‹ Les études classique comme préparations à l'étude de la médecine [microforme]Chapitre 2 sur 2 · PEER · texte numérisé non relu

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* [l y a dans la médecine, moins d'hommes instruits que dans les autres professions; alors que le clergé compte un bachelier sur quatre de ses membres, que le barreau en compte un sur cinq, la profession médicale n'en compte qu'un sur douze. L'on dit que les médecins, en général, ne prennent pas leur part dans les progrès de la science. Si tel est le cas; si nous constatons, d'un autre côté, que la culture générale leur fait défaut, ne devons nous pas voir là une relation de cause à effet? Le remède ne devrait-il pas ètre d'exiger une meilleure formation de tous ceux qui demandent leur admission à l'étude. Fermer la porte à l'ignorant, à l'homme nul, au paresseux: €: réserver l'enseignement de nos écoles de médecine à ceux qui peuvent apporter à leur travail, les instincts, la tradition et la formation classique?” La culture générale du médecin doit avoir été faite au collège.

Les exigences du baccalauréat sont-elles trop considérabies? Les statistiques ne permettent pas de soutenir une telle opinion, Le médecin instruit sera toujours l'homme de science : celui dont la formation aura été défectueuse sera l'empirique et le charlatan. Dans toute profession, l'inspiration et l'exemp'e des hommes instruits sont la meilleure garantie que la génération qui suivra, sera, elle aussi, bien cultivée.”

Le Dr J.S. Billings, chirurgien général de l'armée américaine, que sa haute position officielle tenait constamment en rapport avec les médecins des Etats-Unis, écrivait dans le + Forum," que si l'on veut avoir des élèves d'une culture convenable, il faut exiger d'eux le degré de bacheïier d'une bonne université.” Si le jeune homme, ajoute-t-il, n'a pas les moyens d'argent ou de temps nécessaires pour se donner une formation qui lui permette d'étudier la médecine d'une manière sérieuse et avec fruit, il ferait bien mieux de se lancer dans d'autres entreprises, moins intellectuelles, où il serait moins dangereux et plus utile à la société.

Si dans les deux mondes les études classiques sont tenues en aussi grand honneur: si elles sont pour ainsi dire l'apanage des nations les plus éclairées: si les peuples s'accordent à les proclamer le moyen le plus propre à la formation du

caractère et de l'intelligence, pourquoi dans notre pays vouloir les répudier ?

Nos institutions, dit-on, se sont laissé distancer de beaucoup par les institutions similaires d'Europe et d'ailleurs, elles ne donnent pas une formation pratique. Les gradués de nos collèges ne sont pas suffisamment preparés poar les luttes de la vie: Les anglais leur sont bien supérieurs.

Nous concédons que dans le haut commerce, dans la finance, dans l'industrie, nous ne pouvons que de loin lutter avec nos compatriotes anglais, parce que nous n'avons pas les écoles techniques suffisantes: c'est même là une des lacunes les plus ma'heureuses de notre système d'enseignement.

Mais ne déplaçons pas la question: il ne s'agit ici ni de commeice, ni d'industrie, il s'agit des professions libérales.

Nos institutions d'enseignement classique ne sont pas toutes sur le même pied que celles d'Europe, admettons-le.

Nombre d'entre elles ne donnent pas la formation que le peuple est en droit d'exiger ! admettons-le encore.

Allons même plus loin, admettons qu'un certain nombre de ces établissements devraient disparaitre.

Mais de grâce ne démolissons pas à l'aveugle. Le plus grand nombre n'ont besoin que de réformes.

Chaque année, l'on constate de nouveaux progrès: le professorat devient peu à peu une carrière. Nos programmes sont les mêmes que ceux des collèges européens et je ne crois pas qu'il soit présomptueux d'affirmer que nous sommes à l'aurore du jour où nos institutions classiques, destinées à vire, seront les rivales de celles du vieux monde.

Et d'ailleurs! ces études si décriées, au profit des études plus pratiques des high-schools, nos compatriotes d'origine anglaise se plaisent à en reconnaitre la valeur: c'est à elles qu'ils attribuent la force des canadiens-français dans les professions libérales.

