LES TROIS OISEAUX
l'enfant
Ma mère, quel est cet oiseau ?
LA MÈRE
Mon fils, c'est l'alouette.
Avant que le jeune soleil Envoie un sourire vermeil Aux vertes forêts, elle est prête, Et d'un élan quitte son nid.
Sur sa plume encor la rosée Scintille; elle monte, et bercée Et palpitante, elle bénit Ce monde joyeux, infini, Cent fois plus beau qu'une épousée.
Cet oiseau, fils, beaucoup m'apprit :
Des chansons de ton aube en fête Offre l'hommage au Grand Esprit, Ainsi que l'alouette.
l'enfant.
Ma mère, quel est cet oiseau!
LA MÈRE
Mon fils, c'est la colombe.
Entends gémir sa douce voix ; A sa plainte, on dirait parfois Une veuve près d'une tombe.
C'est qu'elle attend son bien-aimé.
Comme le bruit de l'onde pure Que réveille un rayon de mai, S'enfuit sous le bois embaumé, Son frais roucoulement murmure Le long des nuits, le long des jours.