‹ Les etudes classiques et la démocratieChapitre 3 sur 26 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

à éviter ce conflit, à séparer les deux intérêts , à leur assigner des sphères qui, autant qu'il est possible, ne se coupent pas. Si, par exemple, le pouvoir électoral, qui est une fonction en vue du bien universel, se trouve organisé de telle manière qu'il doive devenir un instrument d'intérêt particulier, local ou même personnel, vous préparez du même coup l'abaissement de l'esprit français*. De même^ si vous organisez ou plutôt désorganisez l'instruction de manière à mettre en conflit immédiat, et pour les parents et pour les enfants, l'avantage personnel et la culture nationale, vous aboutirez à la corruption de l'enseignement comme vous avez abouti à la corruption du suffrage. Or, donner pour concurrent aux études classiques un enseignement décoré du nom séduisant de « moderne », plus facile et plus court, dont tous

1. C'est, pour le dire en passant, de cette façon qu'on a institué notre suffrage par arrondissement.

INTRODUCTION. m

les objets peuvent être aussi bien et mêiïie mieux employés à des fins utilitaires qu'à des fins générales, c'est poser aux familles et aux enfants un dilemme dont la solution n'est pas douteuse ; c'est ressembler à un maître naïf qui dirait aux élèves : « Je m'en rapporte à votre bonne volonté pour choisir entre le difficile et le facile, entre le travail et le jeu. »

Notre pays doit se prémunir contre un double péril : l'affaiblissement de son influence intellectuelle, littéraire et artistique, €t l'affaiblissement de sa puissance économique, industrielle et commerciale. Tout l'enseignement doit être orienté pour faire face à ces deux dangers et, par conséquent, il faut tout ensemble fortifier les études libérales et les études plus proprement utilitaires. Tout ce qui tend à confondre ces deux genres d'études ou à les mettre en conflit compromet à la fois les unes et les autres. C'est là l'erreur qu'on a commise depuis un certain nombre

Page 1