son apparition, depuis le 23 juin jusqu'au 4 septembre. La route de la comète, à peu près droite jusqu'au 15 août, s'est ensuite légèrement courbée; elle s'est étendue depuis l'étoile p du Cocher jusqu'à p de la Petite Ourse, d'un mouvement uniformément ralenti; sa lumière apparente totale, qui équivalait d'abord à celle des étoiles de première grandeur, est descendue à la 2* le 28 juin, à la 3^ le 2 juillet, à la 4® le 10, à la 5« le 23, à la 6* le 12 août, à la 7^ le 4 septembre ; et si j'ai pu la suivre aussilongtemps, c'est parce que j'ai terminé ces observations dans l'atmosphère pure des hautes régions des Alpes, entre 1000 et 2000 mètres d'altitude. A Paris, elle a disparu dès le 20 août. La queue, qui s'étendait le 23 juin sur une longueur de 12°, s'est graduellement réduite à lOMe 26, à 9° le 28, à 8° le 30, à 7° le 3 juillet, à 6« le 6, à 5" le 10, à 4Me 15, à 3° le 21 , à 2Me 29, à 1° ^ le 3 août et à 1° le 9 ; elle était réduite le 23 août à une nébulosité à peine perceptible, à peu près égale cà la distance de Mizar à Alcor ( 12'), qui ne tarda pas à s'évanouir ellemême. Cette simple constatation de la marche quotidienne de la comète dans le ciel et de ses variations de grandeur et d'éclat est plus intéressante qu'on ne