‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 48 sur 73 · CONTE ORIENTAL · texte numérisé non relu

CONTE ORIENTAL

Au temps jadis, vivait en Orient

Un homme juste et bon et riche, ayant

Un anneau rare. Au chaton, une opale

Etincelait de tous les feux du jour;

Et du joyau la vertu sans égale

Etait, aux gens, d'inspirer de l'amour.

Son possesseur, privilège suprême,

Cher aux mortels, était cher à Dieu même.

Vu l'avantage, on sera peu surpris

l62 RHYTHMES CONNUS.

Qu'à son bijou l'homme attachât du prix.

Il le couvait. Et dans sa prévoyance,

Par testament il défendit encor

Qu'en temps aucun, même en cas d'indigence,

Son héritier se défît du trésor.

De mâle en mâle et sans fin, d'âge en âge,

Fidèlement l'anneau devait passer;

Et chaque père avait à le laisser,

Non à l'aîné, mais au fils le plus sage,

Au fils meilleur, partant le plus chéri;

Et par l'anneau, cet heureux favori,

Le père mort, devenait sans partage,

De la famille et le maître et le chef.

Ainsi fut fait. Et d'ancêtre en ancêtre L'anneau passa. Mais une fois, son maître Eut embarras : voici la chose en bref. Ce père avait trois fils irréprochables, Ne différant pour le mérite en rien, Egalement pieux, zélés, aimables.

Déshériter deux des trois? pas moyen.

Quand il était avec l'un d'eux, le père Sur celui-ci croyait fixer son choix.

Plus tard, c'était le tour du second frère.

LKS TROIS ANNEAUX. I 63

Puis du troisième. Ainsi de mois en mois. Même, il advint que le vieillard, parfois, Balbutia presque un mot de promesse A tel ou tel paternelle faiblesse !

Des derniers jours, quand s'alourdit le poids,

Que fait le père ? Il mande, en sa détresse,

Sous le secret, un joaillier fameux :

« Ami, dit-il, vois cet anneau, j'en veux

« Trois tout pareils. Deux encor sont à faire.

« J'en suis pressé. Ton prix sera le mien, »

Les trois anneaux rapportés, sont si bien,

Si bien pareils, qu'en les mêlant, le père

Plus ne connaît les nouveaux de l'ancieri.

A chaque fils, bientôt, avec mystère

Il en donne un, bénit son monde et meurt.

Le premier jour est tout à la douleur;

Le lendemain, vous pensez la querelle.

Chacun des fils, avec toute raison,

Se croit, se dit maître de la maison.

De bagues, trois ; la bonne quelle est-elle ?

Quelle est samarque ? On cherche. On cherche en vain

D'indice, aucun pour l'œil ni pour la main ;

164 RHYTHMF.S CONNUS,

Aux trois bijoux, nul signe de fabrique.

Chacun, tenant le sien pour l'authentique,

En longs débats éclatent nos rivaux.

Pour dégager enfin le vrai du faux,

On vient au juge. Et chaque frère atteste

Avec serment, du père avoir reçu

L'anneau sans prix ; qu'auparavant, du reste,

Il y comptait fermement, ayant su

Du bon vieillard, l'intention expresse;

Que, de sa bouche, il avait eu promesse;

Qu'un père tel, grave et plein de tendresse,

Point ne pouvait avoir joué sa foi;

Qu'enfin, plutôt que soupçonner ce père,

Il préférait mettre en doute, à part soi,

Bien qu'à regret, l'honnêteté d'un frère,

De deux plutôt, par intérêt menteurs.

« Défendez-moi de ces usurpateurs,

oc Cadi, rendez justice nette et prompte ! »

— « Vous moquez-vous ? me pousser pareil conte !

« Sans rien prouver, faire tant de fracas !

« Suis-je devin? éplucheur de problème?

« Faites paraître, ici, le père même,

« Ou que l'anneau témoigne en l'altercas;

« Sinon partez Attendez une idée !

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