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Les études sociales sous la Restauration

L'économie politique. — Darant la Restauration commençait à se manifester dans les faits la révolution économique qui élevait l'industrie au niveau des plus grandes affaires sociales et tournait l'attention vers les classes productrices de la richesse, entrepreneurs et salariés. Le vulgaire la pressentait vaguement. Des esprits éclairés compre-

intérêts, considérés jusque-là comme secondaires, allaient former la principale préoccupation de Thomme d'Etat et les plus curieux d'entre eux s'appliquaient à scruter les lois naturelles qui régissent ces inté- ^.ts ou à pénétrer dans les secrets de l'avenir qu'ils préparaient à ri. amanité.

C'était encore de la Grande-Bretagne que venait sur ce point la lumière. Ayant vécu la première de la grande vie industrielle, elle avait été la première à en scruter le mécanisme; un de ses philo sophes, Adam Smith, avait mérité le titre de père de l'économie politique. La lecture d'Adam Smith renouvela, en France, l'étude de la science qu'avaient fondée Quesnay et ses disciples et qui avait compté Turgot au nombre de ses membres. Elle révéla à J.-B. Say sa vocation; elle forma Sismondi. Say (1), Sismondi (2) et, avec eux,

(1) Traité d' économie politique, 1^® édit. 1803.

(2) De la Richesse commerciale^ 1803.

naient que le pivot de la politique se déplaçait peu à peu, que des

Garnier (1), Dutens (2) avaient publié leurs premiers travaux dès h Consulat, au début même de la transformation sociale. Mais le régimt impérial était peu favorable aux discussions spéculatives.

Quand la Restauration eut rouvert les ports, rétabli la tribune e ranimé les débals politiques, les économistes reprirent leur œuvre Jean-Baptiste Say fit ses premiers cours à l'Athénée en 1815, puis ai Conservatoire des arts et métiers dans la chaire qu'il occupa depuis 1819 Son enseignement grave et méthodique donna aux déductions d'Adan Smith une forme claire et précise qui est le cachet de l'esprit français il y ajouta de judicieux aperçus et en forma un corps de doctrines don Tenchaînement constituait véritablement une science morale. L'ana lyse des phénomènes naturels de la production, de l'échange et de l consommation des richesses était son point de départ; les merveille accomplies par l'activité humaine, quand son essor n'est pas entrav par de mauvaises institutions, lui démontraient la supériorité des loi naturelles sur les combinaisons factices, et la liberté était sa conclu sion. D'Hauterive (3), Laborde (4), Destutt de Tracy (5), Storch (6^ Sismondi (7), malgré ses plaintes contre les machines, Droz (8^ puisaient leurs inspirations aux mêmes sources.

Le spectacle qu'offrait le monde nouveau était à la fois grand e confus. Les résultats de la science et de l'industrie unissant leur efforts pour approprier la nature aux jouissances de l'homme ris quaient d'enivrer des esprits, ne concevant pas de limite à cette pui^ sance, et de les jeter hors de la recherche scientifique et expérimental des lois naturelles, dans des systèmes chimériques dont les faits pre sents leur semblaient être des signes précurseurs et par lesquels il

(1) Abrégé des principes de V économie politique, 1796.

(2) Analyse raisonnée des principes fondamentaux de l'économie polittiqtii 1804. Il faut compter aussi sous Tempire Ganilh, qui publia en 1809 VExpo; des systèmes en économie politique, réédité en 1821.

(3) Eléments d'économie politique, 1817.

(4) De l'Esprit d'association^ 1818.

(5) Traité d'économie politique^ 1823.

(6) Cours d'économie politique ou exposition des principes qui déterm naient la prospérité des nations, 1823 (5 volumes).

(7) Nouveaux principes d'économie politique, 1819.

(8) Economie politique, 1829. — D:.ns un autre sens on peut consultdu Système d'impôt, par Saint-Chamons, 1820, et du Gouvernement considé\ dans ses rapports avec Véconomie politique, par Ferrier, 1821 .

s'imaginaient fonder de toutes pièces le bonheur sur la terre. Car, ce bonheur, ils déclaraient le chercher en vain dans le monde; ils n'y voyaient qu'antagonisme, crises douloureuses, ouvriers sans pain, marchands sans clients, une misère souvent navrante au milieu de l'épanouissement delà richesse et ils en concluaient qu'il fallait refaire la société (i).

Saint-Simon, — En 1819, le comte de Saint-Simon était traduit devant les tribunaux pour une brochure publiée sous le titre de la Parabole, qui avait causé un grand scandale dans le monde officiel. L'auteur se demandait ce qui arriverait si, tout-à-coup, la France venait à perdre ses cinquante premiers physiciens, ses cinquante premiers peintres, ses cinquante premiers banquiers, ses six cents premiers cultivateurs, etc., en tout ses trois mille premiers savants, artistes et artisans, et si d'autre part, elle perdait également par une mort subite Mgr le duc d'Angoulême, Mgr le duc de Berry, les grands officiers de la maison royale, les cardinaux, les archevêques, les dix mille plus riches propriétaires du royaume «parmi ceux qui vivent noblement», en tout trente mille individus qui passaient pour les personnages les plus importants de l'Etat. « Cet accident, répondait-il en parlant du second cas, affligerait certainement les Français, parce qu'ils sont bons,... mais il n'en résulterait aucun mal politique pour l'Etat»; dans le premier cas, au contraire, la France se trouverait veuve de talents en tout genre que nul ne remplacerait du jour au lendemain, et « la nation deviendrait un corps sans âme. » Il concluait que « la société actuelle était véritablement le monde renversé, puisque ceux qui sont d'une utilité positive étaient subalternisés par des princes. » La comparaison n'était pas flatteuse pour les hommes du pouvoir; cependant le jury, qui pensait sur cette matière autrement que le ministère public, acquitta le prévenu.

Ce pamphlet contenait une des idées fondamentales du système saint-simonien, celle de la supériorité du talent et du travail sur la naissance et la fortune dans l'œuvre sociale.

Charles-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, né en 1760, grand seigneur, avait, dès l'âge de seize ans, servi sous Washington

(1) Fourier (préface du Monde industriel, art. 111), triomphe de cette situation en rappelant la misère des pauvres de Londres et ajoute : a Nos économistes, confus de voir la ténacité et même le progrès de Tindigence, commencent à soupçonner que leur science est une fausse route ; un débat s*est engagé dernièrement à ce sujet entre MM. Say et Sismondi. »

en Amérique et était colonel à vingt-deux ans. Mais la guerre n'était pas son fait : il faisait déjà des plans pour le percement de Tisthme de Panama. Pendant la Révolution, il s'associa avec une autre personne pour spéculer sur les biens nationaux et les assignats, et gagna une certaine fortune; puis il renonça à ses opérations financières pour se consacrer tout entier à Tétude des sciences et des hommes. Emprisonné pendant la Terreur, il avait euj une nuit^ une vision ; Charlemagne, dont les Saint-Simon prétendaient descendre, lui était apparu et lui avait prédit qu'il serait un grand philosophe régénérateur du monde. Il élut domicile successivement près de l'Ecole polytechnique et près de l'Ecole de médecine afin de se mettre en relation avec les professeurs dont il suivit les cours; puis il voyagea à travers l'Europe et prit un certain goût pour la philosophie allemande. A son retour, il se maria, voulant, disait-il, « user du mariage comme d'un moyen pour étudier les savants. » En effet, il leur ouvrit ses salons, donna des dîners, des fêtes, écouta beaucoup et chercha l'instruction non seulement dans la fréquentation des hommes distingués, mais dans la pratique de tous les plaisirs et jusque dans la débauche.

En 1802 il avait déjà divorcé et il proposait à M"^® de Staël d'unir leurs deux destinées.

Ce train de vie le ruina en un an; mais, le but une fois atteint, il ne faisait pas le moindre cas de la fortune. Il fit l'expérience delà misère comme il avait fait celle de l'opulence; il vécut du métier de copiste au Mont-de-Piété et ne dut quelques années d'un bien-être passager (jusqu'en 1810) qu'à la reconnaissance d'un de ses employés. Il écrivit à cette époque quelques mémoires sur les sciences, auxquelles il reprochait de manquer de coordination et d'unité (1).

Après les événements de 1814 (p 488), il ne demanda rien à la Restauration, qui se serait empressée de faire une position à un si grand nom. Il avait confiance dans sa mission « Ma position morale est encore plus fâcheuse que ma position pécuniaire; chaque conseil que je reçois tend à me décourager. Eh bien ! dans cette position, je jouis ; je me trouve heureux ; j'ai le sentiment de ma force et cette sensation

(1) Lettre d'un habitant de Genève à ses contemporains , 1814; Lettres au bureau des Longitudes ; Lettres sur l'Encyclopédie; Introduction aux travaux scientifiques du XIX^ siècle {k propos des rapports sur le progrès des sciences que Tempereur avait demandés à Vlnsliiui) ; Mémoires $ur la science de ^homme; Mémoires sur la gravitation universelle.

est plus agréable pour moi qu'aucune autre que j'ai éprouvée dans ma vie. »

Il resta pauvre, t Depuis quinze jours je mange du pain, écrit-il, et je bois de Teau ; je travaille sans feu et j'ai vendu jusqu'à mes habits pour fournir aux frais des copies de mon travail. C'est la passion de la science et du bonheur public, c'est le désir de trouver un moyen de terminer, d'une manière douce, l'effroyable crise dans laquelle toute la société européenne se trouve engagée qui m'ont fait tomber dans cet état de détresse. Aussi c'est sans rougir que je puis faire l'aveu et demander les secours nécessaires pour continuer mon œuvre (1). » Un jour, dans un accès de découragement, il tenta de se brûler lacervelle.

