DAMAYANTI. 2O
Le cygne sur l'onde se berce. Et la dorcade et le bubal
Bondissent dans l'herbe. L'abeille assie'ge les fleurs du pipai.
Damayanti, qui du palmier a la souplesse et l'élégance,
Reprend courage à cette vue, et vers les ermites s'avance.
Puis s'inclinant, d'un front modeste à la fois et majestueux,
Muette elle reste debout. Et les vieillards respectueux
Gravement répondent : « Salut, salut à toi, belle étrangère!
Prends place, et sans crainte dis-nous, ce que pour toi nous pouvons faire. »
— « Par les forêts et par les monts, par le ciel, la terre et la mer, Par vos longues austérités, par le feu, le vent et l'éther,
Salut à vous, ô bienheureux affranchis de toute souillure! »
— « Salut! ont répété les saints, femme à l'air noble, à la voix pure. De ta beauté qui resplendit, à nos yeux l'éclat est si grand,
Que nous demeurons incertains sur ta nature, en t'admirant.
De ces forêtSj ou de ce fleuve, ou de ces monts es-tu déesse:'
Qui donc es-tu? quel est ton nom.'' apprends-nous quel souci te presse? »
— « Brahmanes saints, je ne suis pas, dit la reine aux brillants attraits, La divinité de ces monts, de ce fleuve ou de ces forêts;
Je suis une mortelle, et veux m'ouvrir à vous d'un cœur sincère :
Du royaume de Vidarba, le puissant monarque est mon père. De Bhîma vous voyez la fille, et mon époux est un héros; C'est Nal, fils de Vîracêni, pour qui je souffre tant de maux. Du Nichada, roi glorieux, Nal est jeune et sa forme est belle; Claire est sa face, ouvert son front, et son grand œil noir étincelle. Nul guerrier n'a dans les combats plus de vaillance ,et son bras fort Sans peine contient un quadrige et sait courber l'arc sans effort. Nal, ardent comme le soleil, peut être doux comme la lune.
Illustre entre tous par le sang et favori de la fortune,
Sa bouche a toujours dit le vrai. De son devoir observateur,
Fidèle à ses engagements, du droit il est le protecteur.
Des Védas et des Védangas quatre fois il a lu les textes;
Exact au rite, au sacrifice, il est invincible aux prétextes.
Religieux, irréprochable et des Brahmanes saints l'ami,
Quand sa main a tiré l'épée, il n'est pas terrible à demi;
Exterminateur des guerriers, il prend d'assaut remparts et villes.
Mais, Nal, trompé par des méchants, provoqué par des âmes viles,
Triste victime' des pervers, par trahison a tout perdu,
Ses biens, sa gloire et sa couronne ; il erre seul et pauvre et nu
Dans les horreurs de ces déserts. Et moi, Damayanti, la femme
Du plus infortuné des rois, je le recherche et le réclame;
Et par les bois et les ravins, à travers les monts et les eaux,
Inconsolable, je poursuis Nal, le magnanime héros.
A Damayanti, par pitié, vous, les solitaires, les sages,
Dites, le roi de Nichada s'est-il fait voir dans vos bocages'
Ou bien se débat-il encor dans les réseaux du noir filet
Qu'étend autour des exilés l'incommensurable forêt?
Si quelques jours de plus, pour moi, dure l'angoisse de l'attenta.
Mon âme quittera mon corps, ainsi que l'on quitte une tente :
Comment de cette affliction soutenir plus longtemps le poids?
Je ne saurais vivre sans Nal, premier des hommes et des rois. »
La reine en pleurs, alors se tut. Et les pieux anachorètes, Eux, que les macérations du ciel ont fait les interprètes, Répondirent : « Damayanti, perle des femmes, de tes yeux Sèche les pleurs. Dans l'avenir, par la permission des dieux,