‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 64 sur 73 · LE CID JEUNE · texte numérisé non relu

LE CID JEUNE

Fils aux armes! le clairon a réveillé le tambour.

Fer et sang ! les cris de guerre annoncent les funérailles.

Le Cid rangeait ses guerriers pour les guider aux batailles ;

I.'œil en feu, cheveux épars, Chimène éperdue accourt : « Peux-tu bien laisser ta femme, a Chef des preux, roi de mon âme?

« Dans la guerre et dans la paix, Bivar, tu n'as point d'égaux. « Domptant le plus fort guerrier, la beauté la plus sauvage, « Tu vois, pliant le genou, se courber sous ton servage, « Et les émirs sarrasins et les filles des rois goths.

« Chef des preux, roi de mon âme !

« Peux-tu bien laisser ta femme?

« Tandis que si volontiers, les hommes, nos durs vainqueurs « Echangent satin, velours, plumes, collier d'or et masque, « Contre gantelets d'acier, maille, lance, épée et casque, « Nous autres, pour un regard, folles, nous donnons nos cœurs. « Peux-tu bien laisser ta femme, « Chef des preux, roi de mon âme?

Voyant sa noble Chimène éplorée et sans couleurs, Le Cid vers elle se penche et lui dit avec tendresse : « A bientôt, joyeux retour ! séchez vos larmes, comtesse. » Chimène boit ce regard qui fait redoubler ses pleurs :

« Chef des preux, roi de mon âme !

« Peux-tu bien laisser ta femme

« Sans pitié pour ses douleurs ? »

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