Cependant il cherchait à répandre sa doctrine par des brochures et par la conversation. Longtemps le réformateur pn^cha dans le désert. Ses premiers écrits, la Lettre d un habitant de Genève à ses contemporains^ publiée en 1802, et V hitrodtiction aux travaux scientifiques du XIX^ siècle, publiée en 1807, n'émurent pas le public. Mais sa parole chaleureuse et convaincue valait mieux que son style, et il finit par trouver un disciple selon son cœur dans un jeune homme de vingt ans qui sortait de l'Ecole normale et qui devait être un des historiens de la France : Augustin Thierry, qualifié par Saint-Simon du titre de fils adoptif, prêta sa plume à son maître.

Tous deux, à la rentrée des Bourbons, au moment où siégeait le Congrès de Vienne, publièrent une brochure intitulée Réorganisation de la Société européenne, ou de la nécessité et des moyens de rassembler les peuples de L'Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun sa natio-nalité (2). Le moyen consistait surtout à réunir un grand parlement européen qui serait chargé de rédiger un code de morale universelle. Le Congrès ne parut pas le goûter, et Saint-Simon se décida à promulguer lui-même ce code dont les circonstances lui semblaient favoriser le succès. Il fit, avec l'aide de Camille Saint-Aubin et d'Augustin Thierry, une suite de publications dans lesquelles il s'appliquait à prouver que la direction des intérêts généraux devait être abandonnée aux capacités industrielles (3).

(1) Doctrines saint-simonienneSy Exposition, première année, 1829^ p. 72.

(2) En octobre 1814.

(3) L'Industrie littéraire et scientifique liguée avec l'industrie commerciale.,, publiée en trois parties dans le cours de Tannée 1817, sous les titres de Finances, par M. Saint-Aubin. Politique, par A. Thierry, fils adoptif de Saint-Simon.

Mais les banquiers libéraux qui avaient souscrit à son œuvre déclarèrent publiquement qu'ils ne partageaient en rien ses idées, et Augustin Thierry l'abandonna lorsqu'il le vit s'engager dans les rêveries de son système « physico-politique». Un moment découragé, Saint- Simon reprit bientôt son œuvre, et tenta diverses publications périodiques, le Politique (\)^ V Organisateur {^) ^ le Système industriel (3),7(? Catéchisme des industriels (4), qui n'eurent qu'une existence éphémère. C'est dans la première livraison de V Organisateur que se trouvait /a Parabole: elle attira enfin Tattention publique et eut l'honneur de trois éditions.

« J'écris, disait-il, pour les industriels contre les courtisans et les nobles, c'est-à-dire j'écris pour les abeilles contre les frelons (5). •» L'homme qui flattait ainsi certains goûts de son siècle ne pouvait rester toujours isolé ; les disciples vinrent, peu nombreux, mais hommes d'élite, jeunes et enthousiastes, Auguste Comte, qui se sépara de lui en 1823, Olinde Rodrigue, Duvergier, Léon Halévy. C'est avec leur concours qu'il publia ses derniers travaux (6), et que, tendant à donner à sa doctrine une forme plus religieuse, il prépara le Nouveau Christianisme (7). Il n'eut pas le temps de l'éditer. La mort interrompit sa laborieuse carrière en mai 1825. Il mourut en sage, comme Socrate, entouré de ses disciples, s'entretenant avec eux et comprimant l'expression de ses souffrances pour ne s'occuper que de son système. « On s'est trompé, disait-il à son dernier jour, la religion ne peut disparaître du monde; elle ne fait que se transformer... Rodrigues, ne l'oubliez pas ; » et il ajoutait : <c Toute ma vie se résume dans une seule pensée ; assurer à tous les hommes le plus libre développement de leurs facultés» (8). a Quarante-huit heures après notresecondepublication, le parti des travailleurs sera constitué ; l'avenir sera à nous. »

(1) La politique ou Essai sur la politique qui convient aux hommes du XIX^ siècle^ par une société de gens de lettres (Saint-Simon et Augustin Thierry), eut douze numéros, de janvier à avril 1819.

(2) h' Organisateur, publié en 1819 et 1820, eut deux numéros. Un arrêt de la cour d'assises du 3 février 1820 en ordonna la destruction.

(3) Du Système industriel, composé de diverses brochures, 1812 et 1822-

(4) Le Catéchisme des industriels, publié en quatre cahiers, en 1822 et 1823; c'est Aug. CoxMTe qui a rédigé le troisième cahier.

(5) Epigraphe d'une des brochures du Système industriel, (6} Le Catéchisme des industriels, ses Opinions, etc.

(7) Publié après sa mort en 1828.

(8) Louis RhYBAUD, Etude sur les Reformateurs contemporains, t. I, p. 66.

Les idées de Saint-Simon. — Sa doctrine n3pondait très imparfaitement à cette noble pensée et la prédiction fut loin de se réaliser. Saint- Simon croyait, comme Condorcet, à la perfection des êtres et poussait même cette généreuse croyance jusqu'à la transformation des espèces. L'humanité, selon lui, tendait, depuis le commencement des siècles, vers le régime industriel, qu'il nommait aussi régime administratif et pacifique, régime dans lequel l'association universelle supprimerait les guerres et la direction de la communauté serait confiée aux plus capables de lui faire rendre ses meilleurs fruits, c'est-à-dire aux personnes les plus distinguées dans les sciences, dans les beaux-arts et dans les lettres,. Chaque nation, d'après lui, suit une route différente pour attein<lre ce but commun; elles n'y marchent pas tout droit vers le progrès ; car il y a eu des périodes organiques, comme celle du moyen âge^ et des périodes critiques, comme celle qui dure depuis la Réforme. Cependant toutes les nations au sortir de la barbarie, ont traversé le régime gouvernemental^ féodal et militaire, dans lequel les plus avancées étaient encore enfoncées au xix° siècle. La nation française avait plus de chance qu'aucune autre d'entrer la première dans cet âge d'or et devait promptement entraîner le monde à sa suite. Pour mériter ce fructueux honneur, que fallait-il ?

Dans la Lettre d'un habitant de Genève, il proposait d'ouvrir sur le tombeau de Newton, une souscription annuelle, de constituer avec les fonds recueillis des pensions princières aux vingt et un savants et artistes (1), qui auraient réuni la maj^orité des suffrages des souscripteurs, d'admettre les femmes au m^^me titre que les hommes, et de donner à ce conseil, « représentant Dieu sur la terre la direction morale de l'humanité. Le genre d'autorité qu'exerceraient ce grand conseil et les conseils inférieurs était indiqué vaguement; Saint-Simon, qui attribuait son projet à une révélation divine, se contentait de déclarer que le monde physique et le monde moral étaient régis par une loi commune, que les savants, sachant interroger les faits, sauraient trouver ce l'institution politique qui tend à l'organisation générale de l'humanité », que dans la société nouvelle, « tous les hommes travailleront, » et que « le conseil dirigera, » sous la présidence d'un mathématicien (2).

(1) Trois mathématiciens, trois physiciens, trois chimistes, trois physioogistes, trois littérateurs, trois peintres et trois musiciens.

(2) Ed. de 1832, p. 54 à 63. « C'est Dieu qui m'a parlé. Un homme aurait-

Dans le Moyen constitutionnel d'accroître la force politique de l'industrie et d* augmenter la richesse de la France (l ), comme dans le Catéchisme des industriels (2), il s'appliquait tout d'abord à démêler sa cause de celle du libéralisme (3). Il faisait peu de cas de la Charte; il affirmait que la royauté pouvait s'accommoder avec son système, et il engageait les industriels qui forment la grande majorité de la nation à se débarrasser des légistes et des militaires, comme des nobles, et à prendre en main la direction des affaires, (c Quel rang les industriels (cultivateurs, fabricants et négociants) doivent-ils occuper dans la société? — R. Le premier. — Quel rang occupent-ils? — R. Le dernier (4). » C'était le mot de Sieyès, avec une pensée différente. Le noble comte se plaignait qu'une nation essentiellement gauloise et industrielle eût encore un gouvernement féodal, dirigé par les Francs, et il retraçait, non sans talent, une histoire des travailleurs dans laquelle le lecteur croit retrouver quelque souffle d'Aug. Thierry. Pour arracher Tempire à cette minorité, il suffirait, suivant lui, que les producteurs qui composent les 24/25 de la nation adressâssent une pétition au roi, et que le roi, comprenant son siècle, les chargeât de préparer la loi du budget, pour que tous les fonds de TEtat, c'est-à-dire toutes les ressources de la communauté^ fussent promptement dirigés vers l'économie et vers l'intérêt industriel (5).

(( Tout par l'industrie, tout pour elle, » était une de ses devises. Dès

pu inventer une religion supérieure à toutes celles qui existent? » Il pensait que l'humanité posséderait la science parfaite si elle avait une bonne encyclopédie; de là ses lettres sur l'Encyclopédie.

(1) Faisait partie du quatrième cahier de VIndustrie, 1817, 1818.

(2) Kn trois cahiers, dont le troisième par Aug. Comte, 1822, 1823.

(3) « Nous invitons tous les industriels qui sont zélés pour le bien public, et qui connaissent les rapports existants entre les intérêts généraux de la société et ceux de l'industrie, à ue pas souffrir plus longtemps qu^on les désigne par le nom de libéraux; nous les invitons d'arborer un nouveau drapeau et d'inscrire sur leur bannière la devise : Industrialisme. » — Saint-Simon, édit. de 1832, p. 205.

