‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 14 sur 73 · L'APPRENTI SORCIER · texte numérisé non relu

L'APPRENTI SORCIER

Enfin la maison il quitte Le malin, le vieux sorcier!

Evoquons les esprits vite !

Car nous sommes du métier.

J'ai vu la finesse, Faisons donc ici, Le jour qu'il nous laisse, Un prodige aussi.

Kourils prestes, Mes bidets, Farfadets, Lutins lestes,

ÔO RHYTHMES CONNUS.

Apportez, à baquet plein,

L'eau qu'il faut pour faire un bain.

Allons, vieux balai, bon drille, Depuis si longtemps valet, Revêts-moi cette guenille, Car l'uniforme me plaît.

Sur deux pieds en course, Avec cruche au bras, Va vite à la source Puis tu reviendras.

Servant preste, Mon bidet, Farfadet, Esprit leste, Qu'on m'apporte à baquet plein, L'eau qu'il faut pour faire un bain.

Comme il court à la fontaine !

Le revoici, cruche en main;

Il repart sans perdre haleine,

Il rapporte le seau plein.

La course est si prompte, Si prompts les retours,

l'apprenti sorcier. 6i

Que l'eau monte, monte, Monte au bain toujours.

Halte! arrête !

De tes dons , Nous avons Pleine fête.

Ciel! je ne sais plus le mot Qui suspend l'œuvre aussitôt.

Comment ramener à l'ordre Des fadets le plus fervent?

Je voudrais le cou lui tordre!

Redeviens balai, servant!

Et, le flot à l'onde S'ajoutant sans fin, La maison s'inonde, Déluge est le bain.

Vois mon signe, Brute! oison!

Trahison !

C'est indigne !

Mais je tremble ; quel regard Lance le servant hagard !

Veux-tu noyer nos baraques, Vermine de Lucifer?

Tortillard qui m'estomaques, Finis-tu ce jeu d'enfer?

Pilier qui chemine,- Vilain avorton, Pilier de cuisine Redeviens bâton!

Qu'on te joigne Seulement, Garnement, Qu'on t'empoigne !

D'un coup de hache,, je veux Gredin, te couper en deux !

Ah ! le voilà qui m'échappe Et verse encor un baquet, Mais cette fois je l'attrape, Cobold, voici ton paquet !

Crac ! la perche dure Est en deux morceaux,

Et je me rassure

Espoir vain et faux !

l'apprknti sorcier. 6;

O misère !

Le second

Suit d'un bond

Son confrère, Au lieu d'un, j'ai deux servants, Au secours, dieux tout-puissants!

Tout est perdu sans remède.

Le novice est aux abois :

« O maître et seigneur, à l'aide!

« Accours, vole, entends ma voix. »

Il vient : « Maître, maître, « Pardonne. Je sus « Les faire apparaître, « Je n'en sais pas plus. »

— ce Dans ton antre, « Sans délai, « Vil balai, ce Rentre, rentre!

« C'est moi qui suis le sorcier.

« Petit, laisse mon métier. »

De l'allemand. Gœthe.

LORLEY

Mon cœur, pourquoi ces noirs présages?

Je suis triste à mourir.

Une histoire des anciens âges

Hante mon souvenir

Déjà l'air fraîchit, le soir tombe,

Sur le Rhin, flot grondant ; Seul, un haut rocher qui surplombe

Brille aux feux du couchant.

Là-haut, des nymphes la plus belle,

Assise, rêve encor ; Sa main, où la bague étincelle,

Peigne ses cheveux d'or.

Le peigne est magique. Elle chante.

Timbre étrange et vainqueur;

Tremblez, fuyez ! la voix touchante Ensorcelle le cœur.

Dans sa barque, l'homme qui passe.

Pris d'un soudain transport,

Sans le voir, les yeux dans l'espace, Vient sur recueil de mort.

L'écueil brise, le gouffre enserre Et nacelle et nocher

Et voilà le mal que peut faire Lorley sur son rocher.

De l'allemand. Heine.

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