LE DAUPHIN
<lire chasseur, en latin venator. Ces deux étoiles portent donc tout simplement les noms de Nicolas Cacciatore, latinisés et retournés !
On peut, du reste, remarquer que l'arabe ressemble un peu de loin à une langue écrite à l'envers. Ecrivez une phrase quelconque en commençant par la fin, et vous ne tarderez pas à trouver dans plusieurs mots retournés de véritables expressions arabes.
Cette plaisanterie rappelle celle qui fut faite au commencement de ce siècle, à un archéologue très instruit, par un étudiant qui prétendait avoir trouvé sur la colline de Montmartre une vieille pierre taillée portant cette inscription :
On dit que plusieurs membres de l'Académie des Inscriptions y ont
Fig. 124. — L'étoile double f du Dauphin. Fig. 125. — Etoile triple délicate entre p et j; du Dauphin.
été pris. Le fait est que, plus on cherche, et moins on trouve. 11 n'y a qu'à lire cette phrase couramment : « C'est ici le chemin des ânes. » Mais revenons au Dauphin. L'étoile y est une magnifique étoile double, de 4' et 6' grandeurs, à 1 1" d'écartement, orange et verte. La petite étoile varie de couleur, de l'orange au jaune, au vert et au bleu ; le plus souvent, elle est vert émeraude. Couple élégant, qui n'a tourné que de 9 degrés depuis cent vingt-cinq ans qu'on l'oliserve. Observation intéressante à faire pour les dames pendant les belles soirées de juillet, août, septembre et octobre : leurs yeux sont accoutumés à juger des moindres nuances; cependant, je crois pouvoir leur
prédire qu'elles différeront toutes de jugement sur les couleurs des composantes de cette étoile double.
L'étoile p est quadruple, mais son observation est réservée aux grands instruments. Il y a deux compagnons, de 10' et 13* grandeurs, à 35" et à 28", et l'étoile principale est double elle-même, excessivement serrée (0"4) et en mouvement très rapide.
x, 4,8 et 11, à 10", est un peu moins difficile.
Pointer une lunette sur 9 : très beau champ d'étoiles.
En définitive, il n'y a dans cette petite constellation qu'une belle étoile double, y, mais en revanche elle est fort jolie, et l'on peut l'admirer avec le plus faible instrument, par exemple avec nos lunettes n" 1 et n" 2 munies de leur simple oculaire terrestre. Si nous n'avions pour principe constant de ne signaler ici que les observations les plus faciles à faire, nous pourrions indiquer un autre groupe, très fin et très délicat, une ravissante étoile triple, qui n'est, du reste, pas difficile à trouver, car elle brille d'une tranquille clarté entre |3 et C du Dauphin, et si l'on dirige une lunette sur ces deux étoiles (qui peuvent entrer toutes les deux dans le champ dont nous venons de parler), on ne peut pas s'empêcher de la voir. Mais ses composantes ne sont que de septième à huitième grandeur, fines comme des piqûres d'aiguille, et il faut mettre l'instrument bien au point pour qu'elles se détachent nettement sur le fond noir du ciel. Distances : AB = 26"; BC = 57"; AC = 69". — Nous donnerons plus loin les indications utiles pour tirer le meilleur parti possible des instruments que l'on peut avoir à sa disposition. — Notre fig. 125 représente ce champ de l'oculaire terrestre (image droite) des lunettes de 50 et 75 millimètres, avec les deux brillantes étoiles dans le champ, d'après l'observation que je viens d'en faire ce soir même (6 juillet 1880), en écrivant ces lignes, le télescope d'une main et la plume de l'autre.
Les constellations que nous venons d'étudier nous amènent maintenant en pleine Voie lactée, et nous arrivons ici à la description de l'une des régions du ciel les plus splendides.