(4) Catéch. politique des industriels, p. 2.

(5) « Les intérêts des industriels, dit-il, sont évidemment en opposition avec ceux des militaires et des légistes. » — Edit. de 1832, p. 311. — 11 dit que les livres d'A. Smith et de Say sont les critiques les plus fortes qu'on ait faites du régime féodal, et il rit de Taveuglement des gouvernements féodaux qui fondent des chaires d'économie politique.

gue les producteurs seraient maîtres de la politique, ils feraient voter trois lois, la première mettant l'impôt foncier au nom des cultivateurs, afin que ceux qui rendaient la propriété productive en recueillissent le bénéfice par le droit électoral, la seconde admettant le fermier, à la fin de son bail, à partager avec son propriétaire la plus value du fonds, et à exiger que ce propriétaire empruntât sur hypothèque de la terre pour fournir des capitaux aux améliorations agricoles, la troisième mobilisant la propriété territoriale. Ces trois lois, soutenues par un système de banques agricoles, devaient, selon Saint-Simon, mettre des milliards a la disposition des agriculteurs. Il faut organiser la société. « Il n'y a société que là ou s'exerce une action générale et combinée. » L'histoire^ qui est la a physique sociale », enseigne qu'après les périodes de l'antiquité, de la féodalité, de la monarchie absolue, s'ouvre pour la société moderne la période de l'industrie et que la noblesse consiste à organiser le travail et faire monter promptement la classe des producteurs au-dessus de la classe des oisifs (1).

C'était là un système politique et social. Son auteur prétendit, vers la fin de sa vie, le faire pénétrer, sans violence et sans révolution (il s'accommode d'ailleurs très bien du régime monarchique) dans les masses en l'élevant à la hauteur d'une foi religieuse : de la le Nouveau Christianisme, qui, sans s'expliquer sur le dogme, devait réformer la religion du Christ, et a faire cesser l'indifférence religieuse chez la classe la plus nombreuse. » « Le nouveau christianisme... aura sa morale, son culte et son dogme; il aura son clergé, et son clergé aura ses chefs... La doctrine de la morale sera considérée par les nouveaux chrétiens comme la plus importante ; le culte et le dogme ne seront envisagés par eux que comme des accessoires... Dans le nouveau christianisme, toute la morale sera déduite directement de ce principe : Les hommes doivent se conduire en frères à V égard les uns des autres (2) ; et ce principe, qui appartient au christianisme primitif, éprouvera une transfiguration d'après laquelle il sera présenté comme devant être aujourd'hui le but de tous les travaux religieux. Ce principe régénéré sera présenté de la manière suivante : La religion doit

(1) Ed. de 1832, p. 277, 281, etc.

(2) Ed. 1832, p. 170.

diriger la société vers le grand but de V amélioration la plus rapide possible du sort de la classe la plus pauvre (1). »

C'était une pensée très généreuse en elle-même, mais étayée sur un système vague de religiosité panthéiste. La précision manque aux déductions de Saint-Simon, soit qu'il n'ait pas eu le temps de les coordonner dans ses écrits, soit qu'elles aient toujours été confuses dans son esprit. De la suite de ses pensées il ne se dégage nettement que l'exaltation du rôle des producteurs ; mais on ne comprend guère comment il peut parler d'assurer « à tous les hommes le plus libre développement )), et ne tenir aucun compte de la liberté humaine. C'était le contre-sens d'un homme dont l'éducation s'était faite d'une manière irrégulière, qui avait effleuré toutes les sciences sans les approfondir, les abordant par leurs résultats plus que par leurs principes, et qui s'était laissé séduire à la fois par le progrès de l'industrie libre qu'il avait sous les yeux et par les théories philosophiques qui lui avaient paru en être la glorification. Ce contre-sens devait peser sur toute la doctrine, lorsque des prémisses posées par le maître les disciples auraient tiré un véritable système.

Ceux-ci, résumant cinq ans après sa mort son apostolat, glorifiaient en ces termes leur Messie :

(( L'Homme divin se manifeste : le Nouveau Christianisme est donné au monde.

« Moïse a promis aux hommes la fraternité universelle ; Jésus-Christ l'a préparée ; Saint-Simon la réalise, -

« Ejifin, I' Eglise universelle va naîtr e; l e règne de César ces se ; une société pacifique remplace la société militaire ; désormais I'Eglise universelle gouverne le temporel comme le spirituel, le for extérieur comme le for intérieur. La sci ence est sainte, Vindustrie est sainte^ car elles serveiLL..â ux hommes à améliorer le sort de la classe la plus pauvre, à lajra pprocher de Deeu. Des prêtres, des savants, des industriels, voilà*" toute la société. Les chefs des prêtres, les chefs des savants, les chefs des industriels, voilà tout le gouvernement. Et tout bien est bieyi de V Eglise et toute profession est une fonction religieusej un grade dans la hiérarchie sociale. A chacun selon sa capacité ; à chaque capacité selofi ses œuvres. Le règne de Dieu arrive sur la terre. Toutes les prophéties sont accomplies (2). »

(1) Éd. de 1832, p. 104.

(2) Organisateur du 15 mai 1830. Reproduit dans la Doctrine de Saint- Simon. Exposition première année, p. 70.

La doctrine Saint-Simonienne {{). — Celle déclaration dilhyrambique, publiée un mois avant la révolution de juillet, dépassait par la netteté de ses termes l'expression que le maître avait donnée à sa pensée. L es disci nlgs avaient eu beaucoup à faire pour dégager de renseignement de Saint-Simon celte formule. Tout en restant fidèles aux aspirations du Nouveau Christianisme^ ils commencèrent par produire une philosophie sociale scientifique; peu àj)eu ils laissèi^ent plus de place à la tendance re ligieuse et aboutirent à un dogme sacerdotal et à la constit ution d'une mo narchie clérica le. A la fin de la Restauration, dans VExposition de la doctrine^ l'appel à la sympathie se mêle a la démonstration rationnelle; toutefois c'est encore la philosophie qui semble dominer. Dans l'exposé que nous faisons nous-même de la théorie Saint-Simonienne, nous dépasserons la limite chronologique de ce travail afin de ne pas morceler notre exposé; nous y reviendrons d'ailleurs plus tard.

Les disciples se mirent à l'œuvre immédiatement après la mort de Saint-Simon. Ils éditèrent le Nouveau Christianisme que son auteur n'avait pas achevé; fortifiés par l'adhésion d'un jeune et enthousiaste ingénieur, Prosper Enfantin, de Saint-xVmand Bazard, esprit généreux et raisonneur logique, de Bûchez, ancien carbonaro, d'Adolphe Blanqui, de Laurent (de l'Ardèche), ils commencèrent la publication, d'abord hebdomadaire, puis mensuelle, du Producteur projetée déjà par Saint- Simon. Cette feuille se fit quelque peu remarquer par de bons articles sur le régime féodal, l'économie politique, le crédit, la banque, l'association, l'histoire, mais les libéraux lui reprochaient de rêver une organisation anti-libérale. On y lisait, en eff*et, que la liberté est toujours relative à l'idée d'obstacles. . . S'il y avait absence d'obstacles, l'idée de liberté ne pourrait naître. * Et ils pensaient que le corps de savants qui régirait la société en vue « d'exploiter et de modifier au plus grand avantage de l'espèce humaine la nature extérieure » ne

(1) Pour tout ce qui concerne le Saint-Simonisme, nous renvoyons aux ouvrages suivants, outre les citations que nous avons faites en note: Bibliographie Saint-Simonienne, par Fouhnel (1853); Etude sur les Réformateurs, par L. Reybaud, t. I; Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin, 47 vol. (1865), publiées sous la direction de Laurent (de l'Ardèche) ; Sur le Saint-Simonisme ^ par M. Carnot (Académie des Sciences morales et politiques, 1887); U Ecole Saint-Simonienne, par M. G. Weill (1896); Histoire du Saint-Simonisme, par M. S. Charléty (1896), avec un complément de la bibliographie de Fournel.

rencontrerait pas d'obstacles puisqu'il ne travaillerait que pour le bien et qu'il aurait la science de le connaître, science ignorée du vulgaire. Mais le recueil, dans lequel les Saint-Simoniens (c'est le nom qu'ils commençaient a prendre) (1) n'étaient pas seuls, manquait d'unité, et, quand ils eurent écarté les autres collaborateurs, il manqua d'argent.

Les disciples eux-mêmes ne s'entendaient pas bien sur la doctrine (2). Ils comprirent qu'il fallait se recueillir et ils passèrent deux années à élaborer sans bruit leurs idées. Pendant ce temps « les ouvrages de Saint-Simon, disent-ils dans la préface de VExposition de 1829, le Producteur et notre correspondance, appuyés des éclaircissements que des discussions consciencieuses et approfondies exigeaient, furent distribués avec choix ; en un mot la parole nous servit mieux encore que ne Tavait fait la presse, et le nombre des partisans de la doctrine nouvelle s'accrut rapidement » (3).

A la fin de Tannée 1828 ils sortirent de la retraite, armés de toutes ipièceSj et déclarèrent la guerre, guerre de prédication toute pacifique, à l'organisation sociale. « Nous nous sentions plus forts que nous ne l'étions à la mort de Saint-Simon, plus forts qu'au moment où la publication du Producteur avait été suspendue (4). Un même esprit nous animait... nous portions nos regards vers un même but : l'accomplissement des destinées humaines, l'élévation morale, intellectuelle et industrielle des générations futures. » La première conférence eut lieu le 10 décembre 1828, dans une chambre qu'occupait Enfantin à la Caisse hypothécaire; l'auditoire étant devenu plus nombreux, elles furent continuées avec Taranne et se prolongèrent jusqu'au commencement de 1830. Bazard, qui avait, à défaut d'une parole brillante, une logique serrée, fut le principal orateur; Carnot, Fournel, Duveyrier, se chargèrent avec lui de la publication des dix-sept séances qui parurent avec une introduction et quelques annexes, vers la fin de 1830, sous le titre de : Doctrine de Saint-Simon^ première année 1829.

