LÉTUDE PRATIQUE DU CIEL
En décrivant les merveilles de l'univers et en invitant tous les esprits qui pensent, tous les cœurs qui sentent, à les admirer, aies étudier et à les connaître, j'ai donné un libre cours au développement d'une passion innée pour ces contemplations sublimes; j'ai voulu que ces Deautés célestes resplendissent devant tous les yeux dans leur pleine lumière; j'ai semé les fleurs cueillies parles savants de tous les siècles, et j'ai relégué dans l'ombre les difficultés et les épines que le travailleur rencontre toujours sur son chemin. Aussi, plus d'un lecteur, ne réfléchissant pas que d'aussi merveilleux résultats n'ont pu être obtenus sans peine, a-t-il été désabusé le jour où, prenant lui-même en main le télescope, il s'est imaginé voir du premier coup tout ce que les progrès de l'astronomie physique ont successivement révélé. Sans considérer que toute science, tout art, exige un certain apprentissage, on s'attend, en mettant l'œil pour la première fois aux instruments d'un observatoire, à distinguer comme sur une carte les continents et les mers de Mars, à compter les étoiles de l'amas d'Hercule, à voir les deux composantes d'une étoile double tourner l'une autour de l'autre, et même, pour peu qu'on y ait rêvé, lorsque dans les premiers feux de l'enthousiasme on dirige fiévreusement son télescope vers un cirque lunaire obliquement éclairé par les rayons du soleil couchant, on serait à peine surpris d'apercevoir au milieu d'un paysage deux habitants de la Lune causant ensemble. « Vous me faites accabler de reproches par les plus jolies femmes du monde, me disait à cet égard le sympathique directeur de l'Observatoire de Paris ; elles arrivent tout enthousiasmées par vos descriptions, et elles prétendent que nos instruments ne valent rien. Elles s'imaginent voir en un quart d'heure
ce que nous avons mis vingt années de travail à bien étudier; elles croient que les étoiles les attendent pour leur révéler leurs secrets et que l'atmosphère se purifie tout d'un coup pour leurs beaux yeux, et comme la plupart du temps l'instrument n'est pas à leur point et qu'elles ne distinguent rien de net, elles s'en vont furieuses en prétendant que « ce n'est pas cela du tout » .
Comme mes précédents ouvrages n'ont pas eu pour but de fournir un manuel pratique de l'observation du ciel, je n'ai pas eu à faire connaître les « difficultés du métier » ni à apprendre aux lecteurs à se servir des instruments ; mais ici, dans cet ouvrage sur les Étoiles, nous arrivons précisément en ce moment même à ce chapitre important. Ce livre-ci est vraiment un manuel, et toutes les instructions données dans cette description générale du ciel seraient sans utilité pratique si nous ne consacrions pas une étude spéciale aux instruments et à la manière de s'en servir. Eh bien ! avouons-le une fois pour toutes, la chose n'est ni aussi simple ni aussi facile qu'elle le paraît. Il faut, comme nous le disions tout à l'heure, beaucoup d'attention, assez de patience et un peu d'esprit, pour arriver à bien se servir d'une lunette. Sans doute, ce n'est point là une étude aussi désagréable que celle de la langue allemande, ni aussi longue que celle du sanscrit ou de l'égyptien, mais enfin, je le répète, c'est une étude réelle et sérieuse.
Quels instruments un amateur doit-il choisir pour s'initier personnellement à la connaissance pratique de l'astronomie? de quelle manière doit-on s'en servir et que peut-on voir avec ces instruments? Telles sont les questions toutes naturelles qui se posent dans l'esprit de Tétudiant du ciel.
La première étape d'un voyage scientifique à travers les régions célestes consiste dans le choix d'un instrument. Nous ne devons pas craindre à cet égard d'entrer ici dans quelques détails du métier et de dégager les abords de la route de tous les embarras qui l'obstruent. Il est très important d'avoir un bon instrument, quelque petit qu'il soit, car autrement on sera découragé dès les premiers pas. La nature humaine est ainsi organisée, qu'en généralnous ne faisons bien que ce que nous faisons avec plaisir. Tout travail inutile est à éviter; on ne perd que trop de temps, et vraiment, dans la création tout entière, il n'y a peut-être rien de plus absurde que le temps perdu. Do^il:, que l'instrument soit d'un maniement facile, et que ses qualités optiques soient suffisantes : n'attachez pas d'importance à l'aspect extérieur; ne vous fiez pas à la beauté, à la couleur, au vernis de la monture, ni même à la transparence de l'objectif ou a l'éclat du miroir, si c'est un télescope : c'est à la pratique seule qu'il faut juger. Une lentille très pure peut être très mauvaise, parce que sa courbure sera défectueuse ; tandis qu'une autre dans laquelle on verra des bulles d'air et des stries peut être d'un excellent service.
