UN INCENDIE DANS LE CIEL
— plus tôt, si l'étoile est plus éloignée, plus tard si elle est plus proche;
— les distances de ce petit tableau ne sont que des distances moyennes et générales, et ne s'appliquant à aucune étoile en particulier, 1 éclat de chaque étoile ne dépendant pas seulement de sa distance, mais encore et surtout de sa lumière intrinsèque et de son volume. Ainsi, si cette étoile était nouvelle, elle n'aurait pas été formée toutefois en 1866, mais serait déjà âgée de plusieurs siècles.
Mais elle n'est pas nouvelle. Elle existait déjà dans les catalogues, inscrite comme étoile de 9" grandeur \/'2; c'est le n" 2765 de la zone •+■ 26" du grand Catalogue d'Argelander.
C'est donc là un lointain soleil, probablement arrivé à ses derniers jours, et qui aura subi une recrudescence d'éclat passagère, comme la lampe qui se ranime au moment de s'éteindre. L'examen spectroscopique, fait dès le 16 mai, a d'abord montré une espèce de brouillard, une atmosphère de vapeurs, enveloppant l'étoile, mais cette nébulosité se dissipa à mesure que l'éclat allait en s'affaiblissant. Le spectre s'est montré double, coniposé d'un réseau à raies noires et d'un second à raies lumineuses superposé au premier, ce qui démontra que la lumière de l'étoile provenait de deux sources différentes, l'une venant d'une photosphère liquide ou solide et passant à travers des vapeurs absorbantes (comme il arrive dans notre soleil], l'autre venant d'un gaz incandescent élevé à une température excessive, lequel gaz est principalement composé d'hydrogène. — Le huitième spectre de notre planche générale des spectres représente cette curieuse constitution (les raies claires ne sont pas assez lumineuses) . — Ainsi la chimie céleste a montré là tous les caractères d'un véritable incendie, qui a duré tant qu'il a pu être alimenté par l'hydrogène, lequel sans doute venait de faire explosion des entrailles de ce foyer solaire. Nous pouvons dire littéralement que nous avons vu là un monde en feu. L'incendie a d'abord été formidable, mais il n'a pas duré plus d'un mois.
Telle est l'histoire de cette étoile remarquable, que nos lecteurs pourront trouver dans le ciel à l'aide d'une lunette, en se servant de notre fig. 91, sur laquelle sa position exacte est indiquée. Elle forme un angle droit avec tî et e et se trouve sur la ligne menée de e à tt du Serpent, à peu près à un tiers de la distance.' Son éclat ne varie pas sensiblement en ce moment ; elle est toujours de 9* grandeur et demie. Celui qui s'attacherait à la suivre avec persévérance découvrirait sans doute en elle de curieuses fluctuations de lumière : elle est un peu jaune.
Cette étoile de la Couronne est, comme toutes les autres, un soleil analogue à celui qui nous fait vivre, et le sort qui vient de lui arriver