Ils publièrent un nouveau journal, V Organisateu r , qui parut du

(1) On les a nommés pendant plusieurs années les Producteurs.

(2) Déjà, du vivant de Saint-Simon, Augustin Thierry s'était complètement séparé du maître, et Auguste Comte, qui avait écrit le troisième cahier du Cathéchisme des industriels, produisait alors un système tout personnel.

(3) Doctrine de Saint-Simon, Exposition, première année, 1829, p . 17.

(4) W., p. 20 et 21.

— lo-

is avril 1829 au 15 août 1831 et qui, distribué gratuitement,, eut un peu plus de notoriété que \e Producteur, Leur propagande leur attira de précieuses recrues. Le jeune Eugène Rodrigues, âme ardente et dévouée, leur avait été amené par son frère; des ingénieurs, surtout d'anciens polytechniciens, furent séduits par l'organisation scientifique delà Société, Michel Chevalier, Fournel, Jean Reynaud, Talabot, etc. ; d'autres par la foi, Gustave d'Eichthal, Barrault, Charton, etc.

Ils avaient loué un local rue Monsigny où plusieurs d'entre eux vivaient en communauté et sous la direction des anciens confrères en « collège » C'est là qu'ils s'organisaient en église : le jour de Noël 1829, Enfantin et Bazard furent nommés par le Collège « Pères de la famille », c'est-à-dire chefs spirituels et temporels de la Société Saint-Simonienne. Claude Rodrigues, nommé r« Ami de Saint-Simon », déclara « sa mission accomplie » et s'inclina respectueusement devant les pontifes. Cette pajpaulé jie fat pas du goût de tous : Bûchez se retira comme Auguste Comte l'avait fait devant les premières aspirations religieuses de la secte.

\ Ils envoyaient des missionnaires en province, même à l'étranger. Dès le mois de février 1830, ils fondaient, après un voyage d'Enfantin, une église dans le midi, sous la direction de Resseguier.

Dans l'exorde de sa première conférence, Bazard prenait position : « La société considérée dans son ensemble, présente aujourd'hui l'image de deux camps. Dans l'un sont retranchés les défenseurs peu nombreux de la double organisation religieuse et politique du moyen âge ; dans l'autre se trouvent rangés, sous le nom assez impropre de partisans des idées nouvelles , tous ceux qui ont coopéré ou applaudi au renversement de l'ancien édifice. C'est au milieu de ces deux armées que nous venons apporter la paix, en annonçant une doctrine qui ne prêche pas seulement Vhorreur du sang^ mais l'horreur de la lutte, sous quelque nom qu'elle se déguise : antagonisme entre un pouvoir spirituel et un pouvoir temporel, opposition en l'honneur de la liberté, concurrence pour le plus grand bien de tous, nous ne croyons à la nécessité éternelle d'aucune de ces machines de guerre; nous ne reconnaissons à Vhumanité civilisée aucun droit naturel qui l'oblige et la condamne à déchirer ses entrailles. »

« Notre doctrine, nous n'en doutons pas, dominera l'avenir plus complètement que les croyances de l'antiquité ne dominèrent à leur époque et plus complètement que le catholicisme ne domina le moyen âge... »

Il rappelait les périodes organiques et les périodes critiques, les phases successives du PROGRÈS de l'humanité : anthropophagie, esclavage, servage, exploitation du travail par le capital; d'autre part napnothéisme juif, polythéisme grec et romain, christianisme. Le moment n'est-il pas venu de découvrir le nouveau lien d'affection^ de doctrine ei^ à* activité qui doit unir les hommes, les faire marcher en PAIX, avec ordre, avec amour vers une commune destinée? Saint-Simon l'a découvert : association universelle, voilà notre avenir, à chacun suivant, m capacité^ à chaque capacité suivant ses œuvres^ voilà le droit NOUVEAU qui remplace celui de la conquête et de la naissance; l'homme n'exploite plus l'homme, mais l'homme, associé à l'homme, exploite le monde livré à sa puissance ». Le privilège de la naissance fait des riches oisifs et des travailleurs misérables. Mais (c nous annonçons que le règne du travail arrive... L'humanité a proclamé : par Jésus, PLUS d'esclavage ! Par Saint-Simon^ elle s'écrie : A chacun selon sa capacité; à chaque capacité selon ses œuvres, plus d'héritage!

L'unique héritier est l'Etat, c'est-à-dire l'association universelle des travailleurs, qui est ainsi le réservoir où tous les capitaux, mobiliers et immobiliers, sont successivement versés et d'où sortent ces capitaux, distribués par la volonté des chefs et en partie par l'intermédiaire des banques à tous les membres suivant la fonction qui leur a été assignée et la capacité qu'ils sont jugés avoir montrée.

Pour que la société soit ordonnée et productive, il faut former ses membres par une éducation qui mette les volontés (c individuelles en harmonie avec le h\xi géyiéral^ éducation à la fois générale^ qui développe en eux. Tamour, c'est-à-dire l'amour de l'ordre social impliquant l'obéissance absolue à ceux qui commandent, VintelLigence et la force, et éducation professiouîielle qui dirige chacun suivant ses aptitudes vers les fonctions d'artiste, de savant ou d'industriel. »

• En dernier lieu les conférenciers abordèrent la question religieuse, (c Oui^ messieurs, nous venons ici nous exposer au sarcasme, au dédain ; car, à la suite de Saint-Simon nous venons proclamer que l'humanité a un avenir religieux » Ils démontrent qu'aucune critique ne peut ébranler l'idée de l'ordre et de la providence, que Dieu est dans tout, que toutes les sciences expriment en quelque sorte Dieu, et que l'idée de Dieu leur donne seule l'unité; qu'à cet égard le monde moral n'es pas distinct du monde matériel et, discrètement, ils insinuent que le chef (ils ne disent pas encore le prêtre) étant le meilleur, sa volonté est l'expression de Dieu et ne doit pas, par conséquent, rencontrer de

contradiction, mais au contraire l'obéissance spontanée de l'amour (1). »

Critique de la théorie Saint-Simonienne . — Les Saint-Simoniens étaient donc dès 1829 en possession d'un système largement échafaudé dont

n'était pas une révélation nouvelle. Depuis 1789^ la Révolution avait proclamé en France l'égalité des droits, et, en ouvrant à tous la carrière, elle avait laissé l'appréciation du mérite des œuvres et le soin de la rémunération au juge le moins susceptible d'erreur et de partialité : à tout le monde. Chaque consommateur sait quel prix il peut mettre à un produit ou à un service; chaque producteur sait à quel prix il peut le donner ; du débat qui s'établit entre eux, quand aucune entrave artificielle, aucune oppression ne gêne l'un ou l'autre, résulte le prix du marché qui, d'ordinaire, en effet, rémunère chaque capacité H selon ses œuvres. Qui dira exactement lequel doit le plus gagner du H boulanger ou du vigneron, du chanteur ou du manufacturier? La Hj liberté des transactions, la concurrence, principe sur lequel repose H notre organisation industrielle. Mais les Saint-Simoniens ne l'enten- H daient pas ainsi.

Ils considéraient la concurrence comme un état transitoire d'antagonisme etde désordre. Ils gémissaient de voir que la science et l'industrie, dont ils comprenaient les relations fécondes, fussent isolées et suspectes l'une à l'autre (2)^ que la classe ouvrière, par qui la richesse est produite, fût exploitée par la classe oisive des capitalistes (3), et que des hommes jouissent^ sans travail, au nom du droit

(1) Les conférences qui ont suivi celles de Tannée 1829 ont été imprimées dans un autre volume. Exposition. Deuxième années 1829-1830,

(2) < Il doit être évident que l'industrie, dans son ensemble, tend à devenir une application directe des théories scientifiques. Rien n'a été fait néanmoins pour établir le lien entre la science et l'industrie, rien au moins d'assez important pour qu'on s'y arrête. » — Expos, de la doct.^ 1829, p. 290.

(3) « il suffit de jeter un coup d'œil sur ce qui se passe autour de nous

de propriété, d'un riche revenu. Le moyen âge, avec la puissance de l'Eglise et Je régime féodal, avait eu au moins une organisation religieuse et militaire ; les gens de métier avaient essayé de se donner, par la corporation, une sorte d'organisation industrielle (1). Notre temps, essentiellement critique, disaient-ils, avait tout renversé, sans rien relever.

