LE RETOUR
Le bâton à la main, après six ans d'absence, Un voyageur revient au lieu de sa naissance.
Front mâle, teint brûlé, sac au dos, pieds poudreux, Par qui sera d'abord embrassé l'homme heureux ?
Il entre dans le bourg, par la porte charrière, Et voit le douanier penché sur la barrière.
Le douanier et lui, grands amis autrefois, Au cabaret du coin trinquèrent mille fois.
Pourtant — mais du soleil c'est la faute peut-être — Le publicain n'a pas l'air de le reconnaître.
Le voyageur surpris, passe. Un coup de mouchoir Du chapeau, des souliers, la poussière a fait choir.
Et juste à la fenêtre, il voit paraître celle
Qu'il courtisait jadis : « Bonjour, riante belle! »
Pourtant — mais c'est sa faute, il a changé là-bas — Cette beauté non plus ne le reconnaît pas.
Il passe; il a franchi la longue rue entière; Des larmes ont mouillé le bord de sa paupière.
Sa mère, du moûtier vient après l'angelus :
« Dieu vous garde! » dit-il, et pas un mot de plus.
Mais voici; d'un seul bond, la femme à lui s'élance : oc Mon fils! v et sur son cœur, elle pleure en silence.
Bronzé, brûlé, changé, le fils est revenu : Pourtant l'œil maternel, du coup, l'a reconnu.
De l'allemand. Népomuk Vogel.