‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 86 sur 411 · LA VOIE LACTÉE · texte numérisé non relu

LA VOIE LACTÉE

zone laiteuse une grande croix formée d'étoiles assez brillantes. Cette belle constellation passe le soir au zénith de Paris en août et septembre, et on peut encore l'admirer en octobre et novembre lorsqu'elle descend avec lenteur vers l'horizon occidental. La tête de cette grande croix est formée, à l'est, par une belle étoile de deuxième grandeur (presque de première), a. La croisée de la Croix est marquée par une étoile de deuxième ordre également, mais moins brillante, y; les deux côtés sont indiqués par ^ et e, de troisième grandeur, et le pied est marqué au loin, vers l'ouest, par ^, charmante étoile, de troisième grandeur aussi, mais particulièrement belle dans une lunette, car c'est Tune des

Fig. 128. — Distribution des nébuleuse»

étoiles doubles les plus ravissantes et les plus faciles à observer. En certaines heures calmes et profondes de la nuit, oii la Voie lactée devient lumineuse comme une mer phosphorescente, cet arrangement peut rappeler vaguement l'aspect d'un cygne étendu, surtout à cause de la blancheur qui s'y manifeste, et l'on peut concevoir que l'idée en soit venue aux anciens contemplateurs de la voûte céleste, qui cherchaient avec tant de persistance des emblèmes de la vie, des rapports et des aspects.

Mais ce qui frappe au premier coup d'œil jeté sur le ciel dans cette région, c'est la forme de cette vaste croix, manifeste et indépendante du ton lumineux ajouté par la Voie lactée. Aussi n'y a-t-il rien de surprenant à ce que le novateur Schiller, dans sa tentative de christianiser le ciel mythologique, essayée en 1G27, ait substitué à l'ancien

astérisme des païens une croix portée par sainte Hélène, la mère de Constantin, à laquelle la tradition attribuait, comme on sait, la découverte de la vraie croix sur laquelle Jésus avait rendu le dernier soupir, et qui était égarée depuis trois cents ans.

Les anciens avaient identifié le c^'gne céleste avec l'oiseau dont le perfide Jupiter avait emprunté la forme pour séduire l'innocente Léda.

Fig. 129. — La Croix du Cygne dans la Voie laclée.

Cependant ils ne sont pas tous d'accord sur cq point délicat. Hipparque et Ptolémée la nomment simplement Ornithos, l'oiseau. IManéthon l'appelait, plus vulgairement, la Poule. Eràtosthènes lui maintient son titre de Cygne. Les Arabes du x* siècle en avaient fait un pigeon, et aussi une poule. Ce dernier nom lui est resté pendant tout le Moyen Age. Mais, à dater de la Pvenaissance, le Cygne a repris le dessus. a du Cygne porte aussi le nom de Deneb, abrégé de l'arabe dhenebed-dajàjeh (la queue de la poule), p se nomme aussi Albireo, mot qui n'a rien d'arabe, et doit être une dérivation de ab ireo, originaire d'une traduction latine de V Almageste où l'on a écrit euris pour

omis, d'où le latin irio, puis ireo, ce qui n'a plus de sens du tout.

On n'a pu découvrir aucune parallaxe ni aucun mouvement propre à Deneb, ce qui indique une distance inconcevable et un volume gio-antesque.Lesétudesspcctroscopiquesmontrentqu'elles'approchedenous do jour en jour. Mais il faudrait des millions d'années pour qu'elle arrivât à nous éclairer comme un second soleil descendu des cieux.

Le tableau de la page suivante et la figure qui l'accompagne ren-

t'ig. loù. — Lia Croix et Sainte Hélène, constellation chrétienne du xvii* siècic.

ferment toutes les étoiles de cette belle constellation, qui sont visibles à l'œil nu pour une vue moyenne. On remarquera, par la comparaison de-^. observations faites depuis deux mille ans, que plusieurs de ces lointains soleils ont certainement varié d'éclat.

Et d'abord, il est manifeste que l'idée ne saurait venir à personne aujourd'hui de donner la seconde lûttre à p, dont l'éclat est inférieur à 7, cî et £. Cependant il est probable que ce n'est pas elle qui a varié, mais que les trois autres ont augmenté d'éclat.

L'étoile r, , qui était une brillante de la quatrième grandeur du temps d'Hipparque, a été notée de cinquième aux x* et xv' siècles,

lA CONSTELLATION DU CYGNE

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CYGNE DEUX MILLE ANS d'CBSERVATION

Etoiles

a (Deneb.)

P {Albireo.,

var.

var.

var.

var.

var.

var.

est remontée à la quatrième aux xvi" et xvii% puis est tombée au-dessous de la sixième au xviii' siècle, pour revenir à la quatrième et demie, son état actuel.

L'étoile t, de quatrième grandeur, a été vue de sixième par Flamsteed et de cinquième par Piazzi.

L'étoile \, autrefois une brillante de la quatrième, est aujourd'hui une faible de la cinquième.

Fig. 131. — Etoiles du Cygne et du Petit Renard.

L'étoile II, invisible ou peu brillante pendant l'antiquité et le moyen âge, a brillé de l'éclat de la troisième grandeur au temps de Tycho-Brahé et d'Hévélius, pour retomber à la cinquième grandeur et se relever légèrement pendant notre siècle.

L'étoile (p, notée de sixième grandeur par Sûfi et par Ulugh-Beigh, a été vue de quatrième par Piazzi.

L'étoile 39 a été observée de quatrième grandeur par Hévélius et

in ÉTOILES VARIABLES DANS LE CYGNE

de sixième par Flamsteed. Il en est de même de l'étoile 47 et de l'étoile 52.

Ce .^ont là autant de témoignages des variations séculaires qui s'accomplissent dans la constitution physique et chimique des soleils allumés au sein de l'immensité. Cette constellation est, du reste, l'une des plus remarquables du ciel par ses étoiles variables.

Et d'abord, la fameuse étoile x, située dans le col, entre |3 et y, à peu près au tiers de la distance à partir de |3, qui varie de la, quatrième grandeur et demie à la treizième dans la période de 406 jours environ, mais avec certaines irrégularités. Cette étonnante variabilité a été remarquée dès Fan 1G87 par G. Kirch, et la période a été déterminée par Maraldi. Quelle transformation extraordinaire ! C'est, à coup sûr.

Fig. 132. — Variation périodique d'éclat de l'étoile / du Cygne.

l'une des variables qui manifeste le plus grand contraste entre son maximum et son minimum. Voilà un soleil qui envoie 4600 fois plus de lumière et de chaleur à la première époque qu'à la seconde ! Que deviendrions-nous si notre soleil subissait de pareilles métamorphoses tous les treize mois environ? Quel été et quel hiver d'un nouveau genre !

Le dernier maximum est arrivé le 10 juin 1880.

Non loin de là se trouve une autre étoile non moins curieuse. C'est 34 P, visible un peu plus loin, à la naissance du cou du Cygne, au sud dey. Elle a été vue pour la .première, fois le 18 août de l'an 1600 par un constructeur de globes célestes,' Blaeu, élève de Tyclio-Brahé, et notée de troisième grandeur, .à. son grand étonnement, puisque les astronomes n'avaient jamais remarqué là aucune étoile. Il a lui-même inscrit sa découverte sur sou globe, construit en 1622 (dont on peut voir un exemplaire au Conservatoire des Arts et ^létiers, à Paris). Dès cette époque, elle était déjà tombée à la cinquième grandeur

Fig. 133. — Le Cyg^e. — La Voie lactée. — Le Petit Renard. — La Lyre. — Hercale.

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