Saint-Simon avait paru, et le monde allait enfin sortir d'une longue anarchie. Voici en quels termes les disciples résumaient la foi nouvelle : (c L'homme a jusqu'ici exploité Thomme ; maîtres, esclaves; patriciens, plébéiens ; seigneurs, serfs; propriétaires, fermiers; oisifs et travailleurs, voilà l'histoire progressive de l'humanité jusqu'à nos jours ; ASSOCIATION UNIVERSELLE, voilà uotrc avenir; à chacun suivant sa capacité^ à chaque capacité suivant ses œuvres^ voilà le droit nouveau, qui remplace celui delà conquête et delà naissance; l'homme n'exploite plus l'homme ; mais l'homme associé à l'homme exploite le monde livré à sa puissance (2). »

La famille humaine, disaient-ils, ne doit être qu'une vaste société de travailleurs gouvernée par une hiérarchie sacerdotale. La propriété et l'hérédité (3) sont des privilèges incompatibles avec l'égalité. Les capitaux de toute nature, terres, maisons, argent, outils, etc., ne sont que des instruments de production qui doivent être remis aux mains des prêtres. Ceux-ci les confieront gratuitement aux plus laborieux, aux plus habiles, aux plus dignes; ils feront ce que font les capitalistes et les propriétaires, sans s'attribuer à titre de rente ou de fermage les fruits du labeur des travailleurs. D'un côté, l'oisiveté devenant un litre d'exclusion, tous se mettront à l'œuvre, et la production s'accroîtra d'une manière merveilleuse ; d'autre part, le travail et le mérite devenant la seule base de la récompense, le sacerdoce, dans la

pour reconnaître que Vouvrier, sauf l'intensité, est exploité matériellement, intellectuellement, et moralejuent, comme Tétait autrefois Y esclave. » Ibid.^ p. 196.

(1) Ibid., p. 200.

(2) Exposition, année 1829, p. 38, analyse de la sixième séance.

(3) « Actuellement un nouvel ordre tend à s'établir ; il consiste à transporter à l'Etat, devenu association des travailleurs, le droit d'héritage, aujourd'hui renfermé dans la famille domestique... Le seul droit à la richesse, c'est-à-dire à la disposition des instruments de travail, sera la capacité de, les mettre en œuvre. » — Expos. y 1829, p. 187.

distribution des récompenses, réalisera le principe : à chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres (1).

Les Saint-Simoniens admiraient Grégoire VII (2), mais en reconnaissant que la séparation de l'Eglise et de TEtat avait été un fait nécessaire avec une religion incomplète qui mortifiait la chair (3). Les temps allaient changer. « La loi de César est arrivée à son terme; elle va disparaître pour faire place à la loi de Dieu (4), » c'est-à-dire du Dieu saint-simonien^ à la fois esprit et matière, intelligence et force, sagesse et beauté (5), fort suspect d'ailleurs de panthéisme, malgré les dénégations de ses adorateurs. Au sommet devait être le Prêtre Social, représentant la religion, recevant les produits du monde entier et répartissant ensuite produits et capitaux entre la science et l'industrie (6), enfin consacrant le Prêtre de la science et le Prêtre de l'industrie, qui seraient son bras droit et son bras gauche, et qui donneraient, sous son inspiration, le branle à la société. (( Déterminer le but de l'activité humaine, commander les travaux par lesquels ce but peut être atteint, les coordonner en les rapportant à leur fin, classer les hommes, les unir, voilà la fonction religieuse et politique, qui se

(1) t L'association universelle doit s'entendre de l'état où toutes les forces humaines, étant engagées dans la direction pacifique, seront combinées dans le but de faire croître l'humanité en amour, en savoir, en richesse^ et où les individus seront classés et rétribués daas la hiérarchie sociale en raison de leur capacité, développée autant qu'elle pourra Vêtre par une éducation mise à la portée de tous. » — Expos., 1829-1830, 2® année, p. 6.

(2) Expos, de 1829-1830, 2® année, cinquième séance.

(3) « L'homme est un, » disaient-ils, corps et esprit. Le progrès à faire dans la conception religieuse consiste à recomposer l'unité. [Ibid.. p. 87.) Cette partie est, du reste, une des plus vraiment philosophiques de la doctrine saint-simonienne.

(4) Ibid., p. 26.

(5) « Dieu est un. Dieu est tout ce qui est ; tout est en lui, tout est par lui... C'est Tamour infini qui se manifeste à nous comme ^^pn^ et comme matière, ou, ce qui n'est que l'expression variée de ce double aspect, comme intelligence et comme force, comme sagesse et comme beauté. » — Ibid.y p. 88.

(6) « Dans le système d'organisation industrielle que nous venons de présenter, l'actif du budget est la totalité des produits annuels de l'industrie, son passif est la répartition de tous les produits aux banques secondaires chacune de celles-ci établissant son propre budget de la même manière. > Ibid,, p. 208.

résout tout entière dans la fonction sacerdotale (1). » Cette fonction, quant à la répartition du capital, serait accomplie par un système de banques locales reliées à la Banque centrale (2). Au lieu d'une répartition incertaine et désordonnée faite par des capitalistes ignorants et accompagnée de crises fréquentes, on verrait les capitaux proportionnés partout aux besoins par la toute-puissance d'une volonté douée d'intelligence et d'amour et planant sur l'ensemble de la production (3).

Pour atteindre ce merveilleux résultat, il fallait une grande autorité dans le prêtre, une grande docilité dans le fidèle. L'éducation devait produire la docilité, parce qu'elle développerait tout d'abord le sentiment et transformerait en une idée de devoir^ en un objet d'affection^ les obligations qui sont imposées par les directeurs véritables, par les chefs légitimes de la société (4). » Quant à l'autorité, le Saint-Simonisme lui fait place nette. Il hait l'antagonisme et, par conséquent, la résistance. Le libéralisme moderne et en particulier l'institution du jury excitent sa pitié. La foi écrite elle-même ne trouve pas grâce devant sa critique ; car elle suppose une défiance à Tégard du juge ou de l'administrateur. « Dans l'avenir, dit-il, toute loi est la déclaration par laquelle celui qui préside à une fonction, à un ordre quelconque de relations sociales, fait connaître sa volonté à ses inférieurs, en sanctionnant ses prescriptions, par des peines ou des récompenses (5). » — « C'est le prêtre qui gouverne; il est la source et la sanction de Tordre... Toute fonction sociale est sainte; car elle est donnée au nom de Dieu, par l'homme qui le représente. . . Enfin, le repos lui-même est saint, car il est sanctionné^ ordonné comme le travail (6). »

{\)Ibid,. p. 162.

(2) Expos, de 1829, p. 205.

(3) € Pourque le travail industriel parvienne au degré de perfection auquel il peut prétendre, les conditions suivantes sont nécessaires... Il faut: 1^ que les instruments soient répartis en raison des besoins de chaque localité et de chaque branche d'industrie ; 2o qu'ils le soient en raison des capacités individuelles, afin d'être mis en œuvre par les mains les plus capables ; 3® enfin que la production soit tellement organisée que Ton n*ait jamais à redouter, dans aucune de ses branches, ni disette ni encombrement. » Expos, de 1829, p. 191.

{A)Ibid., p. 280.

(5) Expos., 2û année, 1829-1830, p. 170.

(6) Expos, de 1829-1830, 2« année, p. 165.

Les Saint-Simoniens aboutissaient ainsi à une monstruosité, après une route toute semée de vues historiques ingénieuses, de critiques pénétrantes, d'erreurs morales, de projets féconds pour l'industrie et de sophismes économiques. Ils ne voyaient pas que la propriété est la rémunération même du travail qu'ils préconisaient et le fruit de l'épargne, sans laquelle le travail, privé de capitaux, est réduit à l'impuissance. Ils ne voyaient pas que l'hérédité est la conséquence et l'extension de la propriété ; que l'homme travaille et amasse, non seulement pour lui, mais pour sa famille, qui est un autre lui-même, que la plupart^ s'ils n'avaient l'espérance de transmettre leurs biens à leur postérité, consommeraient et détruiraient de leur vivant une richesse sans avenir ; qu'enfin, si la propriété acquise par le travail est le résultat de la loi économique qui donne à chacun selon ses œuvres, celte propriété est sacrée, que c'est une partie de la matière sur laquelle le propriétaire amis le cachet de sa personnalité et que nul n'en peut disposer hors lui-même, ou celui qu'après lui il a saisi de son droit. Les Saint-Simoniens étaient dans une profonde illusion, quand ils croyaient régénérer le monde affranchi par un pareil principe et qu'ils répétaient avec orgueil : a Jésus a dit : Plus d'esclavage; Saint-Simon s'écrie : plus d'héritage (1). »

Les capitaux se consomment et se renouvellent sans cesse: c'est une transformation continue qui féconde la matière et d'où résulte la richesse. Quand le Prêtre Social aurait confisqué tous les capitaux existant à un moment donné, et les aurait distribués à ses fldèles, comment aurait-il réparé les brèches et fourni au monstre dévorant de la production ses aliments de chaque jour? Par les apports que seraient venus lui faire chaque jour les producteurs? C'est là une des plus naïves illusions de la doctrine et en même temps une des plus dangereuses, parce qu'elle est de nature à séduire les pauvres. Celui qui n'a rien est porté à goûter un système qui lui promet quelque chose, et qui déclare que les faveurs de la fortune étant aveuglément distribuées, on supprime l'héritage et même la propriété privée; celui qui ne jouit qu'à titre onéreux est flatté de la perspective d'être délivré de

(1) a Ils nous disent que le fils a toujours hérité de son père, comme un païen aurait dit que l'homme libre avait toujours eu des esclaves; mais l'humanité Ta proclamé par Jésus, plus D*ESGr.AVAGE ! par Saint Simon, elle s'écrie : A chacun scion sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres^ PLUS D héritage! > — Expos, de 1829, p. 41.

ses charges ; c'est un paissant attrait pour rein^^runteur de penser qu'il n'aura plus à payer d'intérêts, pour le fernnier qu'il ne devra plus de ferniage, pour l'ouvrier que le salariat sera aboli et que tous auront à leur disposition des instruments de travail et des jouissances en proportion de leur mérite, c'est-à-dire de la chose dont chacun s'imagine manquer le moins.