Il n'y a qu un seul moyen d'éprouver la qualiU- d'un instrument : c'est de s'en servir . La renommée de l'opticien ne sufTit pas, et bien souvent on y est trompé. Ainsi, tout récemment encore, me trouvant à Lausanne chez un professeur distingué, j'ai été tout surpris de ne pas séparer en deux disques nets et bien écartés les deux composantes de l'étoile double a d'Hercule dans une lunette de 108 millimètres que ce professeur venait de recevoir d'Allemagne, et qu'il avait commandée au nom d'une académie. Le premier objectif venu pris par un aveugle dans un magasin de Paris eût pu être meilleur que celui-là. Tout objectif monté dans une lunette doit pouvoir supporter un grossissement de 2 fois par millimètre de son diamètre. Une lunette de 60 millimètres doit supporter 120; une de 75, 150; une de 95, 190; et une de 108, 216. Ce sont là des nombres qui n'ont rien d'exagéré, et un excellent instrument doit pouvoir être armé d'un grossissement supérieur encore. Les grossissements applicables aux lunettes dépendent du diamètre de l'objectif et de la longueur focale; chacun de ceux que nous venons d'indiquer peut être considéré comme normal pour l'instrument; mais on ne doit l'appliquer que si l'astre est assez élevé au-dessus de l'horizon et si l'atmosphère est bonne; autrement on obtiendra de meilleurs résultats avec un grossissement moindre : les images seront plus nettes. Revenons maintenant à la vérification qui nous intéresse.
Si l'atmosphère est pure et calme, naturellement une étoile (pas trop brillante), placée au foyer de la lunette armée de ces grossissements, doit se présenter sous la forme d'un petit disque lumineux, tout petit et tout rond, net, bien défini sans rayons, sans ailes, sans brouillard environnant, ressortant sur un fond uniformément sombre ; on distingue alors autour de ce point lumineux un ou deux anneaux concentriques très légers. Une étoile de 3* ou 4* grandeur convient bien pour cet essai, ou encore Jupiter et Saturne (la Lune est trop facile) ; le mieux est encore une étoile double ('}. Le foyer ne doit pas occuper trop de place, et lorsqu'on l'a trouvé par le moment de la netteté absolue de l'image, si l'on avance ou si l'on recule le tube de l'oculaii'e, la netteté doit immédiatement disparaître et l'étoile doit se transformer en un cercle lumineux plus ou moins gros et plus ou moins vague. Il ne faudra pas considérer l'instrument comme défectueux si l'on n'obtient pas le résultat précédent dès la première soirée d'observation, lors même que l'atmosphère paraîtrait très pure et très calme, car il arrive souvent que d'invisibles courants d'air chaud ou froid (comme j'en ai maintes fois rencontrés en ballon) coulent en plusieurs sens à plusieurs centaines de mètres au-dessus de nos têtes et font danser les étoiles dans le champ télescopique. Les heures parfaites de calme nocturne sont en réalité fort rares. Ce n'est guère qu'après quelques semaines d'expérimentation que l'on pourra être fixé sur la valeur optique d'un instrument. Si la vision n'est pas parfaite avec le grossissement indiqué, ou avec les oculaires les plus forts appartenant à l'instrument, on examinera les étoiles avec l'oculaire moyen, et l'on obtiendra la netteté requise, qui sera suffisante dans les huit dixièmes de cas, attendu que le jplus puissant oculaire n'est de service que dans les meilleures circonstance*
■ ') On trouvera plus loin la liste des étoiles doubles par ordre de distances décroissantes.
atmosphériques, et seulement pour les étoiles doubles serrées. Mais si l'urL n'obtenait cette netteté avec aucun oculaire, le mieux serait de renvoyer l'iiistniment à l'opticien et de lui en réclamer un meilleur.
