AMAS D'ETOILES DANS LES CHIENS DE CHASSE
lis
nos regards émerveillés le
plus ancien témoignage de
83. — Petit amas d'un millier de soleils dans les Chiens de chasse.
vraiment à
Vexistence de la matière.
D'ailleurs, c'est aux dépens des régions étoilées au sein desquelles elles trônent que ces agglomérations splendides se sont formées. « Les espaces qui les environnent, écrivait déjà William Herscliel il y a près d*un siècle, se montrent souvent dénués d'étoiles; rien ne se présente dans le champ de la vision ; lorsqu'on cheminant ainsi (par le mouvement diurne du ciel, le télescope restant immohile) je venais à rencontrer tout à coup quelques étoiles d'une certaine grandeur, j'étais sûr de l'apparition presque immédiate d'une nébuleuse. » Et le grand observateur avait l'habitude de prévenir ainsi son secrétaire : « Préparezvous à écrire, les nébuleuses vont arriver. »
La région du ciel que nous décrivons en ce moment, celle qui est occupée par les Chiens de Chasse, la Grande Ourse, le Petit Lion, le Lion, la Chevelure de Bérénice, la Vierge, est la plus riche du ciel en nébuleuses. Non loin de la nébuleuse précédente, dans la môme constellation, entre le Cœur de Charles et Arcturus, plutôt plus près de cette dernière étoile que de la première, on en voit une autre, moins belle assurément, mais néanmoins fort intéressante, car c'est là un amas d'étoiles presque globulaire, de 6 à 7 minutes de diamètre, et qui se montre composé d'environ un millier de soleils {fig. 83). Trois étoiles relativement brillantes semblent l'enfermer dans un triangle et ajoutent encore à la beauté du champ. Voilà encore un univers lointain qui s'offre à nos regards à travers les profondeurs do l'immensité.
Fig. 84. — L'amas des Chiens de chasse, vu dans un puissant instrument.
fî6 LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE
Cet amas d'étoiles devient magnifique (fig. 84), vu dans une lunette ^ de quinze ou seize centimètres; deux soleils étincellent au centre, et î plusieurs traînées d'étoiles semblent rayonner au loin, comme si la gravitation les avait disposées en lignes symétriques. Quel poëme que cet univers perdu au fond des cieux! Qu'il est plus éloquent à lui seul que VIliade, l'Odyssée, la Divine Comédie, la Jérusalem délivrée et la Henriaderéume^l l
Notre description générale du ciel va maintenant nous arrêter un ^ instant sur une petite constellation dont Torigine est fort poétique et dont l'extrait de naissance est le seul qui nous ait été conservé parmi les constellations anciennes : la Chevelure de Bérénice.
On voit à l'œil nu un amas d'étoiles tremblant dans l'azur, situé au sud du Cœur de Charles, entre Arcturus et le Lion. Cet amas d'étoiles n'avait pas encore reçu de nom, lorsque, vers l'an 245 avant notre ère, arriva l'épisode chanté par Catulle. Bérénice, fille du roi Ptolémée Pliiladelphe, venait d'épouser son propre frère, Ptolémée Évergète, lorsqu'il fut obligé d'aller combattre Séleucus II, roi de Syrie. Inconsolable, elle jura à Vénus de faire le sacrifice de son opulente chevelure si son bien- aimé revenait victorieux, et, le jour même du retour du roi, elle porta au temple cette fameuse chevelure : mais, pendant la nuit suivante, elle fut volée, sans doute par un prêtre. Désespoir de Bérénice! Fureur de Ptolémée! On dit que l'astronome Conon, dont la science était très révérée, est le seul qui soit parvenu à calmer le ressentiment des jeunes époux en leur montrant cet amas d'étoiles et en leur affirmant qu'il venait d'apparaître, et qu'il n'était autre chose que la chevelure elle-même emportée pa/ Vénus dans la voûte étoilée. Une reine, une jeune reine surtout, convaincue d'être d'une autre race que le commun des mortels, est assurément dans les conditions d'esprit convenables pour croire à cette métamorphose : je n'en veux pour preuve que l'étonnement de cette princesse de la Cour de Louis XIV qui, venant de compter cinq doigts sur la main de sa femme de chambre, avait peine à en croire ses yeux, ayant été 1 convaincue jusque-là que les princesses étaient faites autrement que les autres femmes. Conon dessina une chevelure sur le globe céleste de l'observatoire d'Alexandrie, et cet astérisme est resté désormais au nombre des constellations. Callimaque en fit un poëme, que plus tard Catulle traduisit en élégie. Cette élégie, toutefois, n'a rien de particulièrement astronomique, comme on peut en juger par cet exorde : « O Vénus ! les jeunes mariées prétendent que tes plaisirs leur sont désagréables ! Mais comme elles sont feintes ces larmes versées avant
LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE m
d'entrer au lit nuptial, et qui troublent la joie de leurs parents ! J'en atteste les dieux, ce n'est là qu'une feinte : écoutez les soupirs de Bérénice désirant le retour rapide de son époux arraché de ses bras pour aller affronter des combats plus meurtriers. »
C'est dans le catalogue de Tycho Brahé (1590) que la constellation de la Chevelure de Bérénice apparaît pour la première fois comme constellation séparée et portant son nom tout entier; jusqu'alors on trouve ses étoiles décrites à la fin de la description du Lion, et comme un appendice à cet astérisme, sous le nom de Cheveux ou de Cheve- ' lure. C'est sans doute la raison pour laquelle plusieurs astronomes ont attribué à Tycho la création de cette figure. Autrefois, on en faisait aussi une gerbe d'épis, qui se trouve, du reste, au pied du Bouvier tenant une faucille : en 1603, Bayer l'a encore ainsi représentée, d'après d'anciens manuscrits. {Voy. plus loin, fig. 88.)
Ptolémée désigne néanmoins trois étoiles de cet astérisme sous le nom de 7r).oxai^.oç (chevelure), et au dixième siècle de notre ère, Sùfi les nomme al-dhafira (la natte de cheveux). Voici du reste les composantes de ce petit groupe :