Mais, en admettant que la société fût ainsi constituée^ peu viendraient faire sincèrement ces apports, à moins toutefois qu'on n'apportât un dans la conviction de recevoir deux. L'intérêt personnel aurait bientôt appris au cordonnier et au boulanger qu'il leur est avantageux de soustraire une partie du cuir et de la farine qui leur sont confiés, pour faire entre eux un échange direct, au lieu de porter respectueusement toute leur production au Prêtre ; il s'établirait un commerce clandestin qui minerait la fortune de la communauté et du Prêtre Social. Au lieu de s'accumuler, le capital national fondrait, en quelque sorte, dans ses mains, et il ne lui resterait à la fin guère que la terre appauvrie, faute de labeurs prévoyants.

La société, qui aurait ainsi consenti à sa ruine se serait laissé prendre à des jeux de mots. Il n'y aurait plus de prêt à intérêt ; mais on devrait légalement donner au Prêtre, au lieu de 5 ou 6 pour 100, le produit intégral de tous les capitaux. Il n'y aurait plus de fermage; mais, à la place, il y aurait un métayage, ou, pour mieux dire, un servage de la pire espèce, puisque tous les fruits appartiendraient en droit au Prêtre. Le salariat, loin d'être supprimé, deviendrait la loi universelle du genre humain (l). Au-dessous du Prêtre Social, détenteur et répartiteur de la richesse, il n'y aurait que ses agents auxquels il distribuerait à son gré les aliments, les travaux et les jouissances ; un maître unique et des ouvriers qui n'auraient plus même le bénéfice de la concurrence des patrons. Voilà le rêve formé par les Saint- Simoniens dans l'intérêt des classes pauvres.

On ne pouvait réaliser cet idéal que dans un couvent. Mais le maître avait méconnu la liberté. Les disciples ne s'en préoccupèrent pas beaucoup plus que lui et la nièrent en croyant la définir (2). Ils pen-

(1) (1 Ce qu'on nomme aujourd'hui le revenn n'est plus qu'un appointement ou une retraite. » Expos, de 1829, p. 208.

(2) « La liberté pour rhomme consiste à amer ce qu'il doit faire, w Expos, 2« année, 1829-1830, p. 103.

sèrent, en elTet, que le monde pouvait devenir une sorte de couvent dans lequel l'éducation, développant le sentiment de l'amour, façonnerait les jeunes générations à l'obéissance, sans alanguir le nerf de l'émulation (1), et dont le prêtre maintiendrait l'unité morale par la confession, c'est-a-dire par une communication entière et continuelle avec la pensée des fidèles (2). C'est ainsi qu'ils empruntaient, hors de propos, au christianisme quelques-unes de ses méthodes de discipline, et que méconnaissant la nature des ressorts de l'âme humaine que le progrès des temps, comme ils le remarquaient avec justesse, peut ouvrir à de nouveaux sentiments (3), mais dont il ne saurait changer l'essence, ils bâtissaient leur système sur le plus odieux despotisme.

L'Eglise avait pu prétendre à fonder une théocratie, parce qu'elle parlait au nom de la révélation et de la vie future. Mais à quel titre le Prêtre Social pouvait-il prétendre que la vérité s'incarnât en lui et qu'il fût la « loi vivante, » si le Saint-Simonisme hésitait sur la question de l'existence d'un Dieu personnel et devait être logiquement conduit à la nier? Sur quels fondements reposait une morale qui n'avait ni la sanction religieuse de la crainte de Dieu, ni la sanction humaine de la conscience et de l'intérêt bien entendu? Car, à l'intérêt bien entendu qui commande d'être probe, de devenir capable, de faire valoir sa capacité par des œuvres, afln d'être estimé et rémunéré par ce juge qui a mille yeux et mille oreilles et qui s'appelle tout le monde, on avait substitué la faveur d'un homme qui n'était pas présent partout, qui pouvait commettre des erreurs^ avoir des caprices et dont les jugements pouvaient être, a chaque instant, surpris par la

(1) Ils voulaient que toute éducation eût pour objet la morale, la science et rindustrie, et ils regardaient la première comme la clef de voûte du système ; car, lorsqu'on a « amour et désir pour le but général de la société, » on est content de la place qu'on y occupe, quelle qu'elle soit. Expos, de 1829, p. 250 et suiv. — Ils se défendaient de tomber dans Terreur des communistes, qui tuent toute émulation, et ils donnaient comme preuve l'inégalité résultant du classement selon les capacités et de la rémunération selon les œuvres. Ibid., p. 185.

(2) Voir Expos, de 1829, p. 275.

(3) « A chaque rénovation sociale, la sensibilité humaine développée écarte de la législation pénale ou rémunératoire certains faits qui ont cessé d'être nuisibles ou utiles; mais en même temps elle y fait entrer d'autres faits... Les oisifs^ voilà les lâches de l'avenir. » — Ibid, y p. 304.

mauvaise foi. A la conscience on avait dit: « Les plaisirs des sens sont choses saintes ; sanctifiez vous dans le travail et dans le plaisir. » Sans doute, il était permis de réhabiliter le plaisir ; mais il ne fallait pas lui dresser un piédestal : le plaisir est une jouissance légitime, et non pas une vertu. De pareilles confusions ruinent toute morale. Pour atteler le genre humain à une production soi-disant indéfinie, on le mettait sous le fouet d'un prêtre sans Dieu et sans morale ; et pourtant on attribuait à ce prêtre une autorité plus étendue que ne se l'étaient jamais arrogée les papes au moyen âge, aussi absolue que celle des abbés dans leur monastère: c'était le despotisme sans frein, despotisme théocratique maître absolu des âmes et des biens. Ses conséquences fatales auraient été^ au point de vue économique, l'amoindrissement des capitaux et de l'activité individuelle^ au point de vue moral, l'abaissement des caractères et le débordement des appétits : on était loin de tenir la promesse faite au début a d'assurer à tous les hommes le plus libre développement de leurs facultés. »

Fourier et le Fouriérisme. — Les Saint-Simoniens ont complété la doctrine que Saint-Simon avait ébauchée et ce sont eux qui ont réellement construit le système philophico-religieux du Saint-Simonisme. Fourier au contraire, qui critiquait vivement les Saint-Simoniens (1), a fait tout seul et posé ainsi du premier jet tout l'échafaudage compliqué du Fouriérisme et le principal souci de ses disciples a été d'élaguer ou de reléguer dans l'ombre les détails qui pouvai3nt choquer l'opinion.

Fourier avait peut-être à certains égards l'esprit plus philosophique ou mieux plus psychologique que Saint-Simon ; mais il l'avait aussi plus rêveur et plus chimérique que Saint-Simon dont il semble avoir méprisé la doctrine. Fils d'un riche négociant de Besançon, il avait perdu sa fortune dans des opérations commerciales que les troubles de

(1) « J'ai assiste au prône des Simoniens dimanche passé. On ne conçoit pas comment ces histrions sacerdotaux peuvent se formel- une si nombreuse clientèle. Ce sont des monstruosités à faire hausser les épaules; prêcher au xix° siècle Tabolition de la propriété tt de Thérédité ! » Lettre de janvier 1831, Préface de M. Gide aux Œuvres choisies de Fourier, p. xxiv. Fourier alla rue MoQsigny proposer son système au Père Enfantin qui y fit naturellement peu d'atttention. Fourier écrivit en 1831 sa brochure Piège et charlatanisme de deux sectes Saint-Simon et Oicen qui promettent l'association et le progrès.

la Terreur avaient fait échouer et était devenu commis, puis courtiermarron a Lyon (i). Gomme le grand seigneur, le jeune marchand avait été frappé de la transformation sociale a laquelle il assistait, des fraudes du commerce, de la culture morcelée, des chocs d'intérêts, de la concurrence effrénée et incohérente, de la déperdition des forces sociales, des crises, de la misère dans les classes inférieures, de l'inégalité des gains et des jouissances qui accompagnaient le développement de l'industrie. Il voulut montrer aux hommes la voie du bonheur, qu'ils lui paraissaient poursuivre en aveugles, et il chercha. C'est ainsi, disait-il, que Newton avait découvert la loi de l'attraction matérielle et résolu le problème de l'harmonie matérielle des mondes; Fourier affirma avoir fait une découverte bien plus importante encore (2), celle de l'attraction passionnée qui résolvait le problème de l'harmonie sociale (3) et il construisit un système d'organisation du travail fondé sur une psychologie nouvelle. Il l'a exposé d^abord dans la Théorie des quatre mouvemerits publiée à Lyon sous un pseudo-

(1) Fourier est né à Besançon en 1772 et mort à Paris en 1837. On lit dans ses manuscrits (1851, p. 23): « Il est bon de rappeler que depuis Tan 1799 où je trouvai le germe du calcul de Tattraction, j'ai été toujours absorbé par mes occupations mercantiles » et dans la Théorie des quatre mouvements (p. 151) : « c'est un sergent de boutique qui va confondre ces bibliothèques politiqueset morales, fruilsbonteux descharlataneries antiques et modernes ». Il a été en effet courtier ou commis eu nouveauté à Marseille, à Rouen, à Lyon, à Paris, vivant très modestement mais d'une vie très honorable, méthodiquement réglée; il était célibataire.

(2) Il attribuait sa découverte à ce qu'il avait vu en 1798 payer dans un restaurant de Paris une pomme quatorze sous pendant qu'on les payait un demi liard dans une campagne éloignée ; il comprit qu'il y avait là « un désordre fondamental dans le mécanisme industriel » auquel il fallait remédier. « J'ai remarqué depuis ce temps qu'on pouvait compter quatre pommes célèbres, deux parles désastres qu'elle ont causés, celle d'Adam et celle de Pàris, et deux par les services rendus à la science, celle de Newton et la mienne » Manuscrite de Fourier, année 1851, p. 17 (cité par M. Gide, Ch, Fourier, p. xv.)