On peut augmenter la netteté d'un objectif défectueux en le diaphragmant, en lui adaptant un couvercle de carton percé d'une ouverture circulaire un peu inférieure à la sienne ; mais alors c'est aux dépens de sa puissance optique, qui est réduite d'autant: un objectif de 16 centimètres réduit à 11 ne vaut plus qu'un objectif de 11.
L'astre observé doit également être dépourvu d'irisation et de couleurs, a moins qu'il ne soit voisin de l'horizon. Sans doute, les meilleurs objectifs ne soni pas encore absolument achromatiques; mais ils sont constitués de deux lentilles différentes, juxtaposées, l'une formée du verre ordinaire de nos glaces (crowuglass) , l'autre composée du cristal dans la fabrication duquel il entre une quantité notable de plomb (flint-glass), qui se neutralisent l'une l'autre et corrigent les couleurs prismatiques produites par le passage de la lumière à travers elles. Si l'image jette des feux rouges ou bleus, tantôt élancés, tantôt onduleux, l'objectif est imparfait. La scintillation des étoiles leur donne une sorte de légère palpitation, mais sans nuire à leur netteté et sans leur adjoindre des rayons de couleurs étrangères à leur propre lumière.
On peut apprécier d'une manière assez simple si l'objectif est bieri affranchi de cette aberration chromatique ou de réfrangibilité. Pointez la lunette vers un objet brillant, tel que la Lune ou Jupiter, et mettez nettement l'astre au foyer. Si en enfonçant l'oculaire en deçà du foyer un anneau pourpre apparaît autour du disque de l'astre, tandis qu'en reculant l'oculaire au delà du foyer un anneau vert apparaît, l'instrument est bon à ce point de vue.
On peut également apprécier s'il est bien affranchi de l'aberration de sphéricité. Pointez-le sur une étoile de troisième grandeur et mettez bien au point. Ensuite, coiffez l'objectif d'un couvercle de carton dans le centre duquel vous aurez découpé une ouverture circulaire d'un diamètre égal à la moitié environ de celui dudit couvercle. Si l'astre est alors resté nettement au foyer, l'instrument est bon à cet égard.
Rappelons en passant, pour ceux de nos lecteurs qui l'auraient oublié, que l'oBjECTiF d'une lunette est la grande lentille de son extrémité supérieure, tournée vers l'étoile, vers V objet à observer, et que I'ogulaire est la petite lentille de son extrémité inférieure, placée près de Yœil de l'observateur. Il n'y a pas d'autres verres dans l'intérieur des lunettes. L'objectif est fixé au sommet du tube . L'oculaire se retire et se change à volonté. Le porte-tuyau dans lequel il est monté se visse ou s'enfonce dans le corps de la lunette, puis un bouton sert à régler la mise au point. On appelle champ de la lunette l'espace de ciel que l'on voit dans l'instrument. Si le grossissement est faible, le champ est vaste ; plus l'oculaire est fort, plus le champ se réduit.
Poiii les commençants, le plus difficile est de faire arriver l'objet désiré dans le champ de l'instrument, puis desavoir mettre au point, pour le bien voir. Voici, à cet égard, les meilleurs conseils dictés par la pratique.
Habituez- vous d'abord à observer Quelque objet assez lointain sur la terre. Touto
lunette destinée à l'étude populaire du ciel compte un oculaire terrestre dans ses accessoires. Cet oculaire est le plus long de tous, et il est construit pour redrosser les images renversées par l'objectif. Commencez par l'adapter à votre lunette, après l'avoir débarrassée soit de l'oculaire astronomique, soit du petit couvercle, qui peuvent fermer l'extrémité inférieure de son tube. Dirigez la lunette vers la maison, l'église, l'horloge, la fenêtre, l'arbre que vous voulez regarder, comme on pointe un fusil à la chasse, et enfoncez l'oculaire terrestre jus(|u'à ce que l'objet visé soit absolument net. C'est là une affaire de tâtonnements assez longue. Si l'objet visé est un peu éloigné, et si la journée a été chaude, ou s'il y a des vapeurs dans l'atmosphère, il ne vous apparaîtra qu'à travers un léger voile aérien, onduleux : ce sont les vagues de l'atmosphère que votre lunette grossit. Mais vous arriverez pourtant à un point où la netteté sera le plus grande possible: c'est ce point-là qu'il faut noter ; c'est, selon l'expression employée, le point qu'il s'agissait d'obtenir. Vous pourrez, pour ne pas avoir la peine de le rechercher à chaque observation nouvelle, tracer un trait au crayon ou à la couleur pour marquer exactement le degré d'enfoncement du tube oculaire dans la lunette. Ce point change sensiblement suivant la distance des objets observés; mais vous aurez là une première approximation correspondante à votre vue. Ce point, ce foyer, diffèrent suivant les vues. Pour les myopes, l'oculaire doit être plus enfoncé que pour les vues moyennes ; pour les presbytes, c'est le contraire. Il faut que chacun mette à son point; autrement on voit mal, confusément, sans netteté.
