CHAPITRE V
Des Casuistes et de la Théologie morale.
L'Egiise n'a pu laisser les ministres des sacrements sans leur donner des règles à suivre, surtout au tribunal de la pénitence, où ils doivent apprécier les fautes qui leur sont accusées. C'était chose relativement facile durant les premiers siècles. L'Evangile et l'ensemble des divines Ecritures, les sentiments des Pères et les décisions épiscopales traçaient une ligne de conduite à laquelle pasteurs et fidèles se conformaient avec une entière soumission. Chaque église eut bientôt sa tradition qui fixait la pénitence des péchés.
Saint Basile est le premier qui ait rédigé une sorte de livre pénitentiel ; nous Favons dans les trois épîtres canoniques par lui adressées à saint Amphilochius, évêque d'Iconium^
Morin, dans son travail sur le sacrement de pénitence, fait l'histoire de ce point intéressant de la discipline
ecclésiastique. On peut le consulter avec profit. Il témoigne du zèle qu TEglise a constamment déployé pour rester, fidèle à la mission que Jésus-Christ lui a donnée, en condamnant tout ce qui pouvait blesser la pureté de la morale chrétienne. Il ne saurait y avoir rien de plus sage que ses règlements sur ce sujet.
Mabillon cite, en particulier, les conciles de Tours et de Chalon-sur-Saône. La multitude des pénitentiels mettait les confesseurs dans un grand embarras ; ils ne savaient plus quelle règle suivre en sûreté de conscience. Les Pères du premier de ces conciles résolurent de promulguer un pénitentiel obligatoire pour tous ; c'était le meilleur moyen de supprimer les abus qui résultaient d'un pareil état de choses ^ Ceux de Chalon allèrent encore plus loin. Non contents de rejeter les pénitentiels anonymes qui fourmillaient d'erreurs, ils condamnèrent les prêtres qui imposaient des pénitences insignifiantes à des hommes coupables de fautes graves. Cette faiblesse aveugle, contraire aux enseignements de l'Eglise, en procurant aux pécheurs une fausse sécurité,, pouvait leur devenir extrêmement préjudiciable^.
Saint Thomas d'Aquin a posé, dans la deuxième partie de sa Somme théologique, les fondements de la théologie morale. Saint Raymond dePennafbrt a, le premier, rédigé une somme des péchés. Depuis cette époque, les casuistes se sont multipliés en Occident. On se demande quel profit la morale chrétienne a pu tirer de leurs ouvrages. Mabillon ne se pose même pas la question. Il affirme nettement que leur influence a été mauvaise :