‹ Les études ecclésiastiques [microform]: d'après la méthode de MabillonChapitre 44 sur 98 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De l'étude des manuscrits^ des inscriptions et des médailles.

Tous les documents que nous a légués l'antiquité sont loin d'être publiés. Parmi ceiix qui ont vu le jour, il en est un grand nombre qui doivent être soumis à un travail sérieux de vérification.

Les manuscrits, qui les renferment, portent le nom de liores ou simplement de manuscrits, toutes les fois qu'ils contiennent des œuvres littéraires, historiques, théologiques, liturgiques ou scientifiques, et de chartes, lorsqu'ils renferment des pièces émanant de personnages qui avaient droit de dresser des actes publics. La paléographie est l'art de déchiffrer ces textes anciens.

Le travailleur qui veut puiser aux sources la science des dogmes, des institutions et de l'histoire de l'Eglise, trouve dans cet art un instrument scientifique très précieux, dont il a fréquemment besoin de faire usage. Car ces connaissances, qui ont pour objet des faits passés, s'appuient sur l'autorité des témoignages. Or, il importe que ces témoignages soient présentés aussi nombreux que possible ; et la sincérité demande que leurs textes n'aient subi aucune altération. De là une

double nécessité : se munir de tous les documents inédits qui ont trait à la question étudiée, et vérifier sur les originaux les documents imprimés dont la lecture semble fausse ou douteuse.

La bibliographie fournit les moyens de connaître les sources imprimées ou manuscrites.

Celui qui a sous les yeux un document, soit pour le transcrire, soit pour contrôler la lecture que d'autres en ont faite, doit être à même d'établir un texte d'une manière satisfaisante. Voici les conseils que Mabillon donne à ce sujet. Inutile d'insister sur l'autorité que leur communique son expérience.

1. La tâche est relativement facile, quand on possède l'autographe mêmedel'autôur d'un document etlorsqu'il en reste une seule copie. Le premier cas est fort rare, et même il ne se rencontre jamais à partir d'une certaine époque. La plupart des chartes sont conservées dans des exemplaires uniques. C'est ce qui arrive pour quelques manuscrits. Mais, le pi us souvent on se trouve en présence de plusieurs copies d'un même texte original. Il faut alors rechercher celle qui s'éloigne le moins de l'époque à laquelle vivait son auteur ; on a plus de chance, si toutefois elle est sortie de la plume d'un copiste soigneux, d'avoir un manuscrit qui n'a pas subi d'altération.

2. La forme de l'écriture, l'état du manuscrit et les caractères que présente son contenu permettent de reconnaître assez facilement la date et la provenance d'un document. Les manuels de paléographie et de diplomatique, composés depuis quelque temps d'après une méthode fort bien comprise, rendent plus pratiques et plus claires, en les complétant et en les mpdifîant, les

règles tracées par Mabillon dans son De re diplomatica. Les planches, qu'il est aisé de multiplier grâce à la phototypie, facilitent singulièrement la tâche de celui qui veut devenir un paléographe.

3. Il n'est pas toujours sage de s'appuyer uniquement sur l'antiquité d'un manuscrit pour établir avec certitude un texte douteux. L'ignorance, la maladresse et peut-être la mauvaise foi d'un copiste d'une époque reculée ont pu causer des erreurs, qui inspirent une défiance très légitime ; tandis que le travail d'un copiste moins ancien, il est vrai, mais perspicace et consciencieux, peut mériter une entière confiance. Ce dernier a pu reproduire fidèlement un texte très pur, antérieur à celui qu'a utilisé le premier.

4. Celui qui désire s'entourer de toutes les précautions dans le travail délicat que nécessite l'établissement définitif d'un texte, ne doit négliger aucun manuscrit. Des fautes ou des obscurités déparent souvent les meilleurs ; et il n'en est pas de si défectueux qu'on ne puisse en tirer parti. Il est bon de collationner avec soin ces diverses lectures.

5. Une réserve néanmoins est à faire. Des manuscrits assez nombreux, proi^enant d'une même région,. peuvent tous dériver d'un même type, directement ou indirectement reproduit par plusieurs copistes d'époque différente. Inutile, dans ce cas, de les collationner tous; il suffit d'étudier le codex type, ou à son défaut celui qui le reproduit le plus exactement.

6. Quelques-uns tentent de corriger une lecture douteuse ou fautive, par simple conjecture, et sans recourir à un manuscrit. Maniée par des esprits très clairvoyants, cette méthode a pu donner certains résultats. Mais il

faut en user avec une extrême prudence et n'accepter les solutions même les plus évidentes que si le moindre doute est absolument impossible. Et encore Févidence est-elle sujette à caution. Car l'esprit humain, très porté à se laisser éblouir par ses propres découvertes et aveugler par certaines préoccupations personnelles, croit aisément à l'évidence de ce qui lui plaît. Les conjectures, dont on se défie, risquent de se voir peu à peu transformer en quasi certitude. MieuK vaut savoir douter et ignorer, que supposer gratuitement. Il est possible d'indiquer en note une conjecture, en la laissant pour ce qu'elle peut valoir.

7. L'orthographe et la signification des mots ont varié suivant les siècles et les pays. On ne doit pas ignorer ces divergences. Il faut dans ce but étudier la philologie.^ qui fait connaître l'évolution subie par une langue. La connaissance des abréviations ou signes conventionnels n'est pas moins nécessaire.

8. Une minutie scrupuleuse est indispensable à qui désire éviter les méprises occasionnées par certaines analogies^ auxquelles les copistes ont bien pu, du reste, se laisser prendre. Car une lettre suffit pour changer complètement le sens d'un mot ; par exemple : indiga, indigna ; limine, lumine.

9. Il estbon dénoter soigneusement toutes les variantes qu'offre la lecture des manuscrits, afim de les étudier et de les comparer à loisir ; cette étude permet de faire un choix intelligent.

10. Il faut adopter la lecture qui convient le mieux au sens général de l'auteur ou du passage. Tout le succès que Ton doit attendre de l'étude des manuscrits dépend de ce choix. Qu'il soit donc fait avec une extrê-

me prudence. Si Ton n'arrive pas à une conclusion certaine, il est nécessaire d'indiquer en note les variantes probables.

Mabillon termine en recommandant la lecture des anciens manuscrits dans le but de préparer des éditions critiques. C'est évidemment un travail peu agréable et souvent pénible; mais celui qui s'y adonne sert utilement Dieu et TEglise. Les protestants d'Allemagne déploient sur ce. terrain une activité et une intelligence que devraient imiter les prêtres et les religieux français.

Un grand nombre d'événements ont laissé dans les inscriptions une trace, dont Thistorien fait le plus grand cas. Il n'y a pas ici à se préoccuper des fautes d'un copiste. On a toujours l'original sous les yeux. Vépicjrapliie est l'art de lire et d'interpréter les textes ainsi gravés sur la pierre ou le métal. Un manuel donne les règles à suivre. Il existe des recueils complets des inscriptions découvertes jusqu'à ce jour.

Les monnaies et les médailles de l'antiquité forment une classe de documents qui doivent être rangés parmi les sources historiques. La numismatique est l'art de déchiiîrer les caractères qu'elles portent, de fixer leur date et leur provenance, et de les interpréter.

Mabillon ne dit rien de ['archéologie. C'est une science qui mérite une place d'honneur sur la liste des études ecclésiastiques.

Page 1