Le professeur Grant, recteur du * Queen's University," de Kingston, écrivaic dans l'ouvrage le plus important peut-être qui ait été publié sur le Canada:

“ Les membres canadiens-français du parlement, en consé-

quence probablement de la formation classique qui est la base de leur éducation, sont de beaucoup supérieurs à leurs confrères de langue anglaise par la clarté de leur langage et par la grâce de leur style; même lorsqu'ils parlent en anglais, ces qualités sont remarquables.”

Le professeur Adami, dont la réputation est universelle et dont les sympathies ne sauraient être équivoques, disait encore dernièrement, qu'en générai, la culture littéraire des jeunes anglais, qui veulent être admis aux professions libérales, laissait quelque peu, souvent même beaucoup à désirer. l!'s ont des connaissances: on leur a appris des faits et des dates; mais ce qui fera la faiblesse de leur vie tout entière, c'est qu'on ne leur a pas appris à penser.

La formation latine, disait-il, est un excellent moyen de faire surgir les idées et de développer l'intelligence d'un jeune élève.

Et il ajoutait, avec un esprit d'impartialité qui ne peut que le rehausser dans l'opinion du public instruit:

* Bien qu'il semble être passé dans nos habitudes de décrier l'éducation reçue par nos compatriotes de langue française, nous sommes forcés d'adinettre que, sous ce rapport, l'éducation reçue dans les grandes maisons d'éducation françaises de la province est supérieure à celle que reçoivent nos jeunes compatriotes de langue anglaise.”

Lord Durham, alors qu'il était gouverneur-général du Canada, dans un rapport au gouvernement impérial, avait déjà, en 1861, admis sans restriction, la supériorité incontestable de notre éducation classique.

Lorsque des hommes d'une telle valeur viennent d'eux mémes nous décerner ces louanges, nous aurions vraiment mauvaise grâce de ne pas les accepter et surtout de n'en pas tirer la leçon qu'elles comportent.

Cette leçon, la voici: c'est qu'au Canada, comme ailleurs, la préparation la plus efficace, non seulement pour la médecine, mais pour toutes les professions libérales. ce sont de fortes études classiques, basées sur les humanités et la philo-

‘sophie.

ot mi soient

Nous avons prouvé notre thèse par l'expérience des nations savantes; nous aurions pu la prouver tout aussi bien par des considérations théoriques; le temps ne le nous permet pas.

Mais la science n'est pas suffisante nour le médecin, il lui faut encore l'autorité et le prestige: or, ces deux qualités, comment les acquerra-t-il si ce n'est par la supériorité de sa culture intellectuelle et morale. Si cette culture lui manaue, s'il ne porte pas dans la supériorité de sa position la supériorité de la culture intellectuelle et morale, il n'est plus pour les hommes avec lesquels il vit qu'un compagnon qu'ils traiteront sans considération ni respect.

Les classes professionnelles ont dans ce pays démocratique le devoir sacré de remplir le rôle qu'exerce la noblesse dans les pays européens. Elles doivent former la classe dirigeante de la nation. Or ce role elles ne les rempliront avantageusement qu'en autant qu'elles seront éclairées. * Celui qui lutte sans formation suffisante, disait le Père Lacordaire: celui-là ne sait pas lutter: il reste inférieur à tous les autres. L'intelligence, c'est le gage de la puissance humaine, sans elle, “homme peut être honorable et utile, il peut être aimé et respecté; il ne sera jamais puissant.”

Voulons-nous faire de la profession médicale une classe puissante et respectée, exigeons de ceux qui nous remplaceront demain de fortes études. Gardons nous bien, disait l'honorable M. Chauveau, de restreindre notre enseignement classique et supérieur, auquel nous devons tant de succès. Nos rivaux des autres origines ont fait d'heureux efforts pour faire disparaitre la supériorité qu'ils admettent chez nous sur ce point, Ne nous hâtons point de déposer une si belle couronne, parons-là de tous les accessoires utiles que nous voudrons, mais de grâce ne la lissons point tomber du front de notre jeune nation. C'est la culture des lettres qui élève les idées, qui fortifie les plus généreuses dispositions de l'homme : c'est elle, répétons-le, qui, rayonnant de nos collèges, a conservé la distinction et la véritable noblesse des sentiments, et a été l'une des sources les plus vives de la science, du patriotisme et de l'honneur.

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