(3) Dans la théorie des quatre mouvements, il les classe ainsi ; Mouvement social, — mécanisme social ;

— animal, — passions et instincts;

— organique ;

— matériel.

nyme en 1808, puis plus amplement en 1822 dans le Traité de l'association domestique agricole (1).

Voici quelle est sa psychologie. L'homme a des désirs; il se sent poussé, à chaque instant de sa vie, par une force intérieure vers Taccomplissement de certains actes ou vers la possession de certains objets : voilà l'attraction passionnée, « impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion et persistante, malgré l'opposition de la raison, du devoir, du préjugé, etc. (2) ». En vain, la religion et la morale, méconnaissant l'œuvre de Dieu, lui opposent des barrières artificielles (3); elles peuvent amoindrir, mutiler l'homme, elles ne parviennent jamais à comprimer entièrement l'attraction qui est le ressort de la vie. Or, cette attraction dirige notre âme vers un triple but, à savoir le luxe, ou plaisir des sens, qui donne naissance à cinq passions sensitives, correspondant à chacun des sens, les liens affectueux d'où sortent les quatres passions affectives de Tamitié, de l'ambition, de l'amour et de la paternité, et le mécanisme des passions.

Le luxe, interne ou externe, donne surtout des satisfactions individuelles ; les liens affectueux sont le genre d'attraction qui sert à constituer les groupes d'individus, c( groupes formés passionnément et librement » ; si le groupe devient nombreux, ne fut-il que de sept personnes, il s^y établit des nuances d'opinion et de goûts qui déterminent une série dans le groupe même. La mécanique des passions sert à faire concorder les cinq ressorts sensuels et les quatre ressorts affectueux. Cette troisième tendance, qu'on comprend assez mal avec les données ordinaires de la psychologie^ se décompose en trois passions (( distributives ou mécanisantes » que Fourier avoue être ou « peu

Les deux premiers relèvent de rattaaction passionnée ; le quatrième seul est démontré, depuis Newton. Th, des quatre mouv.^ p. 45. Lui-même a corrigé cette première classification et distingué cinq mouvements : 1^ Le mouvement pivotai, mouvement social ou passionné;

2^ Mouvement aromal ; 3^ Mouvement instinctuel; 4^ Mouvement organique; 5^ Mouvement matériel.

(1) Après sa mort, l'ouvrage a été réédité en 1841.

(2) Le Nouveau monde industriel, éd. de 1851, p. 47.

(3) « Le monde savant est tout imbu d'une doctrine appelée morale qui est mortelle ennemie de Tattraction passionnée.. . La morale enseigne à l'homme à être en guerre avec lui-même, résistera ses passions, i) Ibid.^ p. 25.

Les mouvements cardinaux.

connues ou difTamées, titrées même de vices en civilisation » et dont il fait le pivot de son système, à savoir : la « cabaliste » ou a intrigante dissidente » qui porte l'homme aux cabales, aux intrigues, aux rivalités ; la « papillonne » ou « alternante contrastante » qui le porte à varier ses occupations et ses plaisirs; la « composite » ou c( exaltante, engrenante » qui le porte à combiner plusieurs plaisirs à la fois et à se plaire dans un agencement bien ordonné (1) et « dont l'amalgame élève l'ivresse au degré d'exaltation ». C'est elle qui établit l'équilibre interne de l'âme humaine (2) et l'équilibre social avec une treizième passion, plus inconnue encore^ qui ne se développera qu'en harmonie et qui fera consister le bonheur individuel dans le sentiment du bonheur universel.

Il y a donc douze passions ou aiguillons de l'activité, ni plus ni moins; car elles correspondent exactement, en vertu de la loi des analogies (3), aux douze tons ou demi-tons delà gamme, etleurs combinaisons peuvent produire huit cent dix caractères distincts. Voilà ce que les philosophes n'avaient pas aperçu et ce qui fait que « l'attraction passionnée qu'on a prise pour une amusette est une science immense et géométrique (4). »

« Dieu fit bien tout ce qu'il fit. » L'homme n'a donc qu'à comprendre et à suivre les indications de la nature (5). L'éducation, au lieu d'étouffer et de prétendre réformer, doit avoir « pour but d'opérer le plein

(1) Ibid,, p. 47, 48, 49.

(2) Cet équilibre, fondé sur TabandoQ irréfléchi à la nature, est accordé aux animaux et refusé à l'homme civilisé, barbare et sauvage. La passion conduit ranimai à son but et l'iiomme à sa perte. Ibid p. 59, éd. de 1829.

(3) Fourier attache une graude importance aux analogies qu'il considère comme autant de preuves de Tliarmonie universelle. Il promet même, quand les phalanstères seront formés, 12,000 fr. par ligne d'impression à chaque écrivain qui découvrira une analogie. {Nouv. monde indust.^ p. 447 etsuiv.) « Loin d^enfler les comptes, je suis dans l'usage de réduire de moitié la somme, et l'on verra qu'une seule des nouvelles sciences, Vanalogie^ doit rendre aux auteurs un bénéfice de cinq à six millions de francs par feuille de seize pages ; elle contiendra au moins trois mille volumes... » [Ibid., p. 45, éd. de 1851 p. 55, éd. de 1829).

(4) Ibid., p. 98.

(5) Ibid. y p. 167. <c Au lieu de perdre follement trente siècles à insulter l'attraction qui est l'ouvrage de Dieu, on aurait dù employer comme je Tai fait, trente ans à l'étudier... Enfin l'inadvertance est réparée... » Nouv. monde indust,, p. 31 (éd. de 1829).

développement des facultés matérielles et intellectuelles, les appliquer toutes, même les plaisirs, à l'industrie productive, (c Tous les caprices philosophiques appelés des devoirs, n'ont aucun rapport avec la nature, le devoir vient des hommes, l'attraction vient de Dieu... La morale enseigne h l'homme à être en guerre avec lui-même^ résister à ses passions, les réprimer, croire que Dieu n'a pas su organiser sagement nos âmes, nos passions... (1) ». De tous les sons divers que rendra le clavier de Tâme humaine résultera l'harmonie universelle, l'harmonie interne, c'est-à-dire le bonheur individuel, conséquence de la satisfaction des désirs, et l'harmonie externe, c'est-à-dire le bonheur des sociétés par la suppression des antagonismes et des froissements de tout genre.

Pour produire le concert, il suffît de rendre le « travail attrayant, » c'est-à-dire de mettre tout travail à portée de la passion qui est naturellement attirée vers lui. Or il n'est pas de travail qui ne réponde à une passion. La cuisine reviendra aux gourmands; la chasse ou la forge aux violents; la parfumerie ou les modes aux coquettes, et ainsi de suite ; il n'est pas de si vil métier qui n'ait un attrait direct ou indirect et auquel ne s'applique le principe de l'attraction passionnée. Ainsi se trouvera résolu le problème, insoluble avec la morale vulgaire, du libre arbitre. « Qu'est-ce que la liberté, le libre arbitre, sinon l'essor des douze passions (2)? » Du môme coup est répandu le problème réputé bien plus insoluble encore du bonheur de tous les hommes sur la terre.

Pour être attrayant^ il faut en outre que le travail soit varié plusieurs fois dans le cours delà journée, que le travailleur y trouve une rémunération équitable, que le lieu et les compagnons du travail soient plaisants, que la division très grande du travail permette à chacun la fonction qui lui convient, que la garantie d'un minimum d'existence « délivre ce travailleur de toute inquiétude pour lui et les siens. »

Ce n'est pas dans la société telle qu'elle est constituée que le système de Fourier peut trouver sa démonstration expérimentale. Il faut refaire la société, c'est-a dire créer par l'association un milieu propre au développement des facultés de Thomme. (c II ne peut, dit Fourier, exister

(1) Théorie des quatre mouvements^ p. 107, elle Nouveau monde industriel^ p. 125 (cité par M. Gidk, Charles Fourier, p. 11).

(2) Œuvres de Fourier, édit. de 1851, t. II, du Libre arbitre^ p. 67. <( Qa*est-ce que la liberté d'un roi civilisé auprès de ce genre de vie assuré à perpétuité au plus pauvre des Harmoniens? w

que deux méthodes en exercise d'industrie, savoir : l'état morcelé ou culture par familles isolées, telles que nous la voyons, ou l'état sociétaire. Dieu ne peut opter pour l'exercice des travaux humains qu'entre des GROUPES, ou des individus, qu'entre l'action sociétaire et combinée ou l'action incohérente et morcelée. » Entre les deux il n'y a pas à hésiter : Un individu meurt et son exploitation n'a ni durée, ni économie ni constance pendant qu'elle dure; c'est seulement dans la perpétuité de r « organisation seriaire » ou « phalanstérienne » que la nature humaine peut avoir son plein épanouissement (1).

Qu'est-ce qu'un phalanstère? (c L'édifice qu'habite une phalange agricole » répond Fourier dans son catalogue des a néologies obligées ». La phalange est elle-même un groupe de 1.500 à 1.800 personnes au plus ; il n'admettait que comme pis aller temporaire un groupe de 2 à 300 sociétaires, afin que, défalcation faite des enfants au-dessous de 4 ans et demi et des vieillards au-dessus de 120 ans qui formeront la moitié de la population, elle atteigne le chiffre de 810 membres actifs environ représentant la série complète de 810 caractères; en deçà, il y aurait des lacunes; au delà, il y aurait confusion. Les 7/8 au moins devaient être cultivateurs ou manufacturiers surtout cultivateurs; 1/8 pouvait se composer de capitalistes, de savants et d'artistes.

