‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 3 sur 73 · L ESPRIT DES EAUX · texte numérisé non relu

L ESPRIT DES EAUX

Cerné d'un gazon vert Le torrent se rassemble, Petit lac pur et clair; Et, dans l'azur qui tremble, La nuit, l'étoile semble

Mirer son doux éclair

Mais le zéphir, de l'onde

Amant jaloux, De son aile en courroux, Peut troubler l'eau profonde.

Destin mouvant,

Grave et frivole !

L'âme qui flotte et vole Pleure aussi bien souvent :

Sa vie a pour symbole

L'onde et le vent.

De l'allemand. Gœthe.

PROMETHEE

O toi ! que, dans ses maux cruels,

La race humaine méprisée

Trouva bon, quand des Immortels

Sur elle éclatait la risée, Quel fut de ta pitié, quel fut de ton amour, Le salaire, ô Titan? — Un outrageant supplice,

Les fers, le rocher, le vautour,

Ce que peut un grand cœur dévorer d'injustice, L'exécrable douleur qu'il faut dissimuler

De peur que le ciel ne la goûte; L'âpre ressentiment qui se ronge et qui doute,

Et qui, sachant bien qu'on l'écoute, Pour tromper les échos, ne veut point s'exhaler.

Titan, tu connus cette angoisse,

Ce tourment qui navre et qui froisse, Le souffrir que ne peut accepter le vouloir. Mais l'aveugle Destin qui gouverne le monde, Ce principe absolu de haine, tyran noir,

Dont la méchanceté profonde

Au lieu de nous anéantir Nous crée et veut créer tant d'êtres pour souffrir, Le sort t'a refusé, toi, dont le courroux gronde

Jusqu'à la faveur de mourir :

L'éternelle douleur demeure ton partage. —

Tu l'as accepté sans pâlir,

Cet abominable héritage.

Tout ce que Jupiter, de toi, fils de Japet,

Put arracher par son outrage

PROMÉTHÉE. l3

C'est un air de menace; et ton sombre courage Dédaigna, par l'aveu, de désarmer sa rage.

Ton silence fut son arrêt.

Non, tu n'as pas voulu l'éclairer ni l'absoudre. Le Maître du tonnerre, inquiet, put sentir S'ébaucher dans son âme un vague repentir, Et dans sa large main tu vis trembler la foudre.

Ton seul crime fut d'être bon.

Tu voulus adoucir les terrestres misères, Et de ta propre audace, aux êtres éphémères,

Tu fis le magnifique don.

Arrêté par le ciel dans ton œuvre héroïque,

L'invulnérable fermeté

Que, dans cette aventure inique, Montra ton esprit indompté, Nous lègue une leçon d'une grandeur tragique. Ton destin, Prométhée, est tout notre destin ; Car, ainsi que toi, l'homme est à moitié divin,

Onde trouble à la source pure ; Mesurant sa faiblesse, il connaît la pitié;

Dans les secrets de la Nature

Il lit, et prévoit à moitié

Grâce au deuil du présent, la souffrance future.

Mais à tous ses maux le mortel,

Des hautains despotes du ciel

Bravant comme toi l'anathème, Oppose un front tranquille, obstiné, solennel,

Une âme sûre d'elle-même.

A ce cœur intrépide a largement suffi

L'absolution de l'histoire;

Il met à résister sa gloire,

Et, triomphant par le défi,

Fait de la mort une victoire.

De l'anglais. Byron.

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