VARIATIONS D'ECLAT D'UN SOLEIL
pourrait également arriver à notre propre soleil. Soit par la chute d\m essaim d'aérolithes, soit par une éruption formidable de gaz intérieurs, soit par une combinaison chimique activant la combustion de la photosphère, notre soleil pourrait aussi, du jour au lendemain, brûler d'une ardeur dix fois supérieure à celle dont il inonde le Sahara pendant les chaleurs torrides de juillet. Alors l'herbe sécherait dans les prairies, les épis tomberaient fauchés par la sécheresse, les ruisseaux s'arrêteraient dans leur cours, les oiseaux ne chanteraient plus dans les bois déserts, les poitrines oppressées ne respireraient plus qu'un air embrasé, et une insolation universelle frapperait tous les cerveaux. Mourante de soif, accablée par la chaleur, aveuglée par la
Fig. 98. — L'éloile double î Couronne.
Fig. 99. — L'étoile double o Couronne.
lumière, l'humanité fuirait le jour pour s'enfoncer dans les fraîches ténèbres des caves et des souterrains, jusqu'au jour où, les animaux qui la nourrissent venant à lui manquer, les retraites qu'elle aurait choisies elle-même pour son salut deviendraient son tombeau. La catastrophe pourrait ne pas être universelle, si l'incendie solaire ne durait que quelques semaines, et peut-être certains couples humains épargnés par le ciel seraient-ils appelés à perpétuer, nouveaux Adams, nouvelles Eves, la race détruite pa/ le feu céleste, exception suprême sans laquelle la planète demeurerait privée d'esprits jusqu'au jour où le progrès transformateur aurait humanisé une nouvelle race animale. Qui sait si un tel destin n'est pas réservé à notre patrie pour un avenir non lointain?... Nous ne faisons pas exception sur la grande scène de l'univers.
Peut-être plusieurs terres célestes gravitent-elles autour de ce
ETOILES DOUBLES DANS LA COURONNE
lointain soleil de la Couronne; peut-être leurs humanités ont-elles été en partie détruites par cet incendie; peut-être des révolutions incomparablement plus violentes que toutes celles de la politique ontelles agité ces pauvres êtres désespérés, pour un phénomène physique qui n'a été pour nous qu'un spectacle de simple curiosité.... Ainsi, si un souffle délétère empoisonnait demain l'atmosphère terrestre et couchait toute notre humanité dans la tombe, les titres de rentes de la bourse des grandes capitales de Mars et de Vénus ne baisseraient pas d'un centime.
La constellation de la Couronne boréale ne renferme pas beaucoup d'étoiles doubles ; il n'y en a guère que deux que l'on puisse recommander pour les instruments de moyenne puissance :
^ : grandeurs des composantes : 4 1 et 6*; blanche et verte ; distance =6",4; couple probablement orbital, mais mouvement trèslent(/ig.98).
L'étoile «7, qui était autrefois, vers 1830, un couple serré à 1" et accessible seulement aux grands instruments, a vu depuis ses deux étoiles s'écarter lentement l'une de l'autre, et aujourd'hui elles sont séparées par 3",5 {fig. 99). Grandeur des composantes : 6* et T. Couple orbital assez rapide. L'angle, qui était à 347° en 1781, avait passé par le nord et s'était avancé à 11° en 1802, à 90 en — ^^^''
1827, à 135 en 1836, à 150 en 1841. Il a continué de progresser, car la petite étoile était juste au sud de la grande, à 1 80° en 1855, et elle est actuellement (1880) avancée à 202°. Le mouvement va en se ralentissant.
Notre fig. 100 montre ce que nous en avons observé. On avait d'abord estimé la période de révolution à 195 ans, puis on l'a portée à 420, et maintenant nous la faisons de 846 ans; si le mouvement continue à se ralentir, on trouvera dans l'avenir qu'elle est encore plus longue. La base d'observations est encore insuffisante pour une affirmation sûre, quoiqu'en prétendent certains mathématiciens — qui poussent avec ingénuité leurs calculs jusqu'aux dixièmes, aux centièmes et même aux millièmes sur des nombres dont les unités sont incertaines !