Ne vous préoccupez pas de votre vue personnelle. On s'imagine en général qu'il est indispensable d'être doué d'une vue longue et perçante pour faire de l'astronomie; c'est une erreur; tous les yeux sont bons pour 1 étude du ciel, même les plus myopes, même les vues les plus basses. Entre les vues longues et les vues courtes, il n'y a du reste qu'une différence de foyer, et par conséquent qu'une différence de mise au point dans l'oculaire. C'est pourquoi il est indispensable que chacun mette à son point. Même les deux yeux ne sont pas égaux, et souvent il y a plus de différence entre les deux yeux d'une même personne qu'entre ceux de deux personnes différentes. Quand nous disons que tous les yeux sont bons, il faut pourtant en excepter ceux dont la rétine est trop faible ou ceux qui sont affectés de daltonisme, qui ne voient pas les couleurs comme tout le monde les voit.
Mais revenons à nos instruments :
Si votre lunette est munie d'un chercheur, c'est-à-dire d'une petite lunette adaptée à l'instrument lui-même, grossissant peu, et douée d'un champ large, c'est le moment de régler ce chercheur. Pendant que vous tenez un objet assez peut, tel que le centre d'un cadran, ou un barreau de fenêtre, ou l'angle d'un loit, ou le coq d'un clocher, au milieu du champ de votre lunette, voyez si ce même objet est bien juste derrière la croisée des deux fils qui traversent en croix le champ de votre chercheur. Tirez d'abord 1" oculaire de ce chercheur, de manière que vous voyiez nettement en même temps ces fils et l'objet observé. Si ledit objet n'est pas juste derrière la croisée des fils, vous l'y amènerez, sans toucher à la lunette (dont il occupe le milieu du champ) par le jeu des deux vis adaptées au chercheur. Le chercheur renverse les images; mais peu "ous importe. Centrez-le ainsi avec le plus de précision possible, car c'est de
cette opération que dépendra votre plus ou moins grande facilité d'amener ensuite une étoile dans le champ de la lunette.
Si l'instrument n'est pas muni d'un chercheur, lorsque vous aurez pris quelque habitude des observations faites à l'oculaire terrestre, continuez par celle de la Lune à l'aide du même oculaire, puis par celle des brillantes planètes Jupiter et Saturne, ou par celle d'une belle étoile. Alors , tandis qu'un cirque lunaire, ou Jupiter, ou Saturne, ou une brillante étoile sera dans le champ de l'instrument, enlevez doucement l'oculaire terrestre et remplacez-le par l'oculaire astronomique. Faites la mise au point de cet oculaire, et marquez-la aussi au crayon. Ne cherchez jamais une petite étoile sans que l'oculaire soit d'avance mis au point.
Tant que vous n'aurez pas une grande habitude des observations, servez-vous de l'oculaire le plus faible. En général, les commençants ont une disposition à se servir des grossissements les plus forts, de même que les petits musiciens qui commencent l'étude du piano font un usage abusif des pédales. Tentation à éviter, temps perdu.
Il est à peu près impossible de trouver quoi que ce soit avec l'oculaire le plus fort si l'objet n'a d'abord été amené dans le champ, soit à l'aide du chercheur bien centré, soit à l'aide de l'oculaire le plus faible.
Le chercheur est beaucoup plus utile qu'on ne le pense en général, même pour les petits instruments. Il évite une énorme perte de temps, des ennuis, de l'ao-acement et de la fatigue. En pointant la lunette sur l'étoile, celle-ci entre naturellement dans le champ du chercheur, et en la mettant sous la croisée des fils, elle arrive d'elle-même dans le champ de la lunette. Au surplus, la description des instruments, donnée ci-après, est rédigée en conséquence.