Chaque phalange s'établit sur un domaine d'une lieue carrée environ (2.500 hectares). Au centre, dans un vallon, près d'un ruisseau, est bâti le (c phalanstère » qui ne ressemble en rien aux misérables villages des civilisés. D'un côté, sont les bâtiments ruraux, propres, coquets, aérés; de l'autre, disposé à peu près en fer à cheval, les bâtiments d'habitation présentent un vaste front (2), non moins imposant que la façade de Versailles, mais plus agréable a l'œil. Là sont les cuisines, les salles à manger^ les salons, des logements à tout prix pour toutes les bourses ; c'est un immense hôtel dans lequel les avantages

(1) On s'est obstiné, dit M. Gide exposant la pensée de Fourier, jusqu'à ce jour k vouloir changer l'homme pour l'adapter a» milieu; il faut prendre le contre-pied et changer le milieu pour l'adapter à l'homme... Ce milieu nouveau, c'est l'association qui le donnera... » Charles Fourier par M. Gide, p. 16. Fourier pense que les a civilisés » ont dans leurs lois été en général à l'envers de la nature et particulièrement en faisant de la famille la base du système social; en Harmonie la famille sera un lien sans importance.

(2) Le front doit avoir 3c)0 toises.

de la communauté permettent de prodiguer les commodités : corridors vitrés, ventilés et chauffés, portails et colonnades, cour vitrée formant jardin d'hiver et offrant, en toute saison, sous ses massifs d'arbres résineux, de perpétuels ombrages. Les bâtiments sont flanqués à gauche d'une église, à droite d'une salle d'opéra et d'une salle de bal, qui communiquentpar une galerie souterraine avec le corps de logis principal, afm de mettre les a Harmoniens » à l'abri des ardeurs du soleil et des injures de la pluie. Le phalanstère n'est pas seulement un hôtel; il a ses ateliers, ses bazars, ses usines, le tout abrité sous le même toit; seulement l'architecte a eu la précaution de reléguer dans les ailes les métiers les plus bruyants, tels que celui de forgeron (1).

Du reste Fourier fait moins de cas de l'industrie que de Tagriculture et c'est surtout à l'exploitation du domaine qu'il s'attache. Desphalanstériens, les trois quarts sont réservés à l'agriculture. Il dit que : « La richesse en Harmonie se fonde : sur la plus grande consommation possible en variétés de comestibles, sur la plus petite consommation possible en variétés de vêtement et de mobilier » (et cela parce que les produits seront très solides) Assoc. dont, agr, (cité par M. Gide, p. 214). L'industrie ne doit prendre que le quart du temps. Il est convaincu que par son mode d'organisation du travail le produit sera beaucoup plus considérable. Sur les terres du phalanstère on fera peu de blé qui donne un aliment insipide, bon (c pour \ds civilisés »; maison cultivera beaucoup de légumes, de fruits, et de fleurs et le rendement sera supérieur aux résultats actuels comme les jardins maraîchers le sont aux terres de labour. En même temps abonderont, grâce a un meilleur aménagement, gibier et poisson.

Le problème à résoudre, dans cette ruche, était d'établir une seule cave, un seul grenier, etc. « Pour trois cents familles, quelle économie. L^harmonie par le développement complet des douze passions et par la satisfaction donnée aux 810 caractères. » Il est difficile de suivre ici Fourier dans la subtilité des distinctions artiflcielles qu'il donne pour des analyses psychologiques et qu'il prend pour fondement de ses utopies; mais tout en se trompant, il a cependant un mérite philosophique : celui de penser, comme Platon, que la base des institutions sociales doit être cherchée dans une étude approfondie de la nature morale de l'homme.

C'est par le système des groupes et des séries qu'il le résout. « En

(1) Voir principalement le Nouveau inonde industriel, p. 123 et 124.

théoriedespassions, l'on entend pargroupe une masse liguée par identité de goût pour une fonction exercée (1)... Un groupe est suffisant à 7 personnes, mais il est parfait à 9 d ; les individus qui le composent, tout en ayant les mêmes goûts qui les conduisent a exercer le môme travail ou à prendre le môme plaisir, doivent se distinguer par des nuances qni les classe au centre , aile supérieure^ aile inférieure, etc. , et qui mettent enjeu la cabaliste. « Une série est une ligue de divers groupes échelonnés en ordres ascendants et descendants, réunis passionnément par identité de goût pour quelque fonction (2). » L'attraction passionnée en est le seul lien, et « dispense de recourir aux véhicules de besoin, de morale, de raison, de devoir et de contrainte » dont usent les civilisés. Voici, comme exemple, la a série de la culture des poiriers, » vers laquelle seront attirés naturellement ceux qui aiment ce fruit et qui se composera de 32 groupes symétriquement disposés dans l'ordre suivant :

Avant-poste^ formé de 2 groupes, cultivant les coings et bâtardes dures. Aileron ascendant. . 4 — poires dures à cuire.

Aile ascendante. . . 6 — poires cassantes.

Centre 8 — poires fondantes.

Aile descendante.. .6 — poires compactes.

Aileron descendant . 4 — poires farineuses.

Arrière-poste 2 — nèfles et bâtardes molles(3)

(1) Voici l'exemple que donne Fourier. (Nouv. monde industriel^ p. 67, éd. de 1829.) « Trois hommes vont dîner ensemble; on leur sert une soupe qui plait à deux et déplait au troisième; en ce moment ils ne forment pas un groupe, car ils sont discordants sur la fonction qui les occupe. On répond ; ces trois hommes... s'accordent sur l'objet essentiel de la réunion, sur l'amitié... — en ce cas, le groupe est défectueux, car il est simple^ il est réduit à un lien de l'âme. Pour l'élever au compose, il faut y ajouter un lien sensuel, une soupe qui convienne à tous trois. »

(2) Ibid., p. 52.

(3) Le nombre des groupes n'est pas immuable dans la pensée de Fourier ; ce qui lui importe, c'est que la série des nuances s'y trouve pour suffire au jeu de la mécanique des passions. Un groupe, dit-il, serait mal équilibré à six sectaires formant les divisions 2, 2, 2; son centre serait aussi faible en nombre que chaque aile, or il faut en principe renforcer le centre et faire les ailes inégales » (ce qu'il ne fait pas pourtant lui-môme dans l'exemple précèdent). « Les séries se distribuent de la môme manière que les groupes ; elles opèrent sur les groupes comme ceux-ci opèrent sur les individus. Elles

Le centre forme « la tonique, » c'est-à-dire le caractère le plus général de la passion; les extrémités forment les contrastes entre lesquels le centre maintient l'équilibre. Entre tous les groupes, il y a rivalité, émulation; ils se liguent les uns contre les autres, et la « cabaliste » reçoit ainsi une complète satisfaction ; c'est ce que veut dire Fourier en les appelant dans son langage obscur des « séries engrenées et mécanisantes compactes de groupes émulatifs et cabalistiques donnant plein essor à la cabaliste et vivement intrigués par les rivalités internes et externes. » Fourier est convaincu qu'ainsi « on arriverait à une perfection générale de l'industrie, par exigence et raffinement universel des consommateurs, sur les comestibles et vêtements, sur le mobilier et le plaisir. »

Chaque genre d'occupations donne naissance à une série semblable et satisfaction à une passion particulière ; mais pour que Tharmonie existe, il faut qu'il y ait « compacité, » c'est-à-dire rapport étroit entre les travaux de chacun des groupes d'une même série (1). Dans l'intérêt de la cabaliste, les diverses séries ont entre elles les mêmes rivalités que les groupes dans la série et que les individus dans le groupe.

La phalange elle-même est une série de 16 groupes et de 32 chœurs, classés d'après l'âge, commençant à la a transition ascendante » par les (( bambins et bambines, » et finissant à la « transition descendante » par les a patriarches » et flanquée d'un complément ascendant

doivent contenir au moinscinq groupes. » Nouv .monde ind., p. 71 (éd. de 1829). Il donne lui-môme comme exemple dans ce passage une série de poiristes

ainsi composée :

Ambigu 4 groupes cultivant coings^ sortes bâtardes

Aile ascendante 10 — poires cassantes

Centre 12 — poires fondantes

Aile descendante 8 — poires farineuses

Pivot 2 d'état-major en industrie et en

apparat.

(1) Fourier y insiste ; il déclare que des groupes voisins qui cultiveraient l'un le beurré, Tautre le martin-sec, manqueraient de compacité tandis que trois groupes cultivant les trois espèces de beurré seraient dans de bonnes conditions, et qu'ils auraient « la propriété primordiale, influencedes groupes extrêmes égale a la double influence du groupe moyen, » {Ibid,, p. 52 et 54.) Cependant, dans la phalange d'essai, il admet ce qu'il nomme des « séries hongrées. »

de (c nourrissons, poupons et lutins » et d'un complément descendant de malades, infirmes et absents (1). »

Mais le travail le plus attrayant deviendrait monotone, s'il était trop prolongé. Aussi les séances sont-elles courtes (2). Au bout d'une heure ou deux, les séries déposent leurs outils et se rompent; chacun court s'engrener dans une nouvelle série, et tel qui vient de cultiver

(1) La Phalange distribuée en 16 tribus et 32 chœurs :

Ordres

Complément ascendant

Transition ascendante.

Aile ascendante.

Genres

Nourrissons

Poupons

Lutins

1 Chœur de bambins et bam-

bines

2 — Chérubins et chéru-

bines

3 — Séraphins et séra-

Aile ascendante

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