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Les eunuques à travers les âges

« Tout dégénère entre les mains de l'homme. Il force une terre à nourrir les productions d'une autre, un arbre à porter les fruits d'un autre. Il mêle et confond les climats, les éléments, les saisons ; il mutile son chien, son cheval, son esclave ; il bouleverse tout, il défigure tout; il aime la difformité, les monstres; il ne veut rien tel que l'a fait la nature, pas même l'homme ; il le faut dresser pour lui, comme un cheval de manège; il le faut contourner à sa mode, comme un arbre de son jardin ^ »

La justification de ces lignes emplies d'amertume ne se trouve-t-elle pas tout entière dans le spectacle des diverses mutilations corporelles effectuées par les hommes sur eux-mêmes ou sur leurs semblables depuis les temps les plus lointains ? L'un des premiers, Hérodote nous a rapporté la légende des Amazones, ces guerrières mythiques qui^ pour manier

1 J.-J. Rousseau, Emile ou De Védiication.

l'arc avec moins de contrainte, n'hésitaient pas à se brûler la mamelle droite. De nos jom's, les indigènes australiens, représentants déchus d'une race près de s'éteindre, se tailladent le tronc de larges balafres ou sacrifient une phalange, parfois un de leurs doigts, au cours de cérémonies rituelles. Ici, les naturels de telles tribus africaines ont imaginé de tailler leurs incisives en forme de dents de scies. Ailleurs, ce sont les Botocudos de l'Amérique du Sud, transformant leur physionomie par l'allongement de la lèvre inférieure ou du lobule de l'oreille, et modifiant à la longue la plastique normale de ces organes à l'aide de lourds ornements de cuivre ou de bois.

Pratiques étranges en vérité, mais qui ne sauraient exciter la curiosité au même titre que cette mutilation par excellence, la plus cruelle entre toutes^ et non la moins répandue : Texcision partielle ou totale des organes génitaux de l'homme, désignée sous les noms divers de castration, d'éviration oud'eunuchisme*

En présence d'une mutilation aussi singulière, on est amené à se demander quels mobiles guidèrent l'humanité dans cette voie, et à la base des prétextes les plus dilïérents, on peut alors discerner un mélange complexe de sentiments religieux et de problématiques intérêts d'ordre économique ou sociaL De ceux-ci, la barbarie atavique est sans doute seule responsable, mais leurs déplorables conséquences ne s'en perçoivent pas moins jusque dans notre civilisation contemporaine.

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