HISTOIRE DE LA 61» DU CYGNK Î
l'universalité de la gravitation, tandis qu'au contraire ce couple se trouve être celui qui plaide le moins éloqucmment en faveur de cette universalité. Assurément, ce fait ne peut pas nous empêcher d'admettre une vérité si bien démontrée d'ailleurs, et il faut, au contraire, que nous cherchions à le mettre d'accord avec elle. On peut faire là-dessus plusieurs suppositions Ou bien l'orbite est si vaste, si longue et si fortement inclinée )^
sur notre rayon visuel, que l'arc parcouru depuis 127 ans peut se confondre avec une ligne droite (la position de 1753, du ^^,o
reste, n'est pas d'une précision absolue, et il pourrait se faire \
que l'étoile fût plus rapprochée -b""
et que l'arc fut déjà indiqué); ^'î'"'' '\ c'est là l'hypothèse la plus sim- \
pie et la plus conforme aux lois \,
de la gravitation. Mais, dans *
ce cas, l'étendue de l'orbite surpasserait considérablement celle de toutes les orbites d'étoiles doubles calculées jus- ^■^^
/Tii';^; On l^îor. il tr CI nriû fr»/-»! Fig. 141. — Mouvement do la scconcle étoile de la 61» qUlU. yjU. JJieu U y a une UUl- du Cygne, reiativement a létoilo principale.
sième étoile, obscure, fixe par
rapport à l'étoile n° 1, et autour de laquelle l'étoile n" 2 tourne dans le plan de notre rayon visuel : un jour, elle s'arrêtera sur sa ligne droite et rebroussera chemin; mais on ne conçoit pas pourquoi un astre lumineux tournerait autour d'un astre obscur, car dans un système multiple, ce sont les astres les plus petits qui doivent s'obscurcir le plus vite. Ou bien encore ces deux étoiles du Cygne sont lancées dans l'espace et gravitent ensemble autour d'un centre d'attraction qui les domine toutes deux, comme deux petites planètes qui graviteraient autour du Soleil sans tourner pour cela l'une autour de l'autre; en tenant compte de leur déplacement relatif, on trouve que 61' va un peu piua vite et un peu plus au nord que 61*. Toutes ces hypothèses sont admissibles; mais on ne peut rien conclure en ce moment. Il nous faut attendre... plusieurs siècles peut-être. Ce couple, du reste, n'est pas le seul dans ce cas. J'en ai trouvé plus d'une vingtaine chez lesquels ic mouvement relatif s'opère également en ligne droite, et il y en a des centaines où il n'y a pas de mouvement du tout, quoiqu'ils forment des
systèmes physiques lancés avec une grande vitesse à travers l'immensité.
En voilà beaucoup sur une seule étoile! Mais, comme on vient de le voir, elle est plus intéressante à elle seule que beaucoup d'autres réunies, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elle nous occupe avec prédilection. Les étoiles du ciel sont un peu comme les étoiles de la terre.
Ce ne serait pourtant pas une excuse pour parler d'elle indéfiniment. N'imitons pas le sexe auquel faisait allusion ce prédicateur, qui, pérorant depuis une grande heure sur Tévangile de la Samaritaine, s'arrêta pour reprendre haleine et fit cette remarque opportune : « Ne soyez pas surpris, mes frères, si cet évangile est si long : c'est une femme qui parle ('). »
Avant de quitter cette constellation, dirigez encore une lunette vers î'étoile 0. Champ curieux. La variable R, que nous avons signalée plus haut, s'y trouve, avec une autre petite étoih de dixième grandeur. A 1 degré à l'est-nord-est, vous remarquerez une belle double de sixième et sixième et demie grandeur , à 37" d'écartement. Fixe depuis l'an 1755 que nous l'épions. Struve a estimé les deux composantes de cinquième grandeur ; mais elles ne sont que de sixième, à la limite de la visibilité. C'est l'étoile 16 c Cygne.
L'étoile <? est une double assez singulière : la petite étoile, de huitième grandeur en moyenne, varie d'éclat et de couleur ; mais elle n'est qu'à 1"6 de la brillante; et il faut une excellente lunette pour la distinguer dans l'auréole dont toute brillante étoile reste plus ou moins enveloppée.
L'étoile 52, de cinquième grandeur (elle varie de 4 à 6), est une jolie double, orange et bleue; 7" d'écartement. Fixe depuis cent ans qu'on l'observe.
^ : cinquième et demie et huitième, à 3", 5.
Dans cette même région du ciel, remarquons maintenant, en complétant ce chapitre, une petite constellation moderne, qui n'a pas
{*) Il est vrai que si îes femmes parlent tant (Dieu, dans sa divine Providence, dit A. Dumas, n'a pas donné de barbe aux femmes, parce qu'elles n'auraient pu se taire pendant qu'on les eût rasées), il est vrai, dis-je, que si les femmes parlent tant, c'est parce qu'elles sont fort curieuses, et ce n'est pas là un grand défaut. Cependant elles le portent parfois un peu loin.Dernièrement,au Palaisde Justice, une affaire un peu scabreuse avait »Uiré un grand nombre de femmes fort élégantes : « Mesdames, dit le président, vous ignorez sans doute la vraie nature du procès : il est si scandaleux qu'une honnête femme ne saurait en entendre les détails. Je vous préviens afin que les honnêtes femmes puissent se retirer. » L'huissier ouvre la porte; mais personne ne bouge I Alors le président se lève de nouveau : « Huissier, maintenant que toute* les femmes honnêtes se sont retirées, faites sortir les autres. »
LA CONSTELLATION DU PLlir UE.NAKD «jo?
grande importance, mais que nous ne pouvons cependant oublier : le Petit Renard, imaginée en 1660 par Hévélius pour combler le vide qui séparait le Cygne de la Flèche. L'astronome de Dantzig a dessiné là un renard qui vient de voler une oie et qui s'enfuit. Pourquoi cet mimai plutôt qu'un autre? « Parce que le renard est astucieux, vorace Dt féroce, comme l'Aigle et le Vautour (la Lyre), qui sont à côté, et pour rester dans 'le ton des fables et de l'astrologie. » En 1672, il aperçut là une nouvelle étoile, « qui dura deux ans, écrit l'amiral Smyth dans son excellent ouvrage Celestial Cycle, et depuis n'a jamais été identifiée». C'est une erreur : cette étoile n'est autre que l'étoile de 1670, dont nous avons parlé plus haut et dont nous avons donné la position.
Cette petite constellation n'a qu'une étoile assez brillante, de quatrième grandeur; c'est celle que l'on voit au sud de j3 du Cygne et qui porte le n° 6. Du reste, voici toutes les étoiles de cet astérisme jusqu'à la sixième grandeur exclusivement. Elles sont inscrites par ordre d'ascension droite, c'est-à-dire de l'ouest à l'est, ou de la droite vers la gauche, comme les numéros des catalogues {voy. encore la, fig. 131).