Les deux premières lunettes de la liste ci-après peuvent au besoin se passer de chercheur, et leur oculaire terrestre peut en tenir lieu; mais, à partir de la troisième, il y a un avantage énorme à ne pas prendre l'instrument sans cet utile supplément.
Il est beaucoup plus difficile qu'on ne pense de viser une étoile avec précision. C'est .pendant la nuit, naturellement, et l'on distingue à peine l'instrument. Il faut cependant le voir, par conséquent l'éclairer, à l'aide d'une bougie ou d'une lampe assez éloignée pour ne pas gêner l'œil dans la recherche de l'étoile. Amenez la lunette dans la direction de l'étoile, sans mettre votre œil à l'oculaire, mais çn plaçant votre œil dans le prolongement de la lunette, de manière à mettre toute sa longueur supérieure en contact avec l'étoile, et en même temps son côté gauche, et en même temps son côté droit. C'est seulement quand vous êtes satisfait de votre visée, lorsque vous jugez qu'une balle partirait juste dans cette direction, qu'il est utile de mettre l'œil à l'oculaire pour constater qu'on a bien visé — oculaire le plus faible, répétons-le encore, ou mieux, chercheur. Lorsque l'étoile est dans le champ, éclipsez toute lumière restez dans l'obscurité absolue, et commencez vos observations.
Une monture en équatorial évite toutes ces difficultés rudimentaires ; mais tout le monde ne peut pas avoir un observatoire chez soi, tandis que tout le monde peut avoir une lunette.
Les premières l'ois que vous observerez un astre, vous serez tout d'abord loi t surpris de ne pas le voir rester tranquille dans le cliainp de l'instrument; mais vous aurez vite l'explication de son mouvement en vous rappelant que toute étoile est emportée de l'est à l'ouest par l'effet du mouvement diurne de la Terre. Si nous ne voyons pas ù, l'œil nu les étoiles se déplacer d'une minute à l'autre, c'est parce que nous ne les visons pas bien. Si vous restiez dix minutes immobile près d'un clocher, d'une tour ou d'un mur coupant la lune en deux ou contigus à une étoile brillante, vous constateriez tout de suite le déplacement. Mais ce qui le rend le plus sensible dans la lunette, c'est le grossissement appliqué à l'instrument : l'astre paraît ainsi marcher dix fois, cinquante fois, cent, deux cents fois plus vile qu'à l'œil nu. Plus l'oculaire est faible, plus le champ est vaste, moins le mouvement est rapide et plus l'observation est facile.
La ligne tracée par ce mouvement diurne de l'astre dans le champ de l'instrument marque exactement la direction est-ouest. Si l'instrument ne renverse pas, le mouvement s'effectue de la gauche vers la droite, comme à l'œil nu (à moins qu'on observe un astre situé entre le pôle et le zénith) ; si l'oculaire renverse, ce mouvement s'effectue de la droite vers la gauche. En observant au méridien, cette ligne du mouvement diurne est horizontale et la ligne qui lui est perpendiculaire marque exactement aussi la verticale nord-sud.
De deux étoiles qui passent ensemble dans le champ de la lunette, celle qui précède, qui marche en avant dans le mouvement diurne, est V occidentale; celle qui suit est V orientale. Il est important de se bien mettre dans l'esprit cette conûguralion, dont on a souvent besoin; exemple : satellites de Jupiter, étoiles doubles, etc.
Au bout d'un certain temps, l'astre observé sort de lui-même du champ de l'instrument. On l'y ramènera sans peine si l'on a bien remarqué le sens de son mouvement et si l'on n'a pas attendu trop longtemps. Si l'on a attendu plusieurs minutes, il faut se servir du chercheur et placer de nouveau l'astre à la croisée des til'î. Si l'astre était sorti du champ même du chercheur, le mieux serait de recommencer le pointé.
