DAMAYANTI. 2O
Nous pouvons lire, et nous lisons que bientôt va finir ta peine.
Les temps prochains seront cléments, et fortunés tes jours, ô reine.
Bientôt, l'effroi des ennemis, des amis le consolateur,
Le héros et le justicier, le prudent, l'exterminateur,
Le bon pasteur des peuples, Nal, ton époux, femme incomparable,
Tu le verras, ainsi qu'avant, riche, heureux, puissant, redoutable.
Espère, cherche. Adieu ! »
Soudain, et par un prodige inoui, Ermites, bois sacré, jardins, cygnes, tout s'est évanoui. Et la belle Damayanti, devant l'étonnante merveille, Est de surprise confondue et s'écrie : « Est-ce que je veille? Ou bien aurais-je fait un songer Où sont les vénérables saints? Et les cabanes de bambous, les bengalis et les essaims? Où sont les ruisseaux murmurants que j'ai vus fuir sous la feuillée? Et les mangoustans dont les fruits pendaient à la branche ployée? >»
Troublée, émue et méditant sur ce beau rêve anéanti, Partagée entre l'espérance et la douleur, Damayanti, Dans la forêt illimitée, alors reprend sa longue marche.
Du sanscrit. Vyasa.
lu
HARMOSAN
Dans la poussière avait croulé le vieux trône des Sassanides; . Sur Ctésiphon avait passé le feu des Musulmans avides.
Victorieux dans cent combats, Omar de l'Oxus voit les bords; Yesdegherd, neveu de Cosrou, gisait sur un monceau de morts.
Quand des croyants le commandeur de son butin fait la revue, Un satrape au front mâle et fier, amené devant lui, salue.
C'est Harmosan qui dans les monts ne fut réduit que le dernier: Hélas! des fers chargent les mains de l'intrépide prisonnier.
« Reconnais-tu, vil mécréant, lui crie Omar, dont l'œil est sombre, « Que devant la face d'Allah, tes faux dieux ne sont que vaine ombre ? »
— « Le cimeterre t'a fait roi, de l'Orient à l'Occident,
« Et contredire le vainqueur, c'est contredire en imprudent;
« Mais, puis-je exprimer un désir? — aussi bien tu sais mon histoire — « Fais-moi donner du vin, sultan, j'ai combattu trois jours sans boire. »
L'émir fait un signe; on apporte aussitôt et coupe et boisson. Mais Harmosan encore hésite. A quoi pense-t-il? au poison.
« Ne crains rien, dit Omar; jamais fils de l'Islam ne trompe un hôte. « Bois; le cimeterre attendra. Bois, après tu payeras ta faute. »
Le Persan, dont l'esprit est vif, a saisi la sentence au vol : Il prend le verre; au lieu de boire, il le brise contre le sol.
Sanglant outrage! Avec fureur, brandissant le glaive et la lance, Contre le prisonnier subtil, la troupe des soldats s'élance.
Mais le calife les arrête et dit : «Laissez vivre Harmosan;
« Rien, sous le ciel, n'est plus sacré que la parole d'un sultan. »
De l'allemand. Platen.