‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 49 sur 73 · LES TROIS ANNEAUX. I · texte numérisé non relu

LES TROIS ANNEAUX. I

« Voyons : d'après votre commun aveu,

« L'opale rend aux hommes, comme à Dieu,

« Son porteur cher, dès qu'il l'a possédée ?

« Alors, mes fils, l'affaire est décidée.

« Lequel des trois est cher à deux de vous?

« Vous vous taisez?... Je le vois, chacun n'aime

« Et ne chérit qu'un seul ici, lui-même.

« Ah ! malheureux !. . . mais je veux rester doux.

« Trompeur-trompé, chacun d'eux extravague.

« Leurs trois bijoux sont faux. La bonne bague

« A dû se perdre. Oui, le père navré,

« En place et lieu du trésor égaré,

« Vous a remis une triple copie.

« Donc, point d'arrêt; mais prenez ce conseil :

« Vous révolter, enfants, serait impie;,

« Résignez-vous. Votre sort est pareil.

« Chacun de vous tient son anneau du père,

« Que pour très-bon il l'estime. Qui sait

« Ce qu'a voulu le vieillard qu'on révère?

t Briser peut-être un droit qui le choquait,

« Un privilège. Et, sûrs qu'il vous aimait,

« Qu'également il vous avait en grâce,

a Suivez, en fils, la route qu'il vous trace.

« N'admettez plus qu'une rivalité,

ce Celle d'amour ou plutôt de bonté.

a Tous trois, luttez de pitié, d'indulgence,

« De charité, de support, de vaillance,

« De foi soumise et de ferme espérance,

« De dévouement et de fidélité,

« Bref de vertus; que ce noble héritage,

« De vos neveux demeurant le partage,

« Croisse à travers les générations

« Puis, dans mille ans, repassez. Un plus sage,

« Reconnaissant le bon droit à l'usage,

« Prononcera sur vos prétentions. »

De l'allemand. Lessing.

(Nathan le Sage, acte III, scène vu

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