Le grossissement des oculaires est en raison inverse de leur longueur et de leur ouverture : le plus fort est le plus petit et celui dont l'ouverture est la plus étroite. Généralement les opticiens prennent le soin de les numéroter et de graver le chiffre des grossissements. Si vos oculaires ne portaient pas ces indications, ou si vous vouliez les vérifier, vous pouvez le faire vous-mêmes. Le moyen le plus simple est de regarder un môme objet à l'œil nu et à la lunette en même temps, un œil regardant directement et l'autre à la lunette, et de comparer. Un mur de briques ou de pierres bien séparées, un toit couvert de tuiles, une échelle placée à distance, conviennent bien pour cette opération ; la condition indispensable est de voii" nettement à l'œil nu le même objet examiné à l'instrument. Ce grossissement s'apprécie toujours simplement en diamètres, et non en surfaces, comme on le fait un peu abusivement pour les microscopes. Si vous comptez trente briques à l'œil nu recouvertes par une seule, vue à la lunette, l'oculaire employé grossit trente fois. Cette méthode, toutefois, ne peut servir que pour les faibles oculaires; pour les forts, on pourra coller un cercle *"'inc d'uE mètre de diamètre sur une planche noire verticale éloignée à une
grande distance, placer à côté de petits cercles blancs également, d'un diamètre de 5, 4, 3, 2, 1 centimètres, et de 8, 7, 6, 5, 4, 3 millimètres, et voir lequel des petits cercles vus dans la lunette recouvre le grand vu à l'œil nu. Enfin, si l'on veut une appréciation plus précise, on demandera aux opticiens un petit appareil anglais très simple, construit par Berthon, ou le dynamètre de Ramsden, accompagnés de leur instruction, et à l'aide desquels on peut mesurer exactement le pouvoir grossissant dont il s'agit.
Il n'est pas moins intéressant de connaître le diamètre du champ de chacun de vos oculaires. La Lune peut avantageusement servir : son diamètre moyeu est de 31' ^. Deux lunes, pour un champ, indiquent donc une largeur de champ de 63' ou de 1° 3'; une demi-lune, au contraire, indique une largeur de champ de 15' à 16'. 11 y a sur la Lune deux points très faciles à prendre comme repères, le sixième jour de la lunaison : c'est le cirque de ^lénélas, au sud de la mer de la Sérénité, et le cirque d'Eudoxe au nord. On remarque là deux arêtes de montagnes qui dépassent nettement le bord éclairé, comme deux pointes, visibles dans une simple jumelle, si on les observe à cette heure critique où le soleil se lève pour elles : elles forment un contraste remarquable avec la pleine nuit delà mer de la Sérénité. La pointe voiôine d'Eudoxe est le Caucase et ceUe voisine de Ménélas appartient aux monts Hémus. La distance entre ces deux pointes est d'environ 6' l", et celle d'Eudoxe à Ménélas de 7', On peut aussi se servir de certains groupes d'étoiles. Dans les Pléiades, la distance d'Alcyone à Electre est de 36' et celle de Mérope à Maïa, de 25'. La distance de 30 Licorne à 2 de l'Hydre est de 26', et à 1 de l'Hydre de 12'. On a encore comme repères faciles :
i Scorpion 40
T Verseau 40'
8 Sagittaire. ... 35'
■/■ Orion 32'
ç Sagittaire .... 29'
y. Sagittaire .... 2'J'
P Sagittaire.. . . 28'
•/.= Ûrion 28'
p Sagittaire 22'
Tt'Orion 15'
u> Scorpion 14'
/i Sagittaire. .. . 14'
i; Gr. Ourse... 11' 48"
(X Scorpion 8'
<j Taureau 7' 10'
a Capricorne ... 6'
t Orion 6'
Y Petit cheval . . 6
X Taureau 5' 40'
c' Cygne 5' 38'
6 Taureau 5' 37'
ç Lion 5' 19'
a Balance 3' 4'J'
Lyre 3' 27'
S Lyre 12'^ • p Capricorne. . . 3' 25*
V Sagittaire ... . 12' ! ç Gr. Chien. .. . 2' 47' T Pégase 12' | 6 Orion 2' 15"
Ou encore on pourra choisir une étoile voisine de l'équateur, telle que S Orion, Y Vierge, ô de l'Aigle, a du Verseau, et la faire traverser centralement le champ de la lunette. On comptera le temps de cette traversée en secondes ; on recommencera plusieurs fois l'opération ; on prendra la moyenne des résultats, et on multipliera cette moyenne par J5. Le chiffre ainsi obtenu sera le diamètre du champ en secondes d'arc ; en le divisant par 60, on l'aura en minutes.
Le pouvoir de l'instrument pour le dédoublement des étoiles peut êixe résumé dans la petite table suivante :
LES INS'JRUMENTS
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