ÉTOILES PRINCIPALES DES CHIENS DE CHASSE
12 ot 2 2| 2.3 3 3.2 2,9
P. XII, 2y 5 0 5.6 5 5 5,6
La première de ces étoiles est marquée de troisième grandeur dans Ptolémée, dans Sùfi et dans Ulugh-Beigh, de deuxième dans Tycho Brahé comme dans Hévélius. Cette différence s'explique par l'éclat même de l'étoile : c'est une brillante de la troisième grandeur. L'étoile 21 a diminué d'éclat; la 20' a, au contraire, augmenté; il en est de même de la 19% notée de 7' grandeur par Flamsteed et Piazzi, de 5" par Heis, et actuellement de 6'; la 24" subit certaines fluctuations : le rapport n'est plus aujourd'hui le même qu'il était il y a deux siècles, dans la classification d'Hévélius.
Cette petite constellation ne nous retiendrait pas davantage ici si elle ne renfermait dans son écrin le plus merveilleux bijou du ciel télescopique, la fameuse nébuleuse en spirale, dont la forme a été révélée par le télescope de lord Rosse. Cet univers lointain a été découvert en 1772 par Messier, dans la lunette duquel on distinguait
• (•) Comme les étoiles de ces deux constellations sont désignées par les numéros des Catalogues de Flamsteed et de Piazzi, profitons de la circonstance pour remarquer une fois pour toutes que ces numéros se suivent toujours par ordre d'ascension droite, de l'ouest à l'est, c'est-à-dire de droite à gauche, dans le sens du mouvement diurne. Les principaux sont ceux de Flamsteed. Mais quand une étoile n'a pas été observée par cet astronome, il est convenable de la désigner sous le numéro qu'elle porte dans le meilleur catalogue qui a suivi le précédent, dans celui de Piazzi ; seulement, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, nous avons inscrit sur nos dessins les numéros de Piazzi entre parenthèses. ...
Fig. 79- - ^ Bouvier, la Couroane
boréale, les Chiens de Chasse,
la Chevelure de Bérénice, — SUPPLÉMENT, 16
deux espèces de foyers de condensation, éloignés l'un de l'autre de VSS", enveloppés chacun d'une vague atmosphère. Les deux atmosphères lui paraissaient se toucher. Remarque assez curieuse : dans tous les dessins de nébuleuses, on s'aperçoit que Tesprit de l'observateur ajoute à ce qui est visible des détails qu'il ne voit pas et qui, à son insu, lui paraissent nécessaires pour compléter son dessin. On n'imaginerait pas, si on ne les avait sous les yeux, les transformations singulières que cette nébuleuse a subies, à mesure que s'est accrue la puissance des instruments dirigés vers elle! Une lunette de moyenne puissance montre dans la nébulosité qui environne le noyau principal
Fig. 80. — La nébuleuse des Chien»; de chasse Fig. 81 — La nébnipme des Chiens de chasse
vue dans une lunette moyenne. vue dans une bonne lunette.
une zone semi-circulaire de condensation, qui semble se détacher comme une fumée légère entre les deux noyaux, sans entourer entièrement le noyau principal ; c'est ainsi que les astronomes la dessinaient vers 1830 (/tfif. 80). Lorsque, ensuite, Sir John Herschel dirigea verselle le grand télescope de 45 centimètres qu'il avait fait installer au cap de Bonne-Espérance pour la révision générale du ciel étoile, il vit que le noyau principal était entièrement entouré d'un anneau complet, qui se dédoublait lui-même sur près de la moitié de son contour, comme on le voit sur notre fig. 81. Cette structure rappelait si bien celle de notre Voie lactée, qui nous entoure de toutes parts, que l'on s'accorda à voir en elle une image de notre univers, et qu'on la présenta généralement sous ce type dans les traités d'astronomie. En
LA MERVi:iLLE DES NÉBULEUSES
tiZ
effet, si nous nous supposions habiter vers les régions centrales de cet univers lointain, nous verrions véritablement une voie lactée faire le tour de notre ciel et reproduire là-bas les aspects sidéraux que nous contemplons à bord de notre île flottante. Eh bien ! ce n'était pas encore là la vérité. Un soir de printemps de l'année 1845, comme il ve-
Fig. 82. — La nébuleuse des Chiens de chasse vue dans le grand télescope de lord Russe.
îiait de mettre la dernière main au miroir de son immense télescope {de l'",83) et l'essayait sur les plus belles nébuleuses du ciel, lord Rosse s'arrêta tout à coup, stupéfait par le tableau qui venait <i'apparaitre ! Ni les brillantes soirées de la cour de Londres, ni les diamants étincelants sur les blanches épaules des divinités du bal de la jeune reine Victoria, n'auraient excité en lui la même admiratioQ. Cette étrange nébuleuse apparaissait dans le champ du télescope sou3
la forme d'une succession de spirales constellées, s'enveloppant les unes les autres en suivant les courbes harmonieuses de la figure elliptique, et s'étendant jusqu'au noyau secondaire, qui par là se montrait appartenir définitivement au même système. Un prodigieux tourbillon de soleils se révélait dans cette splendeur. L'esprit s'envolant jusqu'en ces profondeurs étoilées traversait un nouvel univers, oubliait le nôtre, et marchait sur de la poussière d'astres. Chacun de ces grains de poussière est un soleil. Ils paraissent se toucher, mais ils sont séparés les uns des autres par des millions et des milliards de lieues. La main des siècles a contourné ces myriades de soleils en spires consécutives. Tout cela se meut, tout cela vibre, tout cela gravite, et la forme générale du système semble indiquer qu'il se meut lui-même tout d'une pièce à travers l'espace en laissant de légères traînées en arrière de sa marche. Lorsqu'on songe que chacun de ces soleils peut être le centre d'un système planétaire, l'imagination reste absolument confondue devant un spectacle aussi grandiose : elle ne peut plus que se taire et admirer. C'est alors que viennent à la pensée les dernières paroles de Laplace étendu sur son lit de mort : « Ce que nous savons est peu de chose : ce que nous ne savons pas est immense. » Ces traînées de soleils tombant vers un centre commun nous donnent le témoignage de la plus immense période de durée que le ciel ait jamais révélée à l'intelligence humaine. Déjà, en voyant des étoiles toutes formées, on conçoit, devant le calme des régions célestes, quel nombre formidable de siècles ont dû s'entasser pour arriver à condenser, à individualiser en soleils distincts la matière cosmique primitive. Mais, quand on voit une telle réunion de soleils, une voie lactée tout entière, qui s'est mise en mouvement, a pivoté sur son centre de gravité de manière à former par le rapprochement de ses soleils des spirales d'étoiles allant en tournant vers un foyer de réunion future, on est efî'rayé de l'incommensurabilité du temps qui a été employé à contourner ces spires prodigieuses ; le mouvement séculaire de chaque étoile étant si minime, si imperceptible, qu'on les appelle toujours des étoiles fixes, même pour les étoiles les plus proches de nous, combien ne doit-il pas être plus imperceptible encore pour des astres éloignés à de pareilles distances l Combien de milliers, combien de millions de siècles n'a-t-il pas fallu pour déterminer l'arrangement lent d'un tel univers ! On peut dire que si les jauges d'Herschel nous ont fait pénétrer dans les profondeurs lointaines de l'espace, les découvertes de lord Rosse sur les nébuleuses en spirale nous ont fait pénétrer dans les profondeurs du temps, et que ces nébuleuses offrent