DANS LA FORET
Les chênes de la forêt à l'ombre épaisse et tranquille, Aujourd'hui comme autrefois m'ont chanté leur grave idylle.
Le plus jeune, vers l'orée, essaye et gazouille un son ; Et le son devient murmure et le murmure chanson.
Et la chanson devient chœur; les rameaux, de proche en proche, S'ébranlent et leur rumeur a les ondes de la cloche.
Et, de la racine au faîte, on entend dans le grand bois S'entre-croiser cet orage et se chercher mille voix.
2l8 RHYTHMES NOUVEAUX.
Si quelque chêne orgueilleux isole sa cantilène,
La forêt haussant la voix ou le couvre ou le ramène.
Cet orchestre de feuillage a les accents de la mer ;
Il pleure et gronde en cadence à chaque frisson de l'air.
C'est du plus ancien des dieux la musique aérienne, Pan tire ainsi des accords de la flûte éolienne.
La flûte aux sept trous se cache au profond des taillis verts, La syrinx magique enferme, en sept modes, l'univers.
Et poètes et pinsons, vives âmes dégourdies, Dans l'ombre sont à l'affût et boivent ces mélodies.
De l'